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Valls, le bras d’honneur de trop

Manuel Valls avait promis de soutenir le vainqueur de la primaire. En annonçant qu’il va voter Emmanuel Macron plutôt que Benoît Hamon, il trahit sa propre parole.

- Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 2 min

On avait déjà touché le fond. Maintenant, on creuse. Il ne manquait plus que ça. Les injures, les parjures à gauche après les affaires à droite et à l’extrême droite. Manuel Valls avait promis de soutenir le vainqueur de la primaire. En annonçant qu’il s’apprête à voter Macron plutôt qu’Hamon, il trahit sa propre parole. « Et alors ? », comme dirait François Fillon dans sa formule consacrée.

« Et alors » ? Et alors ce bras d’honneur emporte avec lui la dernière crédibilité des politiques dans cette arène puante où les taureaux foncent tête baissée vers le chiffon rouge de leur obsession.

Était-il si urgent de déclencher la guerre à moins d’un mois du premier tour ?

Bien sûr, on comprend le calcul. Il y a une forme de cohérence à vouloir prendre la main pour ne pas laisser le camp social-démocrate s’abîmer corps et âme avec une gauche sociale-utopiste qui semble promise au naufrage. Emmanuel Macron lui-même masque le fond de sa pensée en jouant l’effarouché. Le leader d’En Marche ! a, quoi qu’il dise, besoin de renfort s’il veut composer demain une majorité en cas de victoire et ne pas tomber dans une version inédite de cohabitation dès la fin de ce qui pourrait être son éphémère joli mois de mai.

Mais enfin ! Si Manuel Valls justifie son revirement par un risque de victoire du FN, il semble oublier qu’il offre au contraire par sa démarche un cadeau inespéré à Marine Le Pen. Voici le magnifique chaînon manquant que la patronne de l’extrême droite attendait pour relier Emmanuel Macron et sa promesse de renouveau à l’héritage des années Hollande.

S’il était si insupportable à Manuel Valls de faire la campagne de Benoît Hamon (ce que l’on peut comprendre s’agissant de l’un des frondeurs qui lui ont empoisonné le quinquennat), il avait un autre choix. Celui de la discrétion.

 

À gauche, le divorce n’attend pas le premier tour

En s’apprêtant à voter pour Emmanuel Macron, Manuel Valls précipite l’implosion du PS. L’heure n’est déjà plus à l’élection mais à la recomposition.

- Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 4 min

PARIS

C’est l’histoire d’un divorce. Le Brexit ? Non, l’implosion du Parti socialiste français. On retiendra que c’est à l’heure où l’Europe se disloque que la gauche choisit de sortir les poignards et d’acter sa rupture.

Le jour est à peine levé mercredi qu’il jette une lumière crue sur un champ de ruines. Discret depuis sa défaite à la primaire de la gauche, Manuel Valls déclenche les hostilités dans la matinale de RMC-BFM TV. Il étrille la candidature du socialiste Benoît Hamon et annonce, comme il le laissait déjà présager la veille, qu’il votera pour Emmanuel Macron dès le premier tour. «  L’intérêt supérieur du pays va au-delà des règles d’un parti », explique Manuel Valls qui parle « d’une question de raison et non d’une question de cœur ». « La stratégie de Benoît Hamon mène à la marginalisation de la gauche de gouvernement », poursuit-il en confirmant sa volonté de participer à une future « majorité cohérente. »

Ce n’est pas un café-calva au petit-déjeuner, c’est de l’alcool à brûler. Une armée de socialistes recrache. « Chacun désormais sait ce que vaut un engagement sur l’honneur d’un homme comme Manuel Valls : rien ! », s’étrangle Arnaud Montebourg. Et dire, en regardant dans le rétroviseur, que Montebourg et Hamon s’étaient entendus pour installer Valls à Matignon en débarquant Jean-Marc Ayrault. Après les premiers coups, la chasse est ouverte. « Honte !  », dit l’un. « Minable  ! », lâche l’autre. De Lille, où elle s’apprête à accueillir le soir même Benoît Hamon en meeting, Martine Aubry exhale sa colère froide. « Ma conception de l’honneur et de l’éthique démocratique a été de mettre toute mon énergie au service de la victoire de la gauche en 2012 », twitte-t-elle. L’ancien Premier ministre n’a même pas droit dans sa bouche à un « Valls, y en a marre  ! », comme elle avait un jour commis un « Macron, y en a marre  ! ». Juste un rappel de ce qu’elle considère comme sa propre droiture.

Promesses bafouées

Le ralliement de Manuel Valls à Emmanuel Macron passe d’autant plus mal qu’il avait promis de soutenir le vainqueur de la primaire. Les promesses bafouées sont ressorties des archives et crissent comme une craie sur le tableau. Jean-Christophe Cambadélis compte les coups, impuissant. «  Je suis triste. J’appelle tous les socialistes au calme », implore le premier d’entre eux. « Tous ceux qui rejoindront Macron ne seront plus au PS », écrit le Premier secrétaire à ses ouailles. Mais le prof chahuté frise le ridicule en levant son index sans autorité. Pas plus que Le Drian ou Delanoë qui soutiennent le leader d’En Marche, Valls ne sera pas débarqué car il n’a pas «  rejoint » Macron. Le député Laurent Baumel, soutien de Benoît Hamon, est à bout de nerfs. « Ça va encore nous détourner du fond. Est-ce qu’une seule fois dans cette campagne on peut parler de l’essentiel ? Il faut s’en remettre aux électeurs maintenant, qu’ils jugent sur les projets ». Baumel craque. Les sondages, le vote utile, l’explosion du PS, les commentaires des médias. Il finit par bondir. «  Mais qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? Qu’on convoque un congrès maintenant ? Ce n’est plus une élection, c’est une bulle spéculative ! »

À la mi-journée, Benoît Hamon convoque la presse à son QG. Derrière le sourire de façade, il bout. « La parole donnée devant le peuple doit être scrupuleusement respectée  », entame-t-il d’une voix blanche. «  Je me tourne vers les citoyens de gauche, vers la société civile. Je vous demande de réagir, de sanctionner ceux qui se prêtent aujourd’hui à ces jeux morbides, ces politiciens qui ne croient plus en rien et vont là où le vent va ». Un chien de sa chienne. Il appelle les écologistes, les socio-démocrates, les communistes et la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon à l’union. Mais pourquoi ce dernier céderait-il ? Mélenchon se gausse. Il est passé loin devant Hamon dans les sondages.

Plus embarrassé qu’autre chose, Emmanuel Macron remercie Manuel Valls d’une bouche pincée. «  Je reste fidèle à ma volonté de tourner la page du quinquennat », prend-il soin de clarifier.

La droite et l’extrême droite s’engouffrent dans la brèche. «  Les masques tombent  », ironise Éric Ciotti, soutien de François Fillon. Marine Le Pen exulte de voir l’ex-Premier ministre dans les pas de l’homme en Marche et les renvoie dos-à-dos : « C’est Docteur Macron et mister système ! ».

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2 Commentaires

  • Posté par Weissenberg André, jeudi 30 mars 2017, 12:29

    Au même titre que pour ce qui concerne l'affirmation de François Fillon, qu'il se retirerait en cas de mise en examen, on ne peut qu'abonder dans le sens de Manuel Valls pour ne pas se laisser enfermer par une déclaration précédente sans aucun doute prématurée et non-pertinente, en considérant qu'il n'y a décidément que les imbéciles qui ne changent pas d'avis!

  • Posté par Godinas Emile, jeudi 30 mars 2017, 10:48

    Le Soir suit les "affaires" plus que le débat de fond qui a été initié en France depuis 10 ans par François Asselineau. Il suffit pourtant de visionner quelques débats d'Asselineau sur Youtube pour comprendre que la situation dans laquelle se trouvent les Français aujourd'hui est la résultante de l'application des traités européens. Sans souveraineté, les décisions sont prises par un amalgame de pays qui n'ont pas grand-chose à partager, qui n'arrivent pas à s'entendre, qui font des pas communs de plus en plus petits au fur et à mesure que le nombre de pays-membres augmente. La Grande-Bretagne vient de larguer les amarres. La France va-t-elle suivre ?

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