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Le casse-tête du Brexit à bord d’un avion de ligne

Sorties de l’Union européenne, les compagnies aériennes britanniques vont devoir renégocier leurs «libertés» pour voler en Europe. Avantage ou complication? Fiscalité, douanes, sécurité seront aussi au programme. Complexe n’est-il pas?

- Journaliste au service Economie Temps de lecture: 5 min

Il a beau être fluide et transparent, c’est dans l’air qu’on trouve matière à expliquer la complexité des futures négociations du Brexit pour chaque camp. Une fois que la Grande-Bretagne ne fera plus partie du marché commun, son ciel non plus ne fera plus partie de l’espace commun européen. À partir de là, tout se corse.

En pratique, depuis 1997, toutes les compagnies aériennes de pays européens disposent des mêmes droits. En matières aériennes, on appelle ces droits des «libertés» et, à travers l’Europe, les compagnies européennes disposent théoriquement des neuf libertés applicables (voir infographie). C’est d’ailleurs cet accès illimité au marché unique qui a permis le développement et le succès des compagnies low cost. Ces droits aériens en impliquent d’autres en matière de liberté de circulation des personnes et de leur éventuel contrôle aux frontières ainsi qu’en matière douanière concernant la libre circulation des marchandises, en matière fiscale contre les doubles taxations, etc. Ce sont ces libertés qui, par exemple, ont permis à l’irlandaise Ryanair de débarquer à Brussels Airport sans devoir demander d’autres autorisations que l’intégration de ses droits d’atterrissage dans les horaires existants. Pour les compagnies aériennes basées en Grande-Bretagne, le Brexit va théoriquement remettre tout cela en question. Ou va devoir faire l’objet de sérieuses négociations intermédiaires.

En retrouvant son indépendance, la Grande-Bretagne, qui sert également de porte d’entrée dans l’Union pour une bonne partie des pays du Commonwealth, va se retrouver hors ciel unique européen. Les compagnies basées au Royaume-(jusqu’ici)Uni n’y bénéficieront plus de la liberté d’action. En théorie, et à moins que ça ne fasse l’objet de négociations parallèles à celles du divorce, la vingtaine de compagnies aériennes sous registre britannique (dont British Airways, BMI et BMI Régional, Flybe, Thomas Cook, Easyjet, Virgin Atlantic…) se verraient dans l’obligation de solliciter leur gouvernement pour qu’il négocie des droits d’activité pays par pays, ou avec l’Union Européenne qu’elle viendrait justement de quitter. Avec des particularités, comme des vols «nationaux» qu’Easyjet réalise en France (dont elle assure environ 15% du marché intérieur) et en Italie, par exemple. Ainsi, un Brexit «dur» pourrait signifier qu’une compagnie ne puisse plus effectuer que des vols aller-retour entre l’Angleterre et une seule destination intra-européenne quand un avion d’Easyjet et son équipage, aujourd’hui, voient l’organisation de leur journée relier différentes villes européennes en passant, ou pas, par la maison mère à l’aéroport de Londres Luton.

Affaires d’Etats

Affaires de compagnies? Non, affaires d’États! Les relations aériennes, en effet, restent des prérogatives des gouvernements nationaux dès qu’on sort de l’espace aérien commun. En théorie, le Royaume-Uni pourrait demander à obtenir le même statut que l’Islande, la Norvège et la Suisse, non-membres de l’Union, qui disposent de libertés quasi similaires aux pays membres, évidemment réciproques. Les compagnies de ces pays doivent s’engager, naturellement, à respecter tous les engagements des compagnies «européennes» traditionnelles mais ne participent pas aux négociations.

La Grande-Bretagne, ou ses compagnies, peuvent aussi tenter de diviser pour régner et de négocier avec chaque pays de l’Union individuellement. C’est ce que les négociateurs de l’Europe sont supposés tenter d’éviter, dans tous les domaines. Quoi qu’il en soit, ces négociations générales devront aussi s’accompagner de discussion sur l’application de la taxe environnementale sur les émissions polluantes (à laquelle les avions ne seraient plus soumis hors de l’espace commun?) ou sur le respect des règles et recommandations émises par l’agence européenne de sécurité aérienne.

Chez Easyjet, la patronne, Carolyn McCall, a déjà ouvertement abordé la possibilité de loger sa compagnie, ou au moins une de ses filiales opérationnelles, dans un autre pays au sein de l’Union européenne, afin d’y obtenir un certificat de transporteur aérien (CTA), plutôt que de conserver tout son QG à Londres. Ça changera moins de choses que l’inverse pour maintenir les mêmes activités ou les développer au sein des 27. Sauf qu’une compagnie européenne doit aussi avoir un actionnariat majoritairement européen. Il faudrait donc, sans doute, aussi «adapter» les parts des propriétaires de la compagnie. Une perspective qui pourrait aussi Ryanair, dont l’actionnariat est aussi en partie britannique et américain. Ryanair a déjà annoncé le gel du développement de ses activités en Grande-Bretagne où elle est pourtant active dans une vingtaine d’aéroports mais ne devrait pas connaître de problème opérationnel dans le reste de l’Europe.

Le Brexit influencera également le transport de marchandises. Selon les libertés accordées aux transporteurs non-européens, en effet, une étape en Grande-Bretagne prendra un nouvel éclairage. Par exemple pour une compagnie américaine ou asiatique (qui officiellement ne peut pas faire d’étapes à l’intérieur de l’UE) et qui pourraient trouver une étape aux portes de l’Union. Avantage ou inconvénient? Cette position pourrait rassembler, par exemple, tous les emplois nécessaires au dédouanement avant l’entrée en Europe. Parallèlement, elle réclamerait l’utilisation d’une flotte étendue pour assurer les contacts à l’intérieur des différents pays de l’espace européen commun. À l’inverse, cette position pourrait isoler la Grande-Bretagne qui ne serait plus qu’une étape secondaire et extérieure depuis les hubs intra-européens.

Complexe, n’est-il pas? Et encore, on ne parle pas des perspectives si l’Écosse, et son espace aérien, reste dans l’Union…

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1 Commentaire

  • Posté par Lambert Guy, jeudi 13 avril 2017, 10:33

    Si nos hommes politiques veulent sauver l'Europe, ils doivent absolument favoriser un Brexit dur. En effet, si après être sorite de l'UE, Le Royaume-Uni se porte mieux économiquement, c'en est fini de l'UE car tous les Le Pen, Wilders, Orban et autres nationalistes n'auront plus aucune difficulté à convaincre les électorats de leurs pays à votre pour eux et la désintégration de l'UE. Curieusement, les journalistes expriment très peu cet élément clé du futur de note union. Et pourquoi ne questionnent-ils pas les politiques sur ce sujet?

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