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Premier mai: Magnette a raison d’avoir peur

Le PS retrouve l’usage de la parole rouge. Mais les raisons d’avoir peur ne manquent pas pour Magnette et les autres.

Chronique - Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

Il y en a qui vont mieux respirer sur les tribunes du premier mai. Depuis le déclenchement de l’affaire Publifin, il était impossible pour une huile socialiste francophone de mettre le nez dehors. Les comparutions des pontes du groupe Publifin/Nethys, Stéphane Moreau et André Gilles, respectivement patron de l’entreprise Nethys et du holding intercommunal Publifin, mais aussi membres du fameux G5 de la puissante Fédération socialiste locale, étaient une catastrophe pour l’image du parti. « Avec des socialistes comme cela, plus besoin d’ultra libéraux », avait twitté, assassin, un observateur de la saga.

En ce premier mai, Di Rupo et les siens retrouvent l’usage de la parole rouge, suite à l’éviction sans recours des deux brebis rouges devenues « galeuses », au nom de manquements graves à l’éthique, aux valeurs et aux principes statutaires du parti. Du lourd ! Dans la foulée, Paul Magnette, comme ministre président wallon, contribuait jeudi à ce travail de restauration, avec une «tornade blanche» de la gouvernance aux accents tonitruants.

Mais ce qui rend la parole, ne vous garantit pas pour autant de retrouver la forme, ou de préserver votre survie. Cette remise en ordre (très tardive) liégeoise permet certes aux dirigeants socialistes de reparler, mais pour dire quoi ? Nettoyer, ne veut pas dire « enthousiasmer », assainir veut rarement dire « mobiliser » : chacun de ceux qui va monter à la tribune socialiste ce lundi à Bruxelles et en Wallonie le sait parfaitement. Parce que le PTB leur mord plus que jamais les jarrets, parce que l’épisode Publifin a achevé de plomber les scores électoraux d’un parti menacé sur sa gauche, mais aussi parce que l’on compte nombre de morts désormais sur le champ de bataille socialiste.

« La gauche ne meurt jamais ». Ce vendredi matin, sur la Première (RTBF), Paul Magnette le reconnaissait : le titre de son livre ne sert pas de viatique à son parti. Si les idées de gauche et les aspirations pour celles-ci ne trépassent pas (il en voulait à juste titre pour preuve l’élan pour Jean-Luc Mélenchon en France), la pérennité des PS européens est, elle, aujourd’hui plus que jamais questionnée. Magnette cite les « frères » en France, les Pays-Bas, l’Italie ; à quelques encablures de la Belgique.

Il a raison d’avoir peur. On sait le maillage socialiste très fort en Belgique francophone, mais l’élection française vient de montrer que même les dinosaures peuvent perdre pied. Parce qu’ils se sont abîmés au pouvoir, laissés empêtrer dans la confusion des genres affairiste, parce que certains des leurs ont abusé de l’intérêt public à leur profit, mais surtout – et c’est le problème le plus difficile à résoudre – parce que l’on est en plein interrogation, désarroi et/ou déchirure idéologique.

Quelle gauche ? Quel PS ? Le PS «officiel» francophone votait dimanche dernier comme un seul homme pour Benoit Hamon. Mais Hamon a mordu la poussière, face à un Mélenchon dont la dynamique et la rhétorique ont beaucoup de ce PTB, longtemps snobé, mais qui cartonne lui aussi dans les sondages auprès des ouvriers et des jeunes.

A l’heure où nombre d’électeurs de gauche renversent à leur tour les tables politiques, où ils veulent du rêve et du radical, repoussent l’Europe de « Bruxelles » et la globalisation façon Ceta, s’enflamment pour des tribuns vierges de l’exercice du pouvoir, quelles idées neuves proposer par un parti qui est aux commandes depuis perpète et quel homme ou femme pour les incarner de façon crédible et incandescente ? Pas sûr que les Chantiers des idées, lancés depuis des mois et dont on annonce l’atterrissage pour septembre vont suffire, pas sur qu’Elio Di Rupo va convenir. C’est tout cela que les socialistes qui lèveront le poing ce premier mai, auront en tête : ils ont retrouvé une capacité de parole, mais n’ont que des raisons de se faire du souci.

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8 Commentaires

  • Posté par Van Steen Willy, lundi 1 mai 2017, 15:20

    Aussi longtemps que le ps n'aura pas supprimé tous les profiteurs de leurs systèmes, je vise ici les mandats rémunérés à tort, les salaires exorbitants de leurs employés de leurs murtuelles, de leurs dirigeants et sous dirigeants de leurs cpas, de leurs slogans d'assistances tous azimuts, ils retomberont dans leurs mêmes travers! Ce parti a une idéologie qui va à l'encontre de leurs façons de faire, et si ça ne change pas, il disparaîtra!

  • Posté par VERJUS CHARLES, lundi 1 mai 2017, 11:12

    si les socialistes d'aujourd'hui s'imaginent qu'avec l'éviction des brebis galeuses ils vont retrouver leur couleur, ils se fourrent le doigt ou je pense. Ce qu'ils diront aujourd'hui n'aura plus la même valeur, il suffit de regarder la France, Hamon, Hollande, Valls et j'en passe. Leur tour viendra...dans quelques mois, patience...!

  • Posté par Weissenberg André, lundi 1 mai 2017, 10:59

    il n'est besoin que de relire - même brièvement - les constats affligeants effectués par Jean-Yves Huwart dans son "Second déclin de la Wallonie", et de les combiner avec ceux, fruit des recherches économiques de l'économiste britannique Angus Deaton, décrits dans son remarquable ouvrage "The Great Escape", sur les origines des inégalités, pour en être convaincu : tout est une question de (bonne) gouvernance. De ce point de vue, malheureusement, il faut bien constater que, non, on n'a décidément pas besoin de ces gens-là (les socialistes) aux leviers de commande.

  • Posté par Buffin Monique, lundi 1 mai 2017, 10:49

    PS = une A.L.S.B. (association lucrative sans but) ?

  • Posté par Billiet Luc, lundi 1 mai 2017, 9:53

    Avec les mots de l'Economist : Le socialisme est intellectuellement en faillite . Ayant vu après plus d'un siècle se démolir l'un après l'autre de ses arguments pour la socialisation des moyens de production , il cherche maintenant à socialiser les résultats de production...

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