Trump se complait dans le rôle de shérif mondial

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Depuis New York

Dans le rôle du shérif, Donald Trump semble se complaire, à défaut d’assumer encore pleinement celui de président des Etats-Unis. Sa ligne politique mal définie sur le front social et économique, il a en revanche opté pour une posture martiale et belliqueuse sur le plan international. Après les frappes de missiles Tomahawk contre la Syrie, déclenchées en représailles d’un bombardement à l’arme chimique contre le village de Khan Sheikhoun par l’aviation du régime Assad, voici le président Trump en campagne contre une menace jugée autrement plus grave : les services de renseignement américains sont convaincus, images satellitaires à l’appui, que le régime nord-coréen entend procéder dès ce week-end à un essai nucléaire, éventualité contre laquelle la Maison Blanche a solennellement averti. Ce samedi marque en effet le 105e anniversaire de la naissance du «  grand leader  » Kim il-sung, le grand-père de l’actuel dictateur Kim jong-un, un «  jour du soleil  » célébré en grande pompe par le régime et sa population captive. «  La Corée du nord cherche les ennuis  », commentait Trump jeudi, tandis que les forces américaines en mer du Japon s’apprêtaient à déclencher sur ordre des frappes aériennes préventives contre le «  royaume ermite  ». Deux destroyers équipés de missiles Tomahawk cinglent à 450 km des côtes nord-coréennes, tandis que des bombardiers lourds n’attendent plus qu’un feu vert depuis l’île de Guam, dans le Pacifique, et que le porte-avions «  Carl Vinson » a levé l’ancre de Singapour.

Des gants d’acier...

Dans le rôle du vilain, dressé face au shérif dans « Main Street », Kim Jong-un, le petit-fils bedonnant, fait illusion. «   L’Administration Trump est plus vicieuse et plus agressive que les précédentes  », a déclaré un ministre nord-coréen, Han Song Ryol, ajoutant que Pyongyang allait poursuivre le développement de son programme, «  en qualité et en quantité  », et se tenait prêt à entrer en guerre, «  si c’est ce que Trump veut  ».

Cet échange d’amabilités peut-il virer à l’aigre, après 64 années de paix malaisée dans la péninsule coréenne ? Pour le nouveau président américain, la priorité consiste à bomber le torse, à montrer aux «  ennemis  » de l’Amérique qu’il porte des gants d’acier, sans dévoiler ses mains de velours.

Cette posture martiale se comprend face à un acteur rationnel tel que la Russie de Vladimir Poutine. Elle devient beaucoup plus périlleuse face à un acteur irrationnel tel que le régime de Pyongyang, que le Premier ministre canadien Justin Trudeau qualifiait même de «  fou  » le 10 avril dernier. Apprenti-sorcier, lui aussi, à sa manière, Donald Trump joue de son imprévisibilité comme d’un atout précieux, tout en revêtant bien malgré lui ces oripeaux de «  gendarme du monde  », un peu trop hâtivement mis au rebut lors de sa campagne puis de sa prise de fonction.

Et pourtant, ces roulements de tambour servent en coulisses un rôle essentiel : ils viennent rassurer les alliés de l’Amérique à un moment crucial, après une litanie de critiques présidentielles envers le Japon et la Corée du Sud, accusés de négliger le financement du paravent nucléaire et conventionnel de l’oncle Sam sur leur territoire. A 55 km de la zone démilitarisée (DMZ) sur le 38e parallèle, Séoul ne peut que se réjouir de recevoir ce week-end le vice-président des Etats-Unis, Mike Pence. Celui-ci aura pour but de présenter une autre issue à la crise nord-coréenne : des sanctions économiques renforcées, une collaboration plus étroite avec la Chine pour tordre le bras à Kim Jong-un et lui faire entendre raison. La fameuse main de velours, que Trump, l’homme à l’étoile d’argent, laisse volontiers à ses émissaires dans la région.

 
 
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