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Denayer n’est pas le clone de Kompany

A Cardiff, Denayer sera une nouvelle fois appelé à suppléer Vincent Kompany. Autopsie d’un phénomène en devenir.

Temps de lecture: 7 min

En rendant une copie quasiment parfaite au stade de France, à peine entachée par l’une ou l’autre approximation compréhensible, Jason Denayer a réussi son examen d’entrée chez les Diables avec les félicitations du jury, Marc Wilmots en tête.

A peine âgé de 19 ans, le jeune homme qui était arrivé sur la pointe des pieds parmi les stars des quarts de finalistes du dernier Mondial avant la rencontre face à Andorre puis en Bosnie, début octobre, a bien grandi depuis lors. Prêté au Celtic par Manchester City, club qu’il avait rejoint en 2012 après avoir parachevé sa formation à l’académie Jean-Marc Guillou, Denayer y est devenu une valeur sûre au point d’être élu meilleur jeune de la D1 écossaise. Il y a remporté un titre, gagné l’estime des sceptiques, qui comprennent difficilement qu’il ait effectué une partie de sa formation à Tongerlo, en jouant pieds nus, sans disputer le moindre match.

A 19 ans, un âge où la plupart des footballeurs commencent seulement à rêver d’intégrer un groupe pro, Denayer est devenu une solution de rechange plus qu’intéressante en tant que défenseur central, un poste qui inquiétait au sortir de la Coupe du monde suite au départ à la retraite de Daniel Van Buyten ainsi qu’aux problèmes physiques récurrents de Thomas Vermaelen. A Cardiff, il sera une nouvelle fois appelé à suppléer Vincent Kompany, son ami et modèle, qui a connu une trajectoire relativement similaire et à qui il est régulièrement comparé. Autopsie d’un phénomène en devenir, qui a prouvé qu’on pouvait ponctuellement compter sur lui, peu importe le décorum. Reste à confirmer tout cela sur la durée.

Jason Denayer. © Photo News.
Jason Denayer. © Photo News. - Photo News.

 

DIFFÉRENCES

1 Le leadership. Autant Vincent Kompany a toujours été un leader naturel, autant Jason Denayer semble plus discret, moins sûr de lui sur un terrain comme – surtout – en dehors. Forcément, c’est en partie lié à l’âge et au statut des deux hommes. Denayer n’a que 19 ans et n’a pas toujours été considéré comme un phénomène durant sa jeunesse. A l’inverse, Kompany, qui lui rend dix ans, a toujours été vu comme un futur crack. A Anderlecht, où il a effectué toutes ses classes, Kompany a dû gérer cette pression intense, chose qu’il a parfaitement faite d’ailleurs en jouant avec l’équipe première et en équipe nationale dès ses 17 ans, en remportant le Soulier d’Or à 18. Sur le terrain, Kompany parle, dirige, pousses des gueulantes, négocie avec les arbitres et les adversaires, dont il force naturellement le respect vu son passé. C’est moins naturel chez Denayer mais cela viendra peut-être avec le temps, en fonction de son parcours de footballeur. « Jason est un leader par sa présence et ses qualités footballistiques, analysait récemment son ancien entraîneur Thomas Caers dans les colonnes du Nieuwsblad. Ce n’est en revanche pas quelqu’un de volubile hors des terrains, au contraire de Kompany à son âge. » Plus introverti que son aîné, Denayer veut avant tout se faire respecter sur le terrain avant d’éventuellement envisager de prendre davantage d’ampleur encore par sa voix.

2 La puissance. Au fil des années, Vincent Kompany a développé son corps par des séances d’entraînement intensives, qu’il a complétées par de la musculation, aussi. De nature assez frêle, il lui a fallu densifier son jeu, améliorer sa résistance aux efforts, également pour tenter de limiter les blessures musculaires qui ont régulièrement entravé sa carrière. On ne compte plus, en effet, les arrêts forcés que « Vince The Prince » a dû subir, et qui l’ont privé au bas mot d’une trentaine voire d’une quarantaine de sélections chez les Diables. Aujourd’hui, le capitaine de City n’hésite plus à aller au duel, joue volontiers de cette puissance décuplée… que n’a pas, ou pas encore, son cadet. Plus véloce, plus explosif aussi que Kompany, Denayer doit encore progresser à ce niveau mais il peut parfois racheter une erreur par un repositionnement plus incisif, comme ce fut le cas en début de match à Paris, sur sa toute première intervention. Cette année, il n’a pris qu’un seul carton jaune en championnat. Il doit apprendre à être moins gentil, à davantage se faire respecter, surtout s’il veut percer dans la jungle de la Premier League.

3 La lecture de jeu. Garçon intelligent comme l’est Kompany, Jason Denayer doit encore énormément progresser à ce niveau s’il veut s’imposer à City. La faute ne lui incombe pas et il se dit qu’il travaille d’ailleurs énormément cet aspect des choses en club ainsi qu’en sélection. En réalité, il n’a quasiment jamais joué de matchs à 11 contre 11 avant de débarquer à City, comme le souhaitent les formateurs de l’Académie de Jean-Marc Guillou. Les choses se mettent doucement en place mais cela nécessite du temps et de la patience.

4 Les réseaux sociaux. Très actif sur ceux-ci, et notamment sur Twitter, Kompany en profite pour distiller fréquemment des messages humanitaires, politiques, sociaux à ses 2,2 millions de « followers ». Denayer, lui y est dix fois moins actif malgré une légère recrudescence ces derniers temps. Il possède tout de même plus de 25.000 adeptes.

Vincent Kompany. © Photo News.
Vincent Kompany. © Photo News. - Photo News.
 

RESSEMBLANCES

1 La précocité. Même s’il a dû attendre un peu plus longtemps que Kompany avant de débuter en équipe nationale (19 ans, 9 mois et 3 jours pour 17 ans, 10 mois et 18 jours), Jason Denayer peut lui aussi revendiquer ce statut de Diable rapidement propulsé sur le devant de la scène internationale. Quand il a débarqué pour la première fois au rassemblement des Diables au centre de Neerpede qu’il n’a quasiment pas reconnu, le joueur du Celtic était un inconnu, une « trouvaille » ou un « pari audacieux » de Wilmots, c’est selon. S’il dut dans un premier temps se contenter de faire nombre, passage obligatoire que n’a jamais connu Kompany (69 caps en 70 sélections), il a trouvé la lumière en fin de match à Israël, suite à l’exclusion de… Kompany. Très sûr, il a visiblement marqué des points aux yeux de son sélectionneur, qui n’a pas hésité à en faire le back-up attitré de son aîné en France et, vraisemblablement, au pays de Galles, ce vendredi. « J’ai apprécié sa prestation, commenta Wilmots après le match de Paris. C’est un bon élément qui vient renforcer la concurrence. » Dans le cas de ces deux joueurs, le talent n’attend pas le nombre des années. Il serait sot de le sacrifier sur l’autel de l’expérience.

2 Le parcours. Bien sûr, le début parcours des deux joueurs n’est pas identique à 100 % mais il présente tout de même certaines similitudes troublantes. Originaires de Bruxelles, métis aux origines congolaises, passés par le centre de formation anderlechtois – totalement pour Kompany, partiellement pour Denayer –, les deux joueurs ont choisi de privilégier une étape intermédiaire afin de lancer leur carrière. Kompany, qui a joué en équipe première à Anderlecht, a rallié un club moyen de Bundesliga (Hambourg) pour s’épanouir avant le grand saut vers Manchester City. Denayer, de son côté, a certes rejoint plus tôt Manchester City après un passage par l’Académie JMG à Tongerlo, mais, au contraire d’un Dedryck Boyata par exemple, il ne s’est pas accroché à tout prix à son rêve d’y percer rapidement. Dans cette optique, son prêt d’une saison à Celtic fut une réussite totale : champion, sacré meilleur jeune en Ecosse, il pourrait revenir par la grande porte à l’Etihad Stadium. Même s’il n’est pas exclu qu’il soit prêté une seconde saison, au Celtic ou dans un autre club de Premier League, afin de confirmer ces bons débuts.

3 La cool attitude. « Qu’est-ce qu’il a à perdre, Denayer ? On ne distribue pas de points et, pour jouer souvent à Celtic Park, il sait gérer la pression. » Questionné avant le match en France, Marc Wilmots a confirmé ce que tout le monde pensait. S’il fait figure de novice chez les Diables, Jason Denayer n’est pas un bleu pour autant. Il se dégage de son attitude un détachement bénéfique, tant qu’il ne se transforme pas en suffisance. « Il est comme Hazard, toujours calme », appuie le sélectionneur. De tout temps, Vincent Kompany a toujours fait preuve du même détachement… qui peut parfois énerver quand cela tourne moins bien.

4 Une propension à aller de l’avant. On l’a souvent vu ces derniers temps, Vincent Kompany aime défendre vers l’avant, anticiper, ou même venir prêter main-forte à ses joueurs offensifs quand il s’« ennuie » en défense. En sélection, il a déjà inscrit quatre buts, tandis qu’en club, il trouve occasionnellement la faille mais perd aussi pas mal de ballons. Cette saison, Denayer a fait pareil au Celtic (5 buts), où c’était parfois trop facile pour lui. Jusqu’en U11 à Anderlecht, il était encore attaquant.

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