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Entre-soi: la réponse du secteur culturel

« Le secteur culturel et créatif n’est pas là pour répondre à toutes les crises de la société »

Temps de lecture: 3 min

Par volonté politique, le secteur culturel et créatif est devenu un acteur incontournable du cœur des villes. Mais ce changement de statut s’est accompagné de nouvelles responsabilités, parfois difficiles à assumer.

« Le secteur culturel et créatif est difficile à définir et il est encore flou à la fois pour ceux qui y participent et pour le public extérieur. Il s’agit d’un concept fourre-tout qui regroupe les métiers des arts vivants, des arts visuels, la musique, l’architecture, le cinéma, la publicité, le design, la mode, etc. », lâche d’emblée François Rinschbergh, chercheur au centre CLARA de l’ULB.

Il est cependant possible de situer historiquement son avènement. « À la fin des années 1990 au Royaume-Uni, les autorités ont encouragé le développement de l’industrie culturelle et créative pour relancer l’économie. Plus tard, dans les années 2000, est apparu un discours sur la ville créative qui permettrait de surmonter le déclin industriel. Au départ, les ambitions pour ce secteur étaient donc d’ordre économique », explique le chercheur. Il a également été chargé d’une autre mission : celle de participer à la cohésion sociale.

Les associations sont désormais investies de trois missions : développer économiquement les territoires en créant des opportunités d’emplois ; permettre aux villes de se construire une image d’attractivité et de créativité ; et enfin, contribuer au développement de la cohésion sociale.

Et cette dernière mission pèse lourd sur les acteurs culturels et créatifs des quartiers populaires bruxellois, très conscients de leur responsabilité sociale. « Au sein du secteur, cet aspect devient même un critère de qualité. On entend parfois des gens dire que certains projets ne sont pas assez ouverts sur leur quartier  », précise François Rinschbergh. Cette injonction est d’autant plus difficile à supporter pour ceux dont la vocation n’est pas de créer du lien social.

Après les attentats, le besoin de cohésion sociale est apparu plus criant que jamais. « Mais les budgets accordés aux acteurs qui veulent s’engager dans cette mission n’ont pas forcément suivi  », note le chercheur. Par ailleurs, la plupart des subventions sont conditionnées à des critères de mixité et de vivre-ensemble. Elles excluent donc, de fait, toute une série d’acteurs culturels qui travaillent auprès de communautés spécifiques, souvent sujettes à discriminations.

Un non-sens pour François Rinschbergh qui parle de l’entre-soi protecteur, « des espaces protégés où les gens se sentent en confiance et peuvent parler d’un vécu qu’ils ressentent, qu’ils partagent parfois au sein de certains groupes sociaux », explique le chercheur, « cet entre-soi protecteur permet aussi de structurer un discours et in fine d’aller plus facilement vers l’autre, de contribuer au vivre-ensemble ».

Et de poursuivre avec une suggestion : « La mixité, souvent considérée comme point de départ de l’action socio-culturelle, pourrait être vue comme ligne d’arrivée. Mais pour cela, il faut faire confiance aux acteurs de terrain  ». Une démarche, courageuse politiquement, qui devra s’accompagner d’un financement du secteur culturel et créatif allant dans ce sens ainsi que d’une écoute attentive des revendications communautaires. « Il y aura un juste milieu à trouver entre les politiques de mixité et les politiques de reconnaissance culturelle  », conclut François Rinschbergh.

Parmi les acteurs de terrain, l’asbl Ras El Hanout a choisi de s’adresser aux jeunes de Molenbeek grâce à une académie de théâtre. « On est jeune, on est Bruxellois, on est musulman  », lance son fondateur, le comédien Salim Haouach.

Ecoutez-le.

 

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