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Mortalité prématurée: «Il faut sensibiliser les élus politiques, notamment locaux»

La mortalité prématurée est particulièrement élevée dans le Hainaut, notamment à Mons et à Charleroi. Entretien.

Temps de lecture: 3 min

Christian Massot est docteur en santé publique à l’Observatoire de la Santé du Hainaut. Il réagit à l’étude de l’ISP qui montre que le taux de mortalité précoce est parfois doublé au Sud du pays.

Le Hainaut est plus touché que les autres régions par la mortalité prématurée… C’est une surprise ?

Non, cela rejoint les résultats d’études réalisées dans le passé.

Comment expliquer ces différences régionales ?

La situation socioéconomique hennuyère est défavorisée, c’est un point indéniable. Certains facteurs de risques liés à des comportements de santé sont plus élevés dans le Hainaut. Ils sont eux-mêmes influencés par la situation socioéconomique… Les enquêtes nationales de santé démontrent que le tabagisme est plus observé dans les catégories de population plus défavorisées.

L’enquête montre une mortalité prématurée liée à des cancers tête-cou à la frontière belgo-française…

Oui, les taux sont très élevés dans les arrondissements français. Comme le dit l’étude, la consommation conjointe d’alcool et de tabac est un facteur de risque. On sait que le tabagisme est plus élevé dans le Hainaut. En ce qui concerne la consommation d’alcool, elle est plus difficile à cerner dès qu’il est question d’évaluer des quantités. Mais on observe en effet plus de pathologies liées à l’alcool dans notre région.

Comment faire pour améliorer la situation ?

Nous travaillons beaucoup sur trois axes : le tabac, l’alimentation et l’activité physique. Les problèmes cardiovasculaires et les cancers sont souvent liés à ces trois domaines. Il faut énormément sensibiliser les décideurs politiques, notamment locaux. Ce sont eux qui peuvent agir sur le prix, sur le type de paquet de tabac, par exemple. Pensez au tabac à rouler, très peu taxé : voilà un produit qui touche beaucoup les populations défavorisées économiquement. Les écoles sont supposées bannir le tabagisme, pourtant, dans nos enquêtes, la moitié des jeunes rapportent avoir vu des enseignants ou d’autres élèves fumer… Toujours au niveau scolaire, on peut travailler sur l’offre alimentaire dans les établissements. Le contexte et les habitudes culturelles jouent énormément… Est-ce qu’un parent laissera son enfant aller à l’école à pied ou à vélo si le quartier n’est pas sûr, ou dépourvu d’infrastructures correctes ? Un parc communal un peu aménagé peut encourager les enfants à faire du sport !

Le tableau est assez noir.

Ce n’est pas favorable, mais des améliorations sont possibles. Lisser les inégalités sociales « tout court » permettrait aussi de réduire les inégalités sociales au niveau de la santé. Bien sûr, on ne va pas demain distribuer 1.000 euros à tout le monde, c’est plus complexe, mais cela a un effet. Dans les pays industrialisés, on sait qu’une répartition plus équitable des richesses a un effet positif sur le niveau de vie. Qu’on soit riche ou pauvre, l’espérance de vie augmente ! Tout le monde est gagnant.

Concrètement, observe-t-on des améliorations par rapport au passé ?

L’espérance de vie augmente partout mais le différentiel entre la Belgique et le Hainaut ne diminue pas. En termes de comportement, cela dépend… Chez les jeunes, le tabagisme observe une lente diminution ; au niveau alimentaire quelques améliorations sont visibles… Mais le nombre d’heures passées devant un écran a tendance à augmenter.

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