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Présidentielle: les Français ont notre sort entre leurs mains

L’édito de Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef, à la veille du premier tour de l’élection présidentielle en France.

Édito - Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

Depuis des semaines, ce ne sont pas seulement les Français, mais les Européens qui sont suspendus aux soubresauts de la campagne électorale hexagonale. Avec, depuis quelques jours, comme une peur au ventre, une très grosse angoisse en tout cas, liée au résultat de ce dimanche et au casting qui sortira d’urnes qui n’ont jamais été aussi imprévisibles et sismiques.

Car ce dimanche, les Français n’ont pas que leur sort entre les mains, mais aussi le nôtre, celui de l’Europe, ce projet qui, de l’avis général, ne résisterait pas à un Frexit. Un acteur de très haut niveau de la politique européenne, que nous interrogions cette semaine sur la réaction envisageable en cas d’un deuxième tour Le Pen - Mélenchon – considéré comme l’ascenseur automatique de l’Europe pour l’échafaud –, nous a fait cette réponse cynique : « Se tirer une balle dans la tête  ? »

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La puissance des inquiétudes des voisins de cette France qui a livré le spectacle d’une campagne terrible est aussi intimement liée, et depuis plus longtemps, à la mise en péril de la démocratie. La possible mise sur orbite présidentielle d’une leader d’extrême droite, dont la popularité, la banalisation et donc la crédibilité populaire n’ont fait que croître, est considérée comme le troisième tour du match global opposant les populistes aux démocrates : après le Brexit, après Trump, la France succombera-t-elle à son tour ?

L’absence de Marine Le Pen du second tour serait en tout cas considérée comme une énorme surprise, mais aussi un énorme soulagement dans les camps démocrates occidentaux.

Des matchs essentiels se jouent ce dimanche

Europe versus non-Europe, ouverture versus fermeture, internationalisme versus nationalisme, capitalisme versus anticapitalisme, élites versus le peuple : tous ces matchs essentiels se jouent ce dimanche, résonnant particulièrement auprès de nos sociétés traversées par d’identiques fractures et interrogations, soumises aussi à la même menace mortifère contre nos équilibres et pratiques démocratiques : le terrorisme. Nul ne sait ce que l’assassinat de policiers sur les Champs-Elysées va avoir comme effet sur le scrutin de dimanche. Mobiliser des électeurs qu’on dit très indécis suite à cette campagne sans leader incontestable, mais surtout très dégoûtés par la politique et ses représentants ?

On ne jure plus de rien...

Face à cet océan d’inquiétudes ressassées et démultipliées, il y a une double raison de se réjouir d’être enfin dimanche. La première est de mettre fin à cette campagne qui a fait ressurgir les outrances, violences verbales, anathèmes, diabolisations, parjures et détestations de l’autre. La seconde est la clarification qui devrait permettre de mettre un vrai visage sur la France d’aujourd’hui, qu’il nous plaise ou pas, qu’il nous rassure ou pas : est-elle majoritairement coupée de ses institutions politiques ? Déchirée entre des camps antagonistes ? En rupture avec la démocratie, l’Europe, le capitalisme ? Ou prête pour un centrisme d’un genre nouveau ? Voire mobilisée sur les enjeux d’avenir, en refus de nostalgie ?

C’est seulement quand on connaîtra le verdict des abstentions et l’identité des deux « élus » qu’on pourra dire provisoirement, dans l’attente du second tour, si cette grande nation universaliste qui ne regarde désormais plus que son nombril, est en révolution, en sécession, en dépression, en perdition ou en voie de rédemption.

Aujourd’hui, on ne jure plus de rien.

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13 Commentaires

  • Posté par Plahiers Michèle, dimanche 23 avril 2017, 18:53

    si les journaux belges se trompent, ils seront comme David Goffin devant Nadal. Pas brillant;

  • Posté par Plahiers Michèle, dimanche 23 avril 2017, 18:48

    Mais tout cela est dirigé depuis leBbilderberg. La pauvreté est planifiée pour mener à la troisième guerre mondiale. Un ventre qui a faim, des ambitions déçues, couper les ailes aux bonnes volontés et oups le tour est joué: Les médias pour Macron. On a bien compris leur stratégie. Plutôt crever que d'avouer nos véritables motivations.

  • Posté par Plahiers Michèle, dimanche 23 avril 2017, 18:39

    Le plus gros risque. Etre portée devant un tribunal mondial pour pratique de la GPA en série. Assimilable à un crime contre l'humanité. Traite d'enfant aussi grave que les LEBENSBORN. Je sais ce qui se passe dans les soi-disants plannings familiaux. Une boucherie à échelle humaine;

  • Posté par Monsieur Alain, samedi 22 avril 2017, 18:41

    Aucun doute que ce scrutin français concerne tous les européens. Peut-on espérer que les élites européennes s'interrogent concrètement sur le pourquoi de leur détestation qui se généralise. Pourquoi est-ce devenu tellement porteur pour un politique national de se déclarer "contre" l'Europe. Sur onze candidats à la Présidence, huit rejettent le modèle européen. Franchement, on peut les comprendre, on peut nous comprendre : comment aimer un truc qui a tant perdu le contact avec nous.

  • Posté par Petitjean Charles, samedi 22 avril 2017, 16:27

    Ah ! Ces faiseurs d'opinons ? S'ils commençaient par faire honnêtement un état des lieux avant de jeter des anathèmes à la figure de tous ceux et celles qui ne professent leurs dogmes idéologiques. Comment vont notre société et notre monde ? A côté de progrès matériels et sanitaires indiscutables dans nos sociétés industrialisées, qu'il serait sot de nier -les progrès technologiques étant là chaque jour pour nous les prouver-, il faut admettre honnêtement que leur prix à payer est bien lourd. A l'intérieur même de nos sociétés, les injustices pullulent, les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvre, la pauvreté gagne du terrain, chaque hiver des milliers de sans abris meurent de froid dans la rue, les travailleur sont soumis à un managment de plus en plus déshumanisant et mortifère et vivent sous la menace du chômage (20 millions de chômeurs en UE), le matérialisme phagocyte les esprits et domine toutes les autres valeurs, les jeunes n'ont plus les moyens de leurs projets, la pension est retardée jusqu'à épuisement de la vie. Notre prospérité matérielle repose, à l'extérieur de notre cocon, sur l'exploitation incontrôlée des ressources de la planète et la soif du gain pollue jusqu'à notre environnement, notre atmosphère, notre confort repose sur l'exploitation aussi des richesses et de la main d'oeuvre d'Afrique et d'Asie, nos déchets même sont stockés dans ces pays du tiers monde et dans les océans. Le tableau est édifiant. Et les questions suivantes surviennent très logiquement : qui l'a dessiné ce tableau ? Quels systèmes politique, économique lui ont-ils donné ces couleurs biens sombres ? N'en déplaise à Madame Delvaux, les réponses m'apparaissent lumineuses. Fondamentalement, il s'agit du système économique qui a mis comme moteur principal, si pas unique, le profit individuel au coeur de l'action économique. C'est un moteur puissant, évidemment, lorsqu'il est alimenté par la seule perspective du profit individuel. Mais c'est là son drame : pour se satisfaire pleinement, il en vient à s'alimenter du bien-être des autres. C'est le "je" contre le "nous" et le "je" dans ce système est toujours le plus fort. Sans doute des politiciens généreux ont tenté, à l'intérieur même de ce système, de penser aussi un peu au "nous" et de veiller à répondre aux besoins de chacun. La social-démocratie a tenté de colorer le tableau, mais les résultats sont là aujourd'hui, désespérants. Je viens de les décrire. La social-démocratie a échoué parce que, comble du reniement, ceux qui devaient "renverser la vapeur" -les Hollande, les Di Rupo hier, les Macron peut-être demain - ont oublié et oublient que la liberté d'entreprendre, c'est surtout dans les faits la liberté de se servir des autres et du monde. Quand le politique oublie cette vérité et qu'il professe la liberté ainsi conçue, il nourrit immanquablement l'injustice et l'exploitation. Macron, le centre, est dans cette tradition, libérale. Alors, Madame Delvaux, avant de brandir la démocratie -qui doit aller bien au-delà de la liberté d'expression, d'opinion, de mouvement- comme étendard français et européen, posez-vous la question de savoir qui défend le mieux la démocratie : celui ou celle qui veille au bien-être et à l'humanité de chacun ou celui ou celle qui favorise la liberté d'exploiter, les autres et le monde ? Peut-on les eux en même temps ? La Belgique, la France, l'Europe nous en montrent aujourd'hui une bien décevante tentative, en tous cas !

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