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Le jeu du politique: mentir

Les élus disent rarement la vérité. Le jeu politique les en empêche. Ils déforment, exagèrent, minimisent, omettent. En somme, ils mentent. Et, forcément, on ne les croit plus.

- Journaliste au service Politique Temps de lecture: 3 min

Les travailleurs du non-marchand marchaient à Bruxelles, mardi, pour dénoncer leurs conditions de travail (infectes, et ça ne date pas d’hier). La police a compté 14.000 manifestants. Les syndicats en ont revendiqué 12.000.

De mémoire d’être humain, c’est la première fois que les organisateurs d’une protestation annoncent moins de protestataires que la maréchaussée. C’est bien. C’est honnête.

En général, une manif, ça se passe comme ceci. Les organisateurs disent espérer 5 manifestants (ils présument qu’il y en aura 10 mais ils disent : 5). Les policiers en comptent 10. A la fin de la manif, les organisateurs en annoncent 15. Pour asseoir leur chiffre, ils sous-entendent que la police = le pouvoir et que le pouvoir a toujours intérêt à minimiser la colère populaire. Donc : 15. On gobe. Et la presse titre : « Gros succès ! »

Le cas d’enfumage le plus cornichon remonte au 5 mars quand François Fillon a réuni ses partisans à Paris, sur la place du Trocadéro. Les lieux peuvent accueillir 40.000 personnes. Fillon et les siens en ont annoncé 200.000. Soit… dix militants par mètre carré. Si Fillon avait rassemblé 200.000 personnes, il y aurait eu 200.000 morts (par étouffement).

Pourquoi on parle de tout ça ?

Parce que le politique est rarement dans la vérité. Très rarement. Il se dit : je ne peux pas dire le vrai. Il se dit : le combat politique ne le permet pas. Il se dit : je ne peux pas reconnaître un échec (ou admettre la réussite de l’adversaire). Alors, il brouille, déforme, exagère, tronque la vérité. Dans le meilleur des cas, il omet, élude ou langue-de-boise. C’est le jeu.

En attendant, il ment.

Et il ment souvent. La majorité ment quand elle évoque son action (systématiquement enjolivée). L’opposition ment quand elle critique cette même action (exagérément noircie). On ment pour tout, pour rien. On ment même pour le résultat des élections (un statu quo = victoire, un recul = une consolidation, une claque = un tassement).

Notre hypothèse : ce n’est pas seulement les vingt malfrats (trente ? cinquante ?…) qui siphonnent dans la caisse des intercommunales qui expliquent le dégoût de la chose publique. Et ce n’est pas en ramenant l’annuel brut de Stéphane Moreau de 1 million à 300.000 euros que l’on va réconcilier le citoyen avec ses élus. Ni en zappant les provinces. Ni en créant des panels citoyens. Ni en organisant des consultations populaires.

Cela peut aider, bien sûr. Mais le vrai poison est ailleurs. Il y a que le politique n’est pas crédible, au sens premier du terme. Il n’est jamais dans l’exact.

Il est dans le mensonge.

On rêve d’un mandataire qui nous dirait : « J’ai été mauvais. J’admets que mon adversaire a raison. »

Mais là, on est dans un songe.

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6 Commentaires

  • Posté par Dumont Denys, mercredi 29 mars 2017, 18:31

    Ils mentent, pas moins mais guère plus que le fabricant ou le commerçant qui fait la publicité de son produit ; et c'est inévitable puisqu'ils doivent pour raisons financières, ou veulent par orgueil ou ambition, se maintenir au pouvoir ; la correction viendra d'un mandat unique et non renouvelable, à quelque niveau que ce soit ; mais qui sciera la branche sur laquelle il est assis ?

  • Posté par stals jean, dimanche 26 mars 2017, 14:25

    Serait-ce jouer le psychanalyste à deux balles, que de se demander le pourquoi de ce MENSONGE perpétuel systématique institutionnalisé légalisé dans le chef de tous ceux de toutes celles qui ont embrassé la carrière politique à l'instar de ceux la de la chanson de Pierre Perret qui embrassent le "cul de Lucette"...Monsieur Bouillon ne rêvons pas, si l'un des piliers de base en politique c'est de mentir effrontément, viscéralement, absolument, c'est tout simplement que mentir est le propre de l'homme et ne soyons surtout pas misogyne, le propre de la femme aussi et à égalité...En politique ont ment naturellement, pourquoi? Mais bons sens de bonsoir parce que le mensonge est l'activité première, préférée et obligée des humains et que jusqu'à preuve du contraire, même s'il vivent tous et toutes dans leur bulle à eux, je n'ai jamais lu le nom d'un vrai martien sur une liste électorale. Si les politicien(ne)s ne passaient pas leurs vie à mentir ils elles ne seraient ni crédibles ni pris(e) aux sérieux ni même éligibles par les menteurs congénitaux que nous sommes tous et toutes nous les homos sapiens (au carré parait-il)...Non, ce n'est ni le rire ni le "savon", comme l'avait fait dire Geluck à son chat qui est le propre de l'homme, mais le mensonge. On ment tous comme on respire, et tout le monde sait ne serait-ce qu'inconsciemment, que si il y a bien une vérité vrai, c'est que pour survivre en politique comme en religion et dans ces deux domaines la plus encore qu'ailleurs, on peut peut-être manquer de certaines choses, mais il ne faut pas surtout jamais au grand jamais manquer d'air, de beaucoup d'air...

  • Posté par Fabrizio Leiva-Ovalle, dimanche 26 mars 2017, 13:23

    Et Pierre Bouillon dit toujours la vérité dans ses chroniques et dans ses articles ?? "Si vous voulez toujours savoir la vérité, gardez-vous des gens qui disent tout ce qu'ils pensent, car il n'y a pas d'homme qui n'ait pensé en sa vie une foule de sottises, et qui, par conséquent, en vous disant exactement ce qu'il pense, ne vous dît cent fois le contraire de ce qui est". Citation de Pauline de Meulan

  • Posté par Mathieu Colmant, samedi 25 mars 2017, 15:27

    On commencerait déjà par avoir des représentant qui votent dans les assemblées en âme et conscience, pas sur base de ce que leur chef de groupe ou de parti a décidé...

  • Posté par Monsieur Alain, samedi 25 mars 2017, 12:58

    Un peu d'espoir aussi svp ! Que nous faut-il ? Faire avec ? Rejoindre un couvent ? Créer un parti (ah non, c'est vrai, pas crédible !). Voter "Le Pen" ? Je pense que les tenir "au collet" avec une presse offensive et qui reste crédible, elle, c'est déjà beaucoup. De toute façon, on n'a pas le choix et, à bien y regarder, ils sont comme nous. Ils sont nous, ni meilleurs ni pires! C'est peut-être ça le plus dérangeant, il nous renvoient une image de nous-même peu flatteuse.

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