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Présidentielle: les duels possibles pour le second tour

A l’approche du premier tour de l’élection présidentielle française, ils sont quatre à se disputer une place en finale. Passage en revue des différents duels possibles. Et de leurs conséquences sur la vie politique. Chronique.

Chronique - Chroniqueur Temps de lecture: 4 min

Un second tour Marine Le Pen-Emmanuel Macron ? On s’est presque fait à cette éventualité. Et pourtant, cela signifierait quoi ? Que, pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, la droite serait tout simplement exclue du second tour de l’élection présidentielle. Eliminée. Qui, il y a encore un an, aurait osé l’anticiper ? C’est comme si républicains et démocrates, aux Etats-Unis, étaient exclus d’un affrontement présidentiel, ou CDU et SPD d’un affrontement électoral en Allemagne.

Non seulement une absence de droite, mais, lui faisant comme miroir, une absence de gauche. Un PS parti en fumée.

Ainsi, une telle finale signifierait que les deux piliers sur lesquels repose depuis 60 ans notre système institutionnel bipolaire se sont en même temps effondrés. Séisme. La gauche et la droite remplacées par leur droite respective : une extrême droite plus à droite que la droite, un centre plus à droite que la gauche.

Mais il existe des hypothèses, désormais crédibles, de second tour encore plus folles. Macron-Mélenchon par exemple. Les deux que, il y a une année encore, personne, absolument personne, ne voyait venir. L’impossible confronté à l’improbable. L’imprévu à l’imprévisible.

Cette fois, paradoxalement, c’est à un glissement vers la gauche qu’on assisterait : la gauche de la droite (Macron) contre la gauche de la gauche (Mélenchon).

Et, alors, il est probable qu’au second tour une bonne partie des électeurs de Marine Le Pen préférerait voter Mélenchon.

Double radicalité

Mais, surtout, ce qui devient possible, c’est un face-à-face Marine Le Pen-Jean-Luc Mélenchon.

Autrement dit, une double radicalité conséquence d’un glissement, cette fois, de la droite vers la droite et de la gauche vers la gauche. D’autant, qu’alors, l’électorat de droite se rallierait majoritairement à Le Pen et l’électorat de gauche à Mélenchon. Et, ultime paradoxe, le rejet massif de la bipolarisation institutionnelle déboucherait sur une ultra bipolarisation non institutionnelle. Et, à la guerre civile froide qui caractérise notre façon de vivre la démocratie, serait substituée une guerre civile quasi chaude.

Et la droite qu’incarne François Fillon ?

Il ne faut pas l’enterrer. Elle conserve une vraie chance. Fût-ce un trou de souris. D’autant qu’Emmanuel Macron, qui n’a pas fait une bonne campagne, n’a cessé de reculer dans les sondages.

Face à Macron, Fillon serait battu, mais face à Marine Le Pen, il l’emporterait, fût-ce de justesse.

Si cependant le candidat LR doit ne pas disputer la finale, une question hantera les jours et les nuits des militants comme des hiérarques du Parti Républicain : comment une élection imperdable a-t-elle pu être perdue ? Comment un boulevard a-t-il pu être transformé en voie sans issue ? Et ils seront alors amenés à se repasser sans cesse le film de ce cauchemar : l’assassinat par Nicolas Sarkozy du candidat Alain Juppé qui leur promettait un triomphe ; l’impossibilité de remplacer à temps un François Fillon, dont les révélations à répétition sur sa véritable personnalité plombaient la crédibilité, par un candidat de substitution (François Baroin par exemple) qui gardait, lui, toutes ses chances.

Ici, la presse de droite a joué un rôle considérable, et, du point de vue de la droite, néfaste. Elle aurait pu protéger Juppé, conseiller au candidat Fillon d’ajouter une dimension sociale à son programme, prendre parti en faveur de son remplacement quand il était encore temps. Elle ne l’a pas fait. Elle a même pesé en sens inverse.

Surtout il y avait, pour la droite, une dernière issue : élargir le spectre des possibles en jouant sur deux candidats, l’un de droite pur jus, l’autre de centre-droit, Macron. Remake du Giscard-Chaban, du Barre-Chirac ou du Balladur-Chirac.

Règlements de compte

Au lieu de quoi, Le Figaro en tête, elle s’est acharnée, pendant trois mois, obsessionnellement, parfois hystériquement, à détruire le candidat Macron en le faisant passer (il fallait le faire…) pour un socialiste masqué.

Résultat : une défaite de Fillon, et même une victoire de Macron, serait perçue comme une véritable claque pour la droite. Une Bérézina. Avec de sanglants règlements de compte à la clé. Et, sans doute, une implosion du Parti Républicain.

Il est vrai que le PR ne serait pas le seul perdant. Sur le champ de bataille on relèvera également des cadavres du Parti Socialiste, ou de ce qu’il en reste, car il a d’ores et déjà volé en éclats ; des écologistes qui, en se ralliant au vaincu, n’ont fait qu’accentuer sa débâcle ; des centristes supplétifs de la droite (l’UDI) qui, en préférant une droite à la Thatcher à des centristes à la Merkel auront renié toutes leurs valeurs et démontré qu’ils ne représentaient strictement rien.

La droite conservatrice, en dernière minute, sauvera peut-être les meubles. Mais elle aura réussi, à l’occasion de cette campagne électorale, à faire preuve, en particulier contre le centre-droit de Macron, d’une telle violence, à exhaler une telle haine, qu’elle sera presque parvenue à faire passer Jean-Luc Mélenchon pour un modéré.

 

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6 Commentaires

  • Posté par De Bilde Jacques, jeudi 20 avril 2017, 8:10

    Cet article est significatif du "désarroi" dans le quel se trouvent les commentateurs politiques. Tout reste possible pour le second tour. Les français vont-ils voter pour ou contre, par conviction ou utile?

  • Posté par Burniat Walter, mercredi 19 avril 2017, 18:37

    Monsieur Melenchon et ses collaborateurs ont construit un programme de gouvernement au fil de cette année, cohérent, novateur, renouant avec la justice sociale, inaugurant sur le plan d'une économie "eco-socialiste", rétablissant les droits des exclus, des plus faibles,. Bien entendu contre le lobby bancaire ou "les", bien entendu contre les ukazes d'une Union Européenne capitaliste jusqu'à l'os et désormais rongée par le pouvoir de l'argent. Il propose un travail collectif et citoyen pour la constitution d'une 6ème République. Ce n'est pas la révolution, c'est une nécessaire évolution démocratique. Et si Hamon et Poutou lui promettent un soutien au 2è tour: pardieu qu'ils le fassent dès le 1er pour éviter qui la peste brune, qui la peste d'or...

  • Posté par M. BEAUMONT ALAIN , mercredi 19 avril 2017, 16:17

    Toutes ces analyses pêchent par une absence de compréhension des forces agissantes au sein de cette campagne. Dans un premier temps la plongée aux abîmes de Mr. Hollande et donc de la gauche, infiltrée par le lobby bancaire avec la personne de Mr Macron. Dans un deuxième temps la victoire de Mr Fillon aux primaires de la droite et l'énorme crainte sucitée par son programme de réduction de la dette, au lobby bancaire. Et puis, et surtout vient le troisième temps, l'énorme révultion que suscite la personnalité et les convictions de Mr. Fillon, aux bobos libertaires du monde des médias, de la presse, de la communication pour lesquels la personnalité, le style de vie, la jeunesse et donc l'inexpérience de Mr. Macron permettrait la poursuite de leur mainmise sur l'opinion publique. Peu importe,à leurs yeux, les risques que cette caste de bobos font encourir à la France et donc à l'Europe. Voilà ou nous en sommes.

  • Posté par Weissenberg André, mercredi 19 avril 2017, 9:42

    Je préfère, mais alors de très loin, encore lire des articles comme celui du Point, consacré à la prédiction du résultat du premier tour sur la base d'un algorythme. Plutôt que des divagations lunaires, comme dans cet article du Soir, l'article du Point au moins affiche la prétention de reposer sur une base scientifique solide. Maintenant, et malgré le resserrement en cours entre les candidats, on peut se montrer tout aussi sceptique quant à ses conclusions (... un second tour MLP/Fillon!), étant donné la marge d'erreur de 2,5%, qui englobe virtuellement les quatre candidats les mieux placés. Autant dire que ça n'éclaircit pas le moins du monde la bouteille à encre!

  • Posté par CARION JEAN, mardi 18 avril 2017, 21:21

    Cet article de JF Kahn est le reflet du désordre intellectuel que provoque cette campagne française! nos voisins d'outre Quievrain sont désorientés par l'éclatement du schéma bipolaire de leur politique.........effectivement ce n'est pas un article analytique mais bien un brouillon conceptuel.....impossible à lire ni à comprendre!

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