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Comment Marvel gagne le combat des super-héros

Des « comics » au grand écran, les super-héros ont envahi la culture pop. A la pointe de ce raz-de-marée se trouvent les studios Marvel.

- Journaliste aux services Culture et Médias Temps de lecture: 4 min

I ron Fist . Le poing de fer. Tout est dans le titre qui installe la phase 4 de l’offensive Marvel sur Hollywood : l’invasion du petit écran. Alors que Logan caracole toujours en tête du box-office* et en attendant Guardians of the Galaxy 2 , Spider-Man , Thor et la troisième attaque forcément massive des Avengers au printemps 2018, la Marvel déploie désormais également son univers en séries sur Netflix.

La conquête semble totale, tant les super-héros, nés à partir des années 30 sur papier cartonné, dictent leur loi à l’écran. Avec 10 milliards de dollars engrangés en quatorze films sortis en moins de dix ans, Marvel Studios s’est imposé comme leader maximus , soumettant les vieux studios à sa vision du cinéma pop-corn et laissant son concurrent historique DC Comics à la traîne, tentant d’accrocher le train coûte que coûte.

Qu’on le veuille ou non, les super-héros ont pris le pouvoir et ils n’ont pas l’intention de le partager. Un état de fait ? Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi.

Dans les années 90, seul Batman, vengeur masqué de la DC, semble tenir la cape haut dans le vent. Las !, après deux opus-référence signés Tim Burton, l’homme chauve-souris retombe dans les limbes. Quant à la Marvel, elle est au bord de la faillite. Et personne ne s’en inquiète. Le super-héros n’est plus ni super, ni héros, juste un geek chelou en collants lycra.

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Rachetée in extremis par le fabricant de jouets Toy Biz, le cinéma ne fait d’ailleurs pas partie du plan de remise sur pied de la boîte. Marvel cède ainsi la plupart de ses personnages en licences aux studios de cinéma : Spider-Man tombe dans le giron de Sony, les X-Men dans celui de la Fox. Et voilà que ces derniers, sous la houlette de Bryan Singer, remettent les super-héros au goût du jour ! Marvel n’en ramasse que les miettes, un pourcentage riquiqui sur les recettes au box-office. Intolérable ! L’heure de la reconquête a sonné.

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La marque Marvel

Première étape : récupérer ses personnages, un à un. Deuxième étape : la création de Marvel Studios dans le but de produire ses propres films. Troisième étape : exploser le box-office mondial et imposer l’univers Marvel qui se déploiera, à l’instar des comics, selon le principe du « crossover », en forme de franchise ouverte où les personnages se retrouvent dans les histoires dédiées aux uns et aux autres.

2008 marque l’an 1 de l’ère Marvel à Hollywood. Les studios sortent leurs deux premiers longs-métrages : L’incroyable Hulk et surtout Iron Man qui récoltera 585 millions de dollars au box-office. La voie est libre… Et c’est Disney qui s’en rend compte le premier. Le géant du divertissement rachète l’empire Marvel pour 4 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros à l’époque) en 2009. Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, cela va donner un coup de boost aux productions Marvel, qui vont profiter au plus fort du pouvoir de promotion et de distribution de Disney pour déferler sur la planète.

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Loin d’être sous les fourches caudines de Mickey, Marvel Studios fonctionne en effet en autarcie : « Marvel, c’est une île isolée à l’intérieur de Hollywood » , disait la réalisatrice de Punisher Lexi Alexander aux Inrockuptibles . Dirigé par le démiurge Kevin Feige, « la boîte aux idées », comme on l’appelait dans les années 60, a imprimé sa marque. Une marque pop et mainstream entre effets spéciaux à tout va, grand spectacle pan dans les dents !, humour de sitcoms, mythologie pop américaine et contexte un tant soit peu réaliste. Et surtout, que tous, de 7 à 77 ans, y trouvent leur compte !

Après le cinéma, c’est désormais la télévision (sur internet) qui succombe. Marvel Television a été lancé en 2013 dans ce but et un accord avec Netflix, leader de la VOD, a rapidement suivi. Quatre séries ont déjà vu le jour, deux autres arrivent. Rien ne semble pouvoir arrêter l’armée Marvel. Rien, sinon Marvel elle-même. Car à force de nous abreuver, tous les trois mois, le risque d’overdose est bien réel. D’autant que la formule reste la même. Le crépuscule des super-héros ? Avec des centaines de millions de recettes par film au box-office, un agenda archi-complet jusqu’en 2020 et une « guerre infinie » à peine enclenchée avec son meilleur ennemi DC Comics, on en est encore loin.

* Logan, comme les X-Men, sont exploités par la Fox. Marvel ne touche qu’un petit pourcentage sur ces films.

 

Un mythe américain

Temps de lecture: 3 min

Est-ce une coïncidence ? Les deux âges d’or des super-héros ont lieu alors que l’Amérique est en prise avec le doute… mais qu’un vent nouveau lui permet de traverser la tempête. Le premier se déroule à la fin des années 30, entre la Grande Dépression et l’attaque de Pearl Harbor. De ces coups durs, les Etats-Unis sortiront vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale et première puissance mondiale. Le deuxième âge d’or débute au lendemain du 11-Septembre et s’impose alors que la crise des subprimes éclate… et que Barack Obama imprime un espoir nouveau pour le pays qui sort bientôt de la crise.

C’est que la fonction du super-héros est clairement définie (du moins au départ) : protéger l’Amérique et lui donner un sentiment d’invulnérabilité.

Le premier super-héros ayant vu le jour sous forme graphique est à ce niveau exemplaire : Superman, né en 1938 chez DC Comics, costu-me bleu et cape rouge, a pour ambition de, si on nous permet la formu-le, « make America great again ». Ses origines sont intéressantes : extraterrestre orphelin tombé sur Terre, il est recueilli par d’humbles fermiers du Kansas. Un mythe sur le modèle grec, mais typiquement américain : pop et patriote. Il n’hésitera logiquement pas à combattre les nazis et Japonais durant les années 40, à l’instar de son concurrent de Timely Comics (futur Marvel), Captain America, ce gringalet transformé en super soldat (toujours plus fort et patriote).

Miroir trouble

Le super-héros première période est tout en armure, de couleur pleine, sans failles, sans psyché presque. Le parfait soldat, en somme. Ce qu’on lui reprochera dans les années 50 et encore plus durant les années 60, alors que la contre-culture envahit les Etats-Unis. C’est pourtant au début de la décennie 60 que Marvel invente la plupart de ses personnages emblématiques : Hulk, Spider-Man, Iron Man, Thor, X-Men, Daredevil et les Avengers. On doit cette envolée à l’auteur Stan Lee, qui instaure aussi un univers de science-fiction à ses histoires, de quoi faire un pas de côté par rapport au drapeau étoilé.

En Europe, les super-héros nous parviennent sur petits formats et gros papier vulgaire. Une des raisons, avec la morale très chrétienne de l’époque et la « loi de protection de la jeunesse » de 1949 en France, pour laquelle les « comics » sont restés un phénomène de niche. Outre-Atlantique, après la traversée du désert des années 60-70, les super-héros renaissent, plus ambigus, plus sombres, plus fragiles, sous la plume de jeunes auteurs comme Frank Miller et Alan Moore. Protecteur de l’Amérique ou dictateur en devenir ? Le super-héros n’est plus seulement la fierté de l’Oncle Sam, il est aussi son cauchemar, son miroir trouble.

Batman est parmi les personnages à avoir réussi leur mue. C’est aussi lui qui emmènera tous les autres sur grand écran, grâce à Tim Burton en 1989 et Christopher Nolan quinze ans plus tard. Le deuxième âge d’or des super-héros aura lieu dans les salles obscures. Avec le réveil de la Marvel et les attaques massives déployées depuis 2008, les voici devenus dieux de Hollywood. Au risque de devenir des dictateurs ? A force d’imposer leur agenda, leur style et d’anéantir toute concurrence ou alternative, la question peut se poser, comme durant les années 80. Le super-héros hollywoodien est à la fois super soldat, patriote et milliardaire, mais quelles sont ses intentions ? Le pouvoir sans partage ou la liberté des peuples ? « Make America great again »… ?

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1 Commentaire

  • Posté par Pavoine Jean-Martin, mardi 28 mars 2017, 12:53

    Ah! Et la nostalgie d'un monde 'simple', manichéen, comme du temps des deux grands blocs US/URSS, paradoxalement associée à cette grande interrogation de l'homme du XXIème siècle: 'le problème est-il aussi en nous?', sont peut-être bien des motifs sous-jacents de ces succès. A cela on peut peut-être rajouter une tentative d'échapper non plus seulement à un monde de moins en moins 'simpliste', mais à des films et séries (telle dark mirror, et tant d'autres) qui nous remettent en question. En ce sens, oui, Monsieur Trump se présente comme un 'super' qui va tout arranger de manière bien simple.

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