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La politique n’est pas un métier. Plaidoyer pour le décumul radical

Si le mandat public en question ne représente qu’un temps partiel, le mandataire complétera son temps de travail par une activité professionnelle en dehors du monde politique.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Les semaines passent et se ressemblent en politique. Chaque semaine, un nouveau scandale. Chaque semaine aussi, de nouvelles propositions perçues comme faibles et peu convaincantes car formulées par des partis politiques qui font eux-mêmes partie de ce qui doit être réformé. Le ras-le-bol ressenti par tous, citoyens engagés en politique ou non, est total. Et profond. Et date de bien avant le scandale Publifin. L’étude Noir-Jaune-Blues l’a encore démontré récemment.

On a atteint un point de non-retour. Alors réjouissons-nous. Oui, réjouissons-nous car cette situation aux apparences décourageantes est en réalité une formidable opportunité pour inventer une nouvelle manière d’organiser nos institutions.

Pour entamer ce débat sereinement, nous exprimons d’abord notre reconnaissance et notre gratitude pour tous les hommes et les femmes politiques qui donnent depuis de longues années du temps, du talent et du cœur dans leurs fonctions. Leur engagement contribue à faire de notre pays un des plus prospères de la planète. Nous remettons en cause le système, pas les personnes qui, pour la grande majorité, travaillent sans compter avec honnêteté, courage et audace.

Mais le monde a changé. On ne répondra pas à ce fameux « blues » en réagissant simplement au scandale Publifin. Il faut penser de manière disruptive. C’est pour cela que, entre autres propositions, nous nous prononçons en faveur d’un décumul radical sous deux axes :

1. Interdire totalement le cumul des mandats publics

Nous souhaitons interdire complètement le cumul entre les mandats publics suivants : membre d’un exécutif communal, membre d’une assemblée parlementaire, membre d’un gouvernement, membre du conseil d’administration d’une intercommunale (y compris les fonctions de présidents et vice-présidents) et d’une entreprise dont une entité publique est un actionnaire significatif. Le raisonnement est simple : 1 personne = 1 mandat = 1 indemnité. Si le mandat public en question ne représente qu’un temps partiel, le mandataire complètera son temps de travail par une activité professionnelle en dehors du monde politique.

2. Limiter dans le temps l’occupation des mandats publics

Nous souhaitons que chaque citoyen n’ait droit qu’à occuper deux fois un mandat public (cité ci-dessus) au cours de sa vie, tous niveaux de pouvoirs confondus. En harmonisant la longueur de tous les mandats à 5 ans, cela permettrait à chaque citoyen de s’engager pendant 10 ans dans nos institutions. Pas plus.

Ce décumul radical dans l’espace (point1) et dans le temps (point 2) permet de répartir le pouvoir entre plus de mains et donc d’impliquer plus de personnes dans la vie politique. Il incite les détendeurs d’un mandat public à garder une vie professionnelle active (pendant et/ou après l’occupation du mandat public), dont l’expérience nourrit l’engagement politique. Il permet au mandataire de se consacrer pleinement à sa tâche et ce, sans penser à sa réélection. Enfin, il favorise le renouvellement des idées et des pratiques et évite l’estompement de la norme constaté aujourd’hui. Si l’expérience politique que permet le système actuel est intéressante, elle sera largement compensée par la richesse de la diversité des expériences de terrain qu’induira la décumul radical.

Pour permettre à notre démocratie de respirer, il faut une plus grande rotation des élus. Un premier pas dans la bonne direction serait de supprimer l’effet dévolutif de la case de tête et d’interdire l’utilisation de la suppléance pour les députés sortants. Mais l’appel que nous lançons c’est de ne pas s’arrêter à ces mesures cosmétiques ! Osons aller jusqu’au fond des choses avec le décumul radical.

Ce décumul radical est aussi d’une grande exigence envers tous les citoyens. Il faudra qu’un grand nombre d’entre nous s’intéresse à la chose publique et accepte d’y consacrer du temps. C’est le prix de la réconciliation. Nos entreprises devront aussi faciliter et valoriser la prise d’un congé politique (parfois à temps partiel) par leurs employés. Ce décumul radical ne sera efficace que s’il est contraignant afin que les règles du jeu soient les mêmes pour tous les partis et à tous les niveaux de pouvoir.

Notre conviction est que la politique n’est pas un métier mais un engagement au service de sa communauté. Le décumul radical est la traduction concrète de cette conviction.

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6 Commentaires

  • Posté par Lejeune Joseph, mardi 21 mars 2017, 14:18

    Une seule réponse à ce discours parfaitement désincarné d'un représentant d'un parti qui se situe souvent aux antipodes de la bonne gouvernance : https://www.cumuleo.be/mandataire/12931-christophe-de-beukelaer.php . Lorsque Monsieur DE BEUKELAER aura appliqué à lui-même et à l'ensemble de son parti les beaux principes énoncés, on pourra discuter sur des bases un peu plus sérieuses. "Exemplarité", quand tu nous tiens ...

  • Posté par Monsieur Alain, lundi 20 mars 2017, 22:21

    C'est beau la jeunesse, c'est plein d'idéal et d'innocence, ça fait se déplacer des montagnes parce que ça ne sait pas que c'est impossible. :-(( Il n'y aura pas de vague déferlante issue de la nouvelle génération. Des plus anciens qu'eux, qui n'attendent que ça, se chargeront de prendre les places laissées vacantes par ceux qui seront tombés. On fera quelques accommodements dans l'immédiat on fera même des promesses pour le futur et puis on passera à autre chose. Mr de Beukelaer, vous ne changerez pas la nature de l'homme, vous "ferez avec", vous ferez même de votre mieux, j'en suis convaincu.

  • Posté par Monsieur Alain, lundi 20 mars 2017, 22:33

    D'ailleurs, question de faire de votre mieux : Cumuleo signale que vous disposez déjà de DIX mandats dont TROIS rémunérés, pas de doute, vous êtes bien parti

  • Posté par Mertens Adrien, lundi 20 mars 2017, 20:24

    Un décumul raisonnablement efficace et qui aurait une (petite) chance de passer, serait d'interdire pour un même niveau de pouvoir qu'une personne ayant exercé durant la législature un mandat exécutif (ministre, bourgmestre, échevin, ...) ne puisse être candidat aux élections. Au minimum il y aurait un déplacement de niveau voire l'obligation de passer un tour (une législature). Règle simple et qui pourrait être votée, vu le grand nombre aspirant à prendre la place des membres de l'exécutif sortant... Personne n'a encore osé ?

  • Posté par CARION JEAN, lundi 20 mars 2017, 18:19

    Effectivement, les serviteurs de l'Etat devraient avoir pour chaque fonction outre la formation mais aussi l’expérience du domaine à gérer! Et c'est pas gagné lorsque l'on voit des portefeuilles aussi dissemblables qu'opposés en formation.....revenir en "série" sur certain(e)s professionnel(e)s de la gouvernance (surtout les précédentes législatures!) La simplicité serait de revenir à l'origine du mot "Ministre"...soit "Minister en latin" qui signifie SERVITEUR......ils ont oublié...pour la plupart ce sens de l'Etat.

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