Macron, un candidat soudain comme les autres

Et soudain, dimanche soir un doute, un gros embarras. Alors qu’on a attendu avec grande curiosité le discours du concurrent néophyte qui a osé ravir la pole position à la vieille briscarde d’extrême droite, on cherche dans les mots prononcés du sens, du concret, quelque chose qui donne les pistes de ce rassemblement que le patron d’En Marche doit opérer s’il veut consolider cette présidence qu’on lui promet un peu vite.

Mais rien, sinon de bonnes intentions et des mots gentillets. On hésite entre la prestation d’un Jésus qui marche sur l’eau après avoir transformé les urnes, ou d’un gourou qui dit son amour pour tous, les yeux émerveillés par la beauté du monde. On repense à la phrase assassine de Marine Le Pen lors du premier débat : «  Emmanuel Macron, ça fait dix minutes qu’il parle et je ne sais toujours pas ce qu’il a dit ».

Le mieux est l’ennemi du bien pour ce même pas quadra qui doit rassurer un pays qui voit, un peu KO, le résultat du massacre dominical des deux partis qui ont constitué jusque-là sa colonne vertébrale. C’est dire si le coup du « Parce que c’est vous, parce que c’est nous » fait flop. Et voilà le candidat qui réussit la prouesse de faire vaciller lui-même les certitudes, poussant ses potentiels électeurs à se demander ce qu’il y a en fait, dans la boîte à Macron.

On se souvient et on s’accroche « Ah oui, Macron, c’est l’antisystème ». Mais le malaise revient. Antisystème, le candidat qui joue sur le « couple », imposant comme les autres, une épouse sur l’affiche électorale, alors qu’elle n’y a aucune place légitime ? On revoit la une de Paris Match, et cette première interview de Brigitte. So différent, avait-il claironné. So semblable, se dit-on soudain, se demandant si on ne s'est pas fait gruger en croyant qu’on la jouerait désormais « fond » et plus « people », « politique » et plus « Valérie ». Rebelote dimanche soir, avec la soirée à la Rotonde de Montparnasse, où l’on compte parmi les invités des intellectuels (tiens Jacques Attali.) ou des artistes (tiens Line Renaud, Stéphane Bern, Pierre Arditi). Du déjà-vu, non, un soir d’élections ?

C’est mal ? Non, c’est même le droit absolu du candidat. Mais c’est décevant, en tout cas maladroit, voire dangereux. Le jeune Macron a beau plaider qu’il n’a pas de leçon à recevoir « du petit milieu parisien » – « c’était mon moment du cœur, vous voyez ? Je crois qu’au Fouquet’s, il n’y avait pas beaucoup de secrétaires et d’officiers de sécurité » –, il donne à penser qu’il a considéré que son premier tour, était déjà l’élection.

« Brigitte, Brigitte » : le cri frivole lancé dimanche soir par les aficionados à l’adresse de leur chérubin — faute d’autre source d’inspiration ? –, n’arrivait pas à masquer la petite voix qui chantait, elle, « Marine, Marine » à ceux qui n’étaient pas invités au banquet.

Macron aime citer René Char. Il devrait se remémorer La Fontaine : « La Cigale, ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue. » Rien n’est jamais gagné, avant de l’avoir emporté.

 
 
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