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L’heure de remettre les pendules… à l’heure!

Le changement d’heure est-il encore utile aujourd’hui ?

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Dans la nuit du 25 au 26 mars prochain, les Européens ont réglé leurs montres à l’heure dite d’été. À cette occasion, nous sommes sans doute nombreux à nous poser, à nouveau, ces mêmes questions rituelles : «  dois-je avancer ou reculer ma montre ?  », «  vais-je gagner ou perdre une heure de sommeil ?  » et, bien évidemment, «  à quoi cela sert-il encore de nos jours ?  ».

Ces interrogations, les Belges les connaissent depuis 40 ans ! En effet, c’est en 1977, suite au choc pétrolier, que notre pays a opté pour ce mécanisme visant des économies d’énergie (réduction de la consommation globale grâce à l’ensoleillement). Depuis, le changement d’heure a progressivement été harmonisé à l’échelle du continent et c’est désormais au niveau des instances européennes qu’il est géré. Mais sur le fond, ce mécanisme est-il encore bien utile ? Les avantages du changement d’heure sont-ils toujours réels après quatre décennies d’évolutions sociétales, technologiques, culturelles et économiques ? Les sceptiques sont de plus en plus nombreux, aussi bien dans la population qu’au niveau des pouvoirs publics.

Ainsi, les rapports officiels s’accumulent depuis des années pour en nuancer les effets réels. La Commission européenne avait déjà admis dans un rapport de 2007 que les économies réalisées sont « difficiles à déterminer et sont, en tout cas, relativement limitées » . Au niveau des États membres, des doutes planent depuis longtemps sur le sujet. Ainsi, 10 ans auparavant, le Sénat français concluait déjà que «  les avantages annoncés ou attendus du changement semestriel de l’heure ne sont pas suffisamment importants pour compenser les inconvénients ressentis par les populations », en ce qui concerne des domaines tels que la santé publique, l’agriculture, l’environnement et la sécurité routière

Sur la scène belge, c’est l’ancien Secrétaire d’État à l’Environnement et à l’Énergie qui a admis en 2012, que «  parmi les nombreuses études menées sur le sujet, toutes (à quelques exceptions près) aboutissent plus ou moins à la même conclusion : les effets au niveau des économies d’énergie réalisées sont limités  ». Plus récemment, en octobre dernier, un débat sur ce sujet a encore au lieu au Parlement européen. Les Députés se sont alors très largement prononcés en faveur de la suppression du changement d’heure. De leur côté, les citoyens européens seraient également pour cette suppression. La majorité des Français se sont, par exemple, exprimés en ce sens.

La problématique est en réalité plus complexe que la seule dimension énergétique, car le changement d’heure est soupçonné d’avoir un impact négatif sur la santé des personnes, en particulier les plus jeunes et les seniors. Sont observés des troubles du sommeil, de l’attention et de l’horloge biologique, ainsi que l’augmentation du nombre d’infarctus dans les 7 jours qui suivent le changement. L’agriculture serait également touchée, avec la perturbation des rythmes de travail et des animaux, ainsi que la diminution de la production de lait et de sa qualité. Citons également, en matière de sécurité routière, une hausse de 63 % selon l’IBSR du nombre de piétons blessés gravement ou tués provoquée par le changement d’heure d’automne. Enfin, le changement d’heure complique également les télécommunications et les transports internationaux.

Vu ces différents éléments, force est de constater que nous sommes confrontés depuis 40 ans à une politique publique qui, outre le fait qu’elle n’ait jamais été plébiscitée par la population, n’offre pas suffisamment de garanties sur ses effets prétendument positifs et le caractère limité de ses dommages collatéraux. L’argument selon lequel toute modification du régime nécessite un débat et un consensus européen n’est pas une excuse.

Soyons concrets ! L’Europe ne manque pas d’universités de renom qui pourraient évaluer, de manière indépendante, la pertinence du changement d’heure. Si le diagnostic est concluant, fermons une bonne fois pour toutes le débat. À l’inverse, si le résultat n’est pas probant, alors portons enfin au niveau européen l’abrogation d’une mesure contreproductive. À l’heure où la bonne gouvernance est au cœur de l’actualité, remettons enfin les pendules à l’heure.

 

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