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De Vio.Me à Caterpillar: et si on osait!

Les travailleurs de Viomichaniki Metaleftiki, à Thessalonique, en Grèce, ont vécu la brusque fermeture de leur usine en 2011. Aujourd’hui, leur site industriel se réinvente. Un exemple pour les travailleurs de Caterpillar ?

Temps de lecture: 4 min

Telle une épopée grecque, le récit de l’entreprise Vio.Me nous donne aujourd’hui à réfléchir sur les choix que nous porterons demain. Ni dieux ni déesses, mais des travailleurs/travailleuses refusant la fatalité du capitalisme débridé, luttant pour garder leur emploi et n’acceptant pas d’abandonner leur usine. Ils résistent incroyablement depuis 6 ans et inventent un autre modèle. Détermination, intelligence, vision politique, mais aussi jovialité, solidarité, humour, ouverture d’esprit : c’est un concentré de l’Humanité à laquelle on aspire.

Vio.Me : un symbole

L’histoire de l’usine Viomichaniki Metaleftiki (Vio.Me) de Thessalonique est intimement liée à celle de la crise grecque. Vio.Me était une filiale florissante du groupe Philkeram-Johnson, le plus important producteur de matériaux de construction en Grèce. Chez Vio.Me, on fabriquait des colles industrielles pour la construction ainsi que des dissolvants. Mais en 2011, la maison mère décidait de déposer le bilan et de fermer l’usine, suspendait le paiement des salaires, et mettait les travailleurs en « arrêt de travail forcé » sans leur verser les indemnités dues. Ceux-ci se retrouvaient avec à peine 359 euros par mois d’allocations.

Le syndicat ouvrier de Vio.Me menait alors une résistance acharnée, notamment via l’occupation de l’usine et la réquisition des outils de production, et une quarantaine de travailleurs organisés et mobilisés tenaient tête à la direction du groupe. Fin 2011, 17 d’entre eux décidaient de fonder une coopérative ouvrière et reprenaient la production avec pour slogan « Vous ne le pouvez pas ? Nous le pouvons ! ». Depuis, les obstacles sont nombreux (propriétaires, autorités, justice…) mais le projet grandit.

Vio.Me est aujourd’hui un site industriel qui se réinvente au sein d’une économie dévastée par les mesures d’austérité qui touchent durement la Grèce. Malgré un choix ambitieux mais réfléchi de changement de production, la coopérative a réussi à engager de nouveaux travailleurs. Des réseaux de distribution se tissent à travers l’Europe pour permettre la distribution des produits issus des usines coopératives autogérées.

Pour autant, le modèle n’est pas la solution miracle : les travailleurs qui sont restés ont un statut précaire, et l’occupation de l’usine reste « illégale ».

Aller plus loin

Le cas de Vio.Me n’est pas isolé. Dans le cadre de la mondialisation capitaliste, les entreprises rentables fermées par des multinationales en recherche de profits à deux chiffres font florès.

Le 2 septembre 2016, Caterpillar annonçait brusquement la fermeture de son site de Gosselies. 2.000 licenciements directs et près de 6.000 emplois menacés en tenant compte des nombreux sous-traitants impactés. Dès les premières heures, syndicats et autorités politiques annonçaient leur volonté de récupérer le site. Près de 7 mois plus tard, les pouvoirs publics sont parvenus à négocier la récupération du site pour 1 euro. La région wallonne via l’intercommunale Igretec devient propriétaire des 93 hectares dont la position géographique s’avère être particulièrement stratégique. Les syndicats s’en félicitent et espèrent voir une partie des travailleurs/travailleuses être réengagé(e)s par les futurs acquéreurs mais demandent aussi une vigilance sur le choix de ces derniers.

Et pourquoi ne pas aller plus loin ? Mettre en place des mécanismes légaux afin de se réapproprier l’outil ou, une partie de celui-ci. Directement par les travailleurs, sous une forme coopérative si cela est possible. En synergie avec des outils d’investissements publics régionaux si cela est nécessaire (capital ou investissements importants). Concernant la réappropriation, un décret wallon avait été envisagé lors de l’affaire Mittal mais il n’a jamais été voté. A l’époque, plusieurs partis y étaient réticents voire hostiles. Aujourd’hui le rapport de force sur l’échiquier politique semble avoir changé. Allons-nous attendre la prochaine annonce de fermeture pour nous doter d’outils de résistance légaux ?

Mutatis mutandis, des exemples comme celui de Vio.Me démontrent qu’il est possible de refuser la fatalité de la fermeture dès lors que des multinationales sacrifient une usine rentable et au savoir-faire réel. Mais ils démontrent également le besoin criant d’un soutien politique afin de les voir aboutir efficacement, en particulier s’il s’agit de les mener à une échelle importante.

* A contre courant est une association d’éducation populaire dont l’activité s’étend sur l’ensemble du territoire Wallonie-Bruxelles.

** Présence et Action Culturelles est un mouvement d’Éducation permanente et populaire reconnu par le Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

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