L’enseignement d’une géographie contemporaine mise à mort par le Pacte

L’enseignement d’une géographie contemporaine mise à mort par le Pacte

Séparer la Géographie physique de la Géographie humaine, comme le préconise le Pacte, nous paraît tout à la fois malheureux et anachronique pour plusieurs raisons.

1.  Une vision qui nie l’originalité et la spécificité de la discipline. Mise en place en France à la fin du XIXe siècle en France et largement remise en cause depuis dans la plupart des pays, cette vision est contraire à la spécificité de la Géographie qui est d’articuler les sociétés et leurs environnements au travers de leurs interrelations dans un cadre spatial. On empêche de la sorte les élèves de mesurer l’ampleur des défis qui nous attendent sur des questions telles que le réchauffement climatique, les risques naturels ou la juste utilisation des ressources, et leurs corollaires que sont les migrations, l’insécurité alimentaire et la géopolitique. À une époque où l’excès d’information – voire de désinformation – noie l’information, où les postulats philosophiques, religieux ou politiques se substituent à une démarche critique reposant sur des valeurs scientifiques, la dichotomie proposée freinera encore un peu plus la capacité des élèves à décoder les informations disponibles et à les mettre en relation, à rechercher les liens entre les composantes physiques, biologiques et humaines afin de comprendre la complexité du monde réel.

Par l’éducation par et pour l’environnement, la Géographie est aussi un vecteur fondamental pour former des citoyens responsables qui habitent véritablement les lieux qu’ils utilisent, qui se sentent concernés par leur devenir, tout autant que par les lieux distants qu’ils impactent du fait de leurs comportements.

2.  Un choix qui ignore la réalité de terrain en matière d’innovation technologique. C’est ensuite oublier le renouvellement complet des sciences géographiques depuis près d’un demi-siècle suite à l’émergence de l’information géographique sous forme numérique. Des images satellitaires aux systèmes de positionnement par satellites (tels GPS ou Galileo), des géo-portails aux globes virtuels, de la récolte volontaire de données (geo-crowdsourcing Open Street Map ou Google par exemple) au partage de données personnelles géolocalisées sur les réseaux sociaux, la géomatique a conduit le grand public en général, et les jeunes en particulier, à redécouvrir et à se réapproprier une certaine forme de Géographie. Il paraîtrait inconcevable d’ignorer cette évolution, de ne pas profiter de l’attrait qu’elle suscite auprès des jeunes générations et du succès qu’elle rencontre en termes de débouchés professionnels.

Grâce aux outils qu’elle développe, la Géographie peut préparer les élèves à la société du numérique, à mieux distinguer le virtuel du réel, à mieux appréhender les espaces dans lesquels ils vivent, se déplacent ou rêvent de voyager.

3.  Au contraire de l’excellence : une perte de qualité. Le pacte envisage également, pour le tronc commun et surtout au-delà, la création d’un cours intégratif, pluridisciplinaire, composé de quatre disciplines – Histoire, Géographie, Sociologie, Economie politique. Si on peut certes objecter que la réalité n’est pas tronçonnée ou cloisonnée en disciplines et que la construction d’apprentissages avec d’autres disciplines est indispensable, il est par contre nécessaire que chacune des disciplines apporte son expertise, son angle de vue et ses méthodes, et chaque enseignant la passion qu’il a pour sa discipline, qu’il pourra communiquer à ses élèves.

Parallèlement, nous plaidons pour un volume horaire suffisant (deux périodes par semaine), notamment dans le secondaire supérieur car il est impossible d’accompagner ses élèves dans un réel apprentissage en classe ou sur le terrain avec une vingtaine d’heures par an…

* Signataires : Jean-François Close, président de la Fégépro ; Jean Michel Decroly, président du Département Géosciences, Environnement et Société ULB ; Marie-Laurence De Keersmaecker, prof. didactique de la Géographie UCL ; Anne Dubreucq, prof. didactique de la Géographie ULB et HE Francisco Ferrer ; Natacha Duroisin, chercheuse postdoctorale UMons ; Claudio Foschi, membre du GT GEO du Pacte ; Sabine Henry, présidente du Département de Géographie de l’UNamur ; Geoffrey Houbrechts, vice-président du Département de Géographie de l’ULg ; Bernadette Mérenne-Schoumaker, présidente du GT GEO du Pacte ; Christine Partoune, prof. didactique de la Géographie ULg et HELMo Liège ; Sophie Vanwambeke, présidente du Département de Géographie de l’UCL.

 
 
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