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Déjà ringards, les Panama papers?

En douze mois, les promesses de plus de transparence, de plus de justice fiscale, ont eu le temps de s’évaporer.

- Chef du service Enquêtes Temps de lecture: 3 min

I l est étonnant de voir la routine des politiciens. Il y a une fuite ? Ils s’indignent, demandent et exigent plus de transparence… Puis ils oublient tout. » La phrase est signée Frederik Obermaier, l’un des deux journalistes allemands à l’origine des Panama Papers.

Mais les Panama Papers, c’est loin. Très loin. Un an déjà ! Et en douze mois, les promesses de plus de transparence, de plus de justice fiscale, ont eu le temps de s’évaporer. C’est ça, la routine.

Ce samedi, à Malte, plus question de lutte contre l’évasion fiscale au menu de la réunion des ministres des Finances européens. Ça, c’est du réchauffé. Du déjà-vu/lu/entendu.

Il faut s’attaquer à un volet bien plus important : la « certitude fiscale ». Comprenez : la volonté d’offrir aux entreprises (et aux multinationales) une stabilité du cadre fiscal. Pour les rassurer. Pour les convaincre de rester en Europe. C’est en tout cas le discours de Malte, qui séduirait également dans les rangs belges.

Qu’entend-on par « plus de certitude fiscale » ? Accrochez-vous, pincez-vous, ça décoiffe.

Il faudrait par exemple réduire la fréquence des modifications des lois fiscales. C’est vrai, quoi : avec tous ces changements (lesquels au juste ?), les entreprises et leurs conseillers fiscaux ne s’y retrouvent plus.

Plus de « certitude fiscale », c’est aussi arrêter de mettre en place des mécanismes anti-abus, car ils sont trop souvent contournés. Que faire à la place ? Rien, apparemment. Ce serait plus efficace…

Cerise sur le gâteau, Malte se méfie aussi d’un trop-plein de transparence. Cela pourrait créer des « différends fiscaux » entre Etats. Il est clair que quand tout se passe dans l’opacité absolue, le risque de « différend » est nettement moindre. Est-ce plus équitable pour autant ? Permettez-nous d’en douter.

Bref, selon Malte, il faut éviter de changer les règles en permanence pour continuer à faire ce que l’on a toujours fait. A savoir se livrer une concurrence fiscale nuisible entre Etats, où tous les coups sont permis, quitte à se montrer parfois complètement déloyal.

Personne ne conteste le fait que la stabilité fiscale soit souhaitable pour les entreprises, de la PME à la multinationale. Personne ne conteste non plus qu’un cadre stable est plus rassurant pour les investisseurs.

Mais comment oser utiliser ces arguments pour freiner les réformes quand on sait que les lois fiscales sont des gruyères permettant aux multinationales de se faufiler dans les trous pour éluder l’impôt ? Comment prôner plus de stabilité quand on voit le réservoir à milliards toujours logé dans des paradis fiscaux ?

Oui, on pourra parler de stabilité. Mais quand le gruyère fiscal n’aura plus de trous. Et quand chaque contribuable payera sa juste part d’impôt. En attendant, place aux réformes.

 

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3 Commentaires

  • Posté par Le Carré Jean-yves, mercredi 5 avril 2017, 16:00

    Whaouh, çà décoiffe ! Bravo, enfin un édito sans fards et pourtant si j'en crois une précédente réaction, y'a du boulot chez les ramollis du bulbe, les enfants de la cuisse de Jupiter, en résumé ceux du système néo-libéral que l'on veut absolument nous faire bouffer, comme si nous étions bêtes à manger du foin !

  • Posté par Arnould Philippe, mercredi 5 avril 2017, 10:18

    Peut-être tout simplement que le scandale n'était qu'une tempête dans un verre d'eau. Pour rappel, les journalistes ne sont pas des experts en droit fiscal et accusation n'est pas condamnation. Sinon, qu'appelez-vous "sa juste part d'impôt" ? L'impôt le plus juste est l'impôt le plus faible. D'ailleurs, ceux qui s'indignent de l'optimisation fiscale en utilisant l'hypothèse que cela pourrait augmenter les impôts des autres ne reconnaissent-ils pas implicitement que l'impôt (qui reste une forme d'extorsion sous la menace de sanction) est injuste ?

  • Posté par Derauw Dominique, mercredi 5 avril 2017, 12:46

    Joli ! Donc d'après vous, l'impôt le plus juste est l'impôt le plus faible et en tout état de cause, l'impôt est une forme d'extorsion. Soit. Mais alors, est-ce que pour vous, la vie en société est simplement un ensemble de vies individuelles sans interactions ? Ou considérez vous que toute interaction avec la société doit être minimale au risque sinon d'être une agression ? En écrivant cela, je ne veut pas me lancer dans une polémique stérile. Ce n'est pas une attaque. Je voudrais vraiment vous proposer une question de fond : L'impôt n'est il pas une manière de participer à la société dans laquelle nous interagissons ? Auquel cas il ne s'agit pas d'extorsion et une juste proportion s'avère nécessaire.

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