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Stéphane Moreau: le beurre et l’argent du beurre

En démissionnant du PS, Stéphane Moreau s’offre une posture – provisoirement ? – plus favorable : il se présente comme victime des événements qui affectent le groupe qu’il dirige. C’est gonflé.

- Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

Le patron de Nethys a préféré prendre les devants. Son éjection du Parti socialiste était prévue pour ce jeudi, selon le même registre que celle infligée à André Gilles  : graves manquements aux dispositions statutaires et à l’éthique socialistes. En démissionnant du PS, Stéphane Moreau s’offre une posture – provisoirement ? – plus favorable : il se présente comme victime des événements qui affectent le groupe qu’il dirige.

Au moment où une commission enquête sur les torts causés au pouvoir et à l’éthique publics dans cette saga et alors que la commission de vigilance du PS va l’exclure pour préjudice causé à son parti, Stéphane Moreau évoque, lui, un « préjudice personnel (…) dans la mesure où je suis jugé non à l’aune des résultats économiques, mais en fonction de critères strictement politiques ».

C’est gonflé. Celui qui a démarré sa carrière par la politique, au PS, qui a fait de son parti, son tremplin vers de hautes fonctions politiques, puis économiques menant in fine à la tête de Nethys, et qui était jusqu’à il y a quelques semaines l’un des grands manitous de la Fédération socialiste liégeoise, aurait voulu que de manière schizophrénique, on oublie cette facette politique de son personnage pour ne plus se concentrer que sur le chef d’entreprise ? C’eût été possible s’il avait de lui-même, il y a des années, renoncé à utiliser ses engagements politiques au bénéfice de ses affaires, menant à d’évidentes questions sur l’existence de conflits d’intérêts, ou à tout le moins sur la confusion, faute d’une gouvernance adéquate, entre la gestion des affaires et l’activité politique, les intérêts entre le groupe privé et les finances publiques des communes, le statut de groupe privé et celui d’intercommunale, avec une apparente volonté d’échapper au contrôle d’une autorité de tutelle.

Stéphane Moreau accuse la presse qui l’empêcherait, écrit-il, de démontrer qu’il n’est pas incompatible d’appartenir à un parti politique et de diriger une entreprise à succès. Soyons clairs : si les médias font heureusement leur travail d’enquête depuis des années, ce sont en l’occurrence les pairs politiques du PDG liégeois, subitement conscientisés, qui le rayent de leurs listes. À trop longtemps vouloir le beurre politique et l’argent du beurre économique…

La suite ?Contrairement à ce que son communiqué laisse penser, le destin de Stéphane Moreau ne lui appartient pas. Comme dans toute entreprise, ce sont ses actionnaires qui devront décider si le patron de Nethys, au CV lourd désormais de la condamnation de son parti pour manquements à l’éthique, sera maintenu en place. Le nouveau CA de Publifin devrait par ailleurs logiquement remettre de l’ordre dans la gouvernance d’un groupe public dépossédé du contrôle de ses filiales. Nethys ne compte par exemple plus qu’une minorité d’administrateurs représentant les pouvoirs publics propriétaires : c’est intenable.

Publifin: tant que nous n’aurons pas toutes les réponses...

Le Soir a dressé une liste de questions sur le dossier Publifin. Nous les publierons jusqu’à ce que nous n’ayons plus besoin de les poser.

Temps de lecture: 1 min

Le Soir a recensé une liste de questions qui restent sans réponse autour de l’affaire Publifin. Le détail est repris dans l’infographie ci-dessous.

Le mercredi 1er février, nous avons envoyé cette liste aux présidents de parti, aux chefs de groupe du Parlement wallon, aux patrons des fédérations liégeoises, aux membres du conseil d’administration de Publifin, aux membres du bureau exécutif de Publifin, à la direction et aux membres du conseil d’administration de Nethys. Sur les 45 personnes contactées, 27 ont répondu.

Cet exercice a permis d’apporter les premières réponses. La commission d’enquête se chargera du reste. Ci-dessous, le point sur ce que l’on sait déjà... et ce qui reste à débrouissailler.

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2 Commentaires

  • Posté par Bernard Delpierre, samedi 29 avril 2017, 16:07

    Le prix de production de l'électricité est en baisse mais le coût sur la facture ne cesse de croître, rien de surprenant à l'analyse de la gestion du transport ( monopole d! Elia mais soumis à des réglementations draconiennes de la creg) et de la distribution( monopole régional de fait des Intercommunales où le contrôle quasi inexistant des paramètres de gestion a donné cours aux dérives financières que l'on commence à déchiffrer...

  • Posté par Van Steen Willy, mercredi 26 avril 2017, 16:25

    Ce type croyait être au-dessus des lois. A présent, il se pose en victime! Bien entendu, quand on s'offre un tel salaire, on ne se rend pas compte que ce sont les gagne-petit qui se sentent non seulement des victimes mais trahis par cette mainmise d'un élu sur le soi-disant service à rendre par une intercommunale! Quand ce scandale a été éventé, on venait d'augmenter le prix de l'électricité de 15 %. Je suis curieux de voir quel est la part qui pénalise les factures de par les traitements abusifs des directeurs, sous-directeurs, des administrateurs (inutiles !?) et des bénéficiaires de jetons de présence dans nos factures d'eau, de gaz, d'électricité, etc? J'espère que Moreau sera traduit en justice pour utilisation de l'argent public à des fins d'enrichissement personnel!

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