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Décret «Cultes»: pourquoi je ne prêterai pas serment

Un projet de décret relatif à la reconnaissance et aux obligations des établissements chargés de la gestion du temporel des cultes reconnus sera soumis au vote du Parlement wallon. Objectif : lutter contre le radicalisme. Une prestation de serment imposera le respect des règles démocratiques fondamentales. Un homme d’Eglise s’insurge.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Le souci de la sécurité ne peut tout justifier dans le chef des pouvoirs publics. La démocratie doit garder ses droits et parmi ceux-ci, celui de notre liberté. Ce droit implique de ne pas prendre des mesures préventives qui entravent cette liberté et de se contenter de punir a posteriori ceux qui ont enfreint les lois de notre pays. Nous empêcher de les enfreindre, c’est ouvrir la porte à des limitations dans nos libertés de mouvements, de réunions, d’opinions.

Mettre des personnes sous surveillance parce qu’elles répondent à des critères de menace potentielle, nous fait déjà entrer dans des habitudes mentales d’adhésion aux limites de nos libertés. La frontière entre ce qui est acceptable au nom d’une maîtrise du terrorisme et ce qui trahit nos conquêtes pour devenir des peuples libres, n’est certes pas facile à tracer, mais il y a des décisions qui franchissent manifestement cette frontière dans le mauvais sens.

Ainsi en est-il du projet de décret sur la reconnaissance des établissements chargés de la gestion matérielle des cultes, soumis au vote du Parlement wallon. Ce décret veut lutter contre le radicalisme religieux.

Le mot « radicalisme » est mal choisi. Je revendique le droit d’être radical, c’est-à-dire d’aller jusqu’à la racine des choses. Il y a eu en France un parti qui portait ce titre pour souligner cette même volonté.

Des réalités ignorées

Le mot « fanatisme » eut mieux convenu. Mais même ainsi formulé, qui nous dira où commence le fanatisme ? On tombe vite dans le délit d’opinion. La prudence recommande de laisser aux personnes physiques ou morales qui s’estiment diffamées, de demander réparation en justice, plutôt que de donner aux parquets, agents du pouvoir, le droit de poursuivre en la matière. Devoir déclarer ses lieux et dates de réunions peut être le levier de pratiques policières qui attentent à nos libertés. Vouloir nous rassurer en disant que seuls sont concernés ceux qui se cachent derrière des organisations religieuses pour activer des réseaux terroristes, c’est ignorer les réalités politiques quand vous donnez un pouvoir aux autorités publiques, en particulier dans le climat délétère qui prévaut aujourd’hui. L’actualité a malheureusement démontré que des responsables politiques animés par une haine pleine d’intolérance, n’hésiteraient pas à user de leur autorité pour faire exercer la puissance publique contre les représentants de confessions religieuses qui ont l’impudence de mettre en cause certaines de leurs décisions.

Une liberté menacée

Dans ce contexte, l’obligation d’une prestation de serment est un piège sur lequel l’attention mérite d’être attirée. Respecter la Convention des droits de l’homme, la Constitution et les lois existantes peut paraître un devoir évident qui ne mériterait pas mon refus d’en prendre l’engagement de manière formelle. C’est bien justement parce que tout résident en Belgique doit respecter les lois de ce pays qu’il faut être conscient que la prestation de serment implique un engagement plus fort qui n’est rien d’autre que le devoir de loyauté vis-à-vis du pouvoir. Il est requis de la part des fonctionnaires, ce qui est normal parce qu’ils sont des serviteurs du pouvoir et qu’ils ont le devoir de lui être loyaux.

Ne signant pas de contrat de travail, mais étant désigné unilatéralement par le pouvoir, c’est par la prestation de serment que le fonctionnaire le devient et il s’agit d’une formalité essentielle sans laquelle ce statut de fonctionnaire ne peut être obtenu. Ceci veut dire que les ministres du Culte et les membres des fabriques d’église deviendront des serviteurs du pouvoir et perdront tout droit de critiques publiques et encore moins officielles des décisions ou des comportements des pouvoirs publics.

Je ne prêterai donc pas ce serment ni tout autre engagement de même nature et j’invite toutes les personnes concernées à faire de même. Je demande aux personnes de la laïcité qui savent le prix de la liberté de conscience parce qu’elle fut une conquête douloureuse, de ne pas former elles-mêmes une nouvelle théocratie et de soutenir ce geste citoyen au nom des idéaux de la démocratie qui nous unissent au-delà des différences de nos convictions religieuses.

 

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