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Présidentielle: pourquoi la défaite leur est interdite

Les cinq candidats misent gros. Pour leur avenir personnel et pour le devenir de leur famille politique . Aucun n’a intérêt à un échec qui entraînerait des conséquences en cascade.

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Des onze candidats, il n’en restera que deux dimanche soir. Voici ce qu’annonce ces jours-ci la bande annonce de BFM-TV, la chaîne d’actu continue qui aura été un acteur médiatique clé de la campagne en organisant la seule confrontation de tous les impétrants. Qui va sortir ? Comme dans les téléréalités, la dramatisation, dans la dernière ligne droite, accentue le suspense.

Car chacun des cinq principaux candidats joue très gros dans ce scrutin. Leur avenir personnel est en jeu bien sûr. Mais pas seulement. C’est aussi celui de leur famille politique qui risque de se fracasser s’ils ne se qualifient pas pour le second tour ou s’ils subissent une humiliation au premier.

 

Pourquoi la défaite est interdite à Emmanuel Macron

Pour le leader d’En Marche, c’est quitte ou double. S’il ne gagne pas l’Elysée, il pourrait quitter la vie politique.

Décodage - Temps de lecture: 3 min

Il n’a échappé à personne que l’ancien ministre de l’Economie n’a pas choisi le cursus classique. S’il vise l’Elysée avant même d’avoir obtenu le moindre mandat électif (pas même celui de conseiller municipal ou de conseiller général), ce n’est pas pour tenter, s’il échoue, une démarche à la Giscard qui avait essayé de rebooster sa carrière politique par le bas de l’échelon après avoir quitté l’Elysée en 1981. Briguer un siège de député à l’Assemblée nationale, s’il échoue ? Pas le genre d’Emmanuel Macron. « Ce n’est pas mon souhait », a-t-il confié il y a quelques jours au journal Le Parisien, sans autre forme de détail.

Le leader d’En marche aime répéter qu’il a déjà fait autre chose de sa vie, même si c’est pour se faire flageller aussitôt par tous ses détracteurs qui le ramènent à la banque Rothschild plutôt qu’à son passé d’assitant de philosophe. Il pourrait recommencer, a-t-il déjà laissé entendre. Il a fait savoir qu’il ne ferait pas de la politique pendant vingt ans. Ca lui laisse évidemment de la marge. Retenter en 2022 ? C’est ce que lui conseille l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, soutien de François Fillon, jugeant qu’il est encore trop vert. « Je dirais à Emmanuel si je le tutoyais, eh bien Emmanuel ton tour viendra, mais aujourd'hui c'est trop tôt », a lancé l’ancien locataire de Matignon.

L’intéressé lui a fait une réponse de normand. Reporter son ambition à 2022 ? «  Je ne vais pas m'appliquer à moi-même ce que j'ai parfois reproché à d'autres », esquive Emmanuel Macron en parlant du renouvellement. Mais pour ajouter aussitôt qu’en 2022, «ce n’est pas dans vingt ans ».

Il n’aura alors que 44 ans….

S’il s’incline après avoir œuvré pendant un an à la recomposition du paysage politique au-delà du clivage gauche-droite, Emmanuel Macron n’abandonnerait pas pour autant sa mission. Il pourrait rester le leader d’En Marche.

Mais, problème: le mouvement pourrait fondre comme neige au soleil si la présidentielle ne joue pas le rôle de déclencheur. Emmanuel Macron compte précisément sur sa victoire à l’Elysée pour obtenir dans la foulée une majorité à l’Assemblée nationale ou, à défaut, un groupe parlementaire suffisamment fort pour conclure des alliances et gouverner avec une majorité relative. Il soutiendra d’ailleurs tous les candidats qui ont été investis sous ses initiales aux élections du mois de juin. Mais sans l’effet d’entraînement de la présidentielle, combien de « marcheurs » seraient-ils élus ? Plus qu’une poignée ?

Et si les nouveaux parlementaires, quel que soit leur nombre, étaient relégués dans l’opposition, ils devraient composer avec une autre famille sociale-démocrate : celle que tentera de fédérer l’ancien Premier ministre Manuel Valls, pressé lui aussi de bâtir une nouvelle maison des « progressistes ».

> À lire sur Le Soir+: Présidentielle: pourquoi la défaite leur est interdite

Pourquoi la défaite est interdite à Marine Le Pen

Les cinq candidats principaux à la présidentielle ont beaucoup à perdre ce dimanche. Passage en revue de leurs intérêts : éliminée dimanche, Le Pen verrait sa sa candidature pour 2022 perdue.

Décodage - Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 3 min

Depuis un an, la présidente du FN est donnée en tête de tous les sondages de premier tour (mais perdante au second). Si elle devait être éliminée dès dimanche, ce serait une déflagration pour l’extrême droite. Une telle contre-performance et le parti autoproclamé des « patriotes » entrerait aussitôt en turbulence. « La candidature de Marine Le Pen ne serait plus acquise pour 2022 », estime David Doucet, rédacteur en chef aux Inrocks et auteur d’une biographie de Marine Le Pen. «  Beaucoup au sein du parti pousseraient Marion Maréchal, tenante d’une ligne identitaire, même si celle-ci, dégoûtée par une campagne à laquelle elle n’a pas été associée, a plutôt manifesté l’envie de prendre du champ ». Ce qui n’empêcherait pas la jeune députée de revenir ensuite plus aguerrie.

Si Marine Le Pen était qualifiée mais avec un score décevant pour l’extrême droite, la victime expiatoire serait désignée : Florian Philippot, le vice-président du parti qui souffle à l’oreille de Marine Le Pen depuis 2011. «  Les couteaux seraient tirés au prochain congrès en 2018 », prédit David Doucet. C’est lui, Philippot, l’énarque venu des rangs chevènementistes, qui a accentué le tournant « social » du FN. C’est lui qui a mis l’accent sur le souverainisme, alors que le retour au franc effraie ces seniors auprès desquels Marine Le Pen est en déficit de voix. C’est lui qui a été l’un des plus grands artisans de la dédiabolisation et de la rupture avec Jean-Marie Le Pen. C’est lui qui, indirectement, a éloigné la campagne de ses fondamentaux : l’immigration et la sécurité.

Le doute et le virage

Marine Le Pen a mené une campagne chaotique. Longtemps favorite, elle est restée à distance. Elle n’a pas réussi à combler son déficit d’image, ce qui était pourtant son objectif. « La France apaisée », « la rose bleue » (symbole « de l’impossible qui peut devenir possible ») : ces marqueurs ont semé le doute dans un parti qui n’y a pas reconnu son ADN. «  Ce n’est pas notre culture  », résume un vieux militant qui s’était engagé sous Le Pen père. Au vu des sondages, Marine Le Pen a changé de cap depuis la semaine dernière, quand elle a eu connaissance de menaces terroristes précises. Ses derniers meetings à Paris et à Marseille ne cherchaient plus à édulcorer le discours. Et la patronne du parti laissait scander «  La France aux Français », un slogan de l’époque de son père.

Cela suffira-t-il à la propulser ? Si elle devait être déstabilisée, Marine Le Pen n’a aucune envie de redevenir avocate comme au temps de sa jeunesse, comme elle l’a confié jeudi sur France 2. C’est le peuple français tout entier qu’elle entend défendre.

Pourquoi la défaite est interdite à François Fillon

Si chacun des 5 candidats a beaucoup à perdre de ce premier tour, pour François Fillon, il est synonyme de vie ou de mort politique.

Décodage - Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 3 min

Il le répète à l’envi. Il sera au second tour. Lors de son dernier grand meeting à Nice, lundi dernier, il a même fait mine de calmer ses troupes. « Ne vous inquiétez pas », avait lancé François Fillon, façon bonze maîtrisant son sang-froid. « Cette victoire, nous allons la gagner  ». Zen comme le boss, son directeur de campagne Vincent Chriqui nous expliquait il y a quelques jours : «  Qui va diriger la campagne des législatives ? Mais voyons : le Premier ministre désigné par François Fillon ! »

Pour François Fillon, c’est une question de vie ou de mort politique. Après 36 ans d’engagement, l’ancien Premier ministre, 63 ans au compteur, ne serait tout simplement plus rien s’il s’inclinait dimanche. Sa circonscription de député de Paris, il l’a déjà cédée à Nathalie Kosciusko-Morizet. Comment songer de toute façon à revenir sur les bancs de l’Assemblée nationale quand on répète depuis deux ans que ce serait l’Elysée sinon rien ? Mis en examen pour détournement de fonds publics, complicité et recel, celui qui se rêvait Président en serait réduit, faute d’immunité, à comparaître sur le banc des prévenus d’un tribunal correctionnel…

Dans son propre camp, beaucoup ont pourtant déjà anticipé la défaite. Voire l’espèrent, redoutant qu’avec Fillon au pouvoir, la droite serait si décrédibilisée qu’elle ne pourrait pas gouverner. Les deux « autorités » ont à peine masqué leurs sentiments derrière les sourires archi-crispés de façade. Alain Juppé a fait le service minimum en s’affichant mercredi aux côtés de François Fillon lors d’une visite chez Deezer, le site de streaming musical. Le maire de Bordeaux était raide comme la justice. Quant à Nicolas Sarkozy, il s’est fendu dans la dernière ligne droite d’un message sur Facebook et d’un petit-déjeuner offert chez lui au candidat. «  Aucune voix ne doit manquer à François Fillon », a lancé l’ancien Président. Il ne sera pas dit qu’en cas de déculottée, ces deux-là seront responsables de la veste électorale qu’aura reçue François Fillon.

Gare au lynchage

Un bureau politique de LR est convoqué pour lundi. Gare au lynchage. Les couteaux sont déjà aiguisés. Le sarkozyste François Baroin sauvera-t-il sa peau, lui qui a donné de sa personne jusqu’à l’abnégation dans la campagne de Fillon ? Laurent Wauquiez jouera aussi sa partition. L’ultra-droitier président de la région Auvergne-Rhône-Alpes fera valoir que c’est sa ligne, ultra-conservatrice, qui a gagné la primaire. Nicolas Sarkozy, qui voudra garder le parti à sa main, restera en coulisses en parrain. Avec une génération en embuscade. Les Bruno Le Maire, Xavier Bertrand ou Nathalie Kosciusko-Morizet ne voudront pas jouer les figurants pour tenter de décrocher malgré tout une majorité aux législatives et miser sur une cohabitation.

Pourquoi la défaite est interdite à Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon espère mieux faire qu’en 2012. Crédité de 18 % dans les sondages, il n’a atteint qu’un honorable mais décevant 11 %.

Décodage - Temps de lecture: 3 min

Pour sa deuxième campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon ne veut pas revivre le scénario de la première. En 2012, alors qu’il avait fait une percée dans la dernière ligne droite (les sondages lui avaient prêté jusqu’à 17 % des voix), il avait fini à l’arrivée avec un score honorable mais décevant de 11 %.

Cette fois il espère mieux. Il l’assure à la France et à l’Europe toute entière : il aspire à gouverner, à faire entendre la voix de la France auprès de l’Allemagne, à faire renégocier les traités, et il estime être prêt pour le faire.

S’il n’était pas au second tour, le leader de la France insoumise pourrait se ranger des voitures. À soixante-cinq ans, l’ancien sénateur, ancien ministre de Lionel Jospin, aujourd’hui député européen, aurait du mal à s’imaginer un « simple » avenir au Parlement européen, lui qui se voyait déjà redéployer la France sur la carte du monde.

C’est en tout cas la perspective qu’il a d’abord tracée. Mais s’éclipserait-il vraiment ? Ce serait compromettre l’avenir de son mouvement qui a levé un élan populaire dans le pays. « Mon dernier combat ? Mais je combattrai jusqu’à mon dernier souffle », a-t-il lancé l’autre jour sur RMC sans toutefois préciser de quelle manière il poursuivrait cette lutte.

Tribun incarné, star incontestée des réseaux sociaux qu’il a su parfaitement maîtriser, son charisme a aimanté les foules. « Nous avons un record d’adhésions à la France insoumise ces derniers jours, c’est du jamais vu », explique Sophia Chikirou, sa directrice de communication. Mais Jean-Luc Mélenchon n’a laissé personne autour de lui pour prendre la relève. La preuve : il a préféré dupliquer son propre personnage sous forme de six hologrammes lors d’un de ses derniers grands meetings mardi. À ses côtés, personne n’a percé. Pas même son porte-parole Alexis Corbière qui s’est risqué lundi dernier à haranguer lui aussi la foule en attendant les escales de la péniche à bord de laquelle avait pris place le patron.

Le risque d’une désertion

Pour Mélenchon, se retirer apparaîtrait ainsi comme une désertion vis-à-vis du « peuple » à qui il a promis de donner la force.

Du coup, Jean-Luc Mélenchon, s’il s’inclinait avec un score honorable, pourrait être tenté de briguer malgré tout un siège à l’Assemblée nationale où il pourrait continuer de jouer du trombone dans le débat national. La dernière fois qu’il l’avait fait, c’était pour affronter Marine Le Pen à Hénin-Beaumont où il avait dû s’incliner. C’était en 2012 : Marine Le Pen s’était qualifié à son détriment pour le second tour avant de s’incliner devant un candidat PS. S’il était élu député, Jean-Luc Mélenchon pourrait être le chef d’un groupe influant incarnant une gauche forte à travers un courant comme Podemos, face à la vraie droite ou au centrisme d’Emmanuel Macron.

Pourquoi la défaite est interdite à Benoît Hamon

L’enjeu, pour Benoît Hamon, n’est pas de figurer dans le quatuor de tête, mais d’être plus proche des 10 % que des 5 %.

Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 3 min

La question n’est plus de savoir si le candidat socialiste sera dans le carré de tête. Cette illusion-là s’est depuis longtemps dissipée. L’enjeu pour Benoît Hamon sera d’être plus proche des 10 % que des 5 %. Ce serait une façon de limiter la casse. Un score en dessous de cette limite serait le scénario catastrophe : le candidat du PS ne serait même pas remboursé de ses frais de campagne !

L’hypothèse d’un remake de 1969 fait son chemin. Cette année-là, le candidat socialiste, Gaston Defferre avait été terrassé, finissant avec à peine 5 % loin derrière le communiste Jacques Duclos (21 %).

À 49 ans, Benoît Hamon, qui a fait toute sa carrière au PS (si ce n’est une éclipse dans le privé, au sein d’un institut de sondage) comptait sur la présidentielle pour reprendre les commandes du PS. Leader des frondeurs, légitimé par la primaire de janvier, il comptait sur cette élection pour remettre le cap à gauche lors du prochain congrès. Las ! Une défaite cinglante priverait non seulement Benoît Hamon de l’espoir de conquérir le parti mais aussi de conduire la campagne des législatives. Pour mener ce combat, c’est le nom de Bernard Cazeneuve qui revient le plus souvent. Légitimiste, le Premier ministre n’a pas désavoué Benoît Hamon. Il n’a pas démérité durant le quinquennat incarnant pendant la quasi-totalité du mandat de François Hollande un ministre de l’Intérieur droit, avec une hauteur et un sang-froid indispensable en ces temps de terrorisme. Mais il porterait aussi le boulet de ce même mandat désavoué par les Français. Sans parler du fait que Bernard Cazeneuve ne serait pas lui-même candidat aux législatives puisque, avocat de formation, il a déjà fait part de son intention de revenir à la vie civile après l’élection.

Le PS en charpie

En charpie, le vieux parti socialiste d’Epinay serait promis aux forces centrifuges. Si Emmanuel Macron devait l’emporter, une partie de l’aile sociale-démocrate serait tentée de rejoindre le leader d’En Marche (à commencer par Manuel Valls) pour former une majorité à l’Assemblée nationale et continuer ainsi de gouverner avec le camp auto désigné des progressistes.

Une autre partie des réformistes voudra rester à l’intérieur de la maison socialiste. L’aile gauche pourrait n’être plus qu’une petite chapelle dont la voix aurait d’autant plus de mal à se faire entendre si Jean-Luc Mélenchon fait un carton.

Dans cette hypothèse, c’est le leader de la France insoumise qui serait en situation d’incarner le créneau social-écologiste, lui qui a défendu la planification écologique tout au long de sa campagne. Le futur désirable de Benoît Hamon n’appartiendrait plus qu’au passé.

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