Non, Marine Le Pen ne passera pas, mais…

Marine Le Pen ne sera pas élue. Le barrage tiendra encore cette fois. © Reuters.
Marine Le Pen ne sera pas élue. Le barrage tiendra encore cette fois. © Reuters. - reuters.

Le grand paradoxe du premier tour du scrutin présidentiel français est celui-là : au sein des classes moyennes éduquées des centres-villes, les clivages partisans se sont estompés au point qu’Emmanuel Macron a réussi à fédérer des suffrages provenant de la gauche, du centre et de la droite. Mais, à cette césure idéologico-politique s’est substitué un antagonisme de classe plus prégnant que jamais : les votes des couches populaires se sont massivement reportés sur Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Au point que les suffrages radicalement protestataires, antilibéraux, anti-mondialisation et eurosceptiques ont représenté 48 % des votants (et même près de 55 % si on prend en compte que Benoît Hamon n’était pas loin de cette ligne) alors que, si Emmanuel Macron parvient à mettre sur pied une grande coalition allant de la gauche modérée à la droite ouverte, elle ne rassemblera, au mieux, que 40 % des électeurs. (Gauche radicale et droite radicale ont représenté 55 % des votes dans les Bouches-du-Rhône, 56 % dans le Nord, 60 % dans le Pas-de-Calais, 59 % dans l’Aisne, 56 % dans l’Aude, 55 % en Ariège et 55 % en Moselle).

D’où il résulte quoi ? Que oui, massivement, les Français ont exprimé leur aspiration à un dépassement du clivage gauche-droite institutionnalisé tel que le résumait l’affrontement Parti Socialiste-parti Les Républicains, mais ils ne se sont pas pour autant ralliés à un entre-deux mollasson, à la solution du juste milieu.

Leur volonté de dépassement n’est pas centristo-libérale, elle est social-gaullienne et Emmanuel Macron, s’il est élu (ce qui est probable ne fût-ce qu’avec une avance moindre que ce que lui prédisaient les sondages), il devra cesser de ne s’adresser qu’à la France du niveau supérieur pour atteindre les oreilles blessées de la France basique, pour comprendre et écouter ce que disent, avec colère, parfois avec rage, les électeurs de Le Pen et de Mélenchon, pour cesser de se confiner au petit monde artificiel et artificieux, insupportable en vérité, des Alain Minc, des Jacques Attali, des Bernard-Henri Lévy et des Laurence Parisot, pour se libérer de la pression paralysante des médias de la gauche bourgeoise, pour apprendre à parler aussi à Ginette, à Dédé et à Mimile.

Logique que je vote Macron mais...

Il était logique que je vote Macron puisque j’ai souvent préconisé un « centrisme révolutionnaire »… mais s’il n’est que révolutionnaire, il est suicidaire, et s’il n’est que centrisme, il finit par se dissoudre dans sa propre transparence.

On peut à ce propos regretter les réticences de Mélenchon à appeler à voter Macron contre Marine Le Pen qui rappellent celles du Parti communiste allemand stalinisé des années 30 avec les conséquences tragiques que l’on sait, même si, en effet, il n’est pas évident pour un tribun dont l’ADN est l’antilibéralisme de voter pour un candidat profondément libéral et qui, sur ce point, se situe plutôt à la droite de François Bayrou ou de Jacques Chirac. (Cela dit, Bernie Sanders, le Mélenchon américain, n’a pas hésité à appeler à voter pour l’horripilante Hilary Clinton pour faire barrage à Trump).

Mais, il faut cependant reconnaître à notre grand timonier des « Insoumis » que là où la « gauche d’establishment », la gauche de l’éternelle trahison, la gauche technocratique ou mondaine, la gauche Hollande, Moscovici, Cambadélis, Aubry, Hamon ou autre Sapin n’a cessé de gonfler les voiles du Front National, lui, Mélenchon, a réussi à arracher 5 ou 6 points de l’électorat populaire à l’emprise lepéniste et sans doute aurait-il pu pousser plus loin ce siphonage en portant, par exemple, certaines légitimes aspirations populaires à la sécurité personnelle et collective si les fatwas à répétition d’un certain pouvoir médiatique de gauche ne l’en avaient pas découragé.

Le barrage tiendra

Marine Le Pen ne sera pas élue. Le barrage tiendra encore cette fois. Il reste quatre jours pour le consolider. Mais le mauvais début de campagne de Macron trop emprunté, trop classique, trop lisse, trop propre sur lui face à la gouaille popu et décomplexée de sa challenger qui ose tout, absolument tout, y compris le pire, le ralliement au candidat social-libéral de tout ce que l’Olympe politico-économico-sociale compte de grosses légumes, le rejet que suscite de nombreux membres dorés sur tranche de son premier cercle, l’ambiguïté des médias de droite qui ont distillé une telle haine de Macron qu’elle a encouragé la tentation de l’abstention, le ralliement, très intéressé, du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, les calculs quelque peu pervers de Jean-Luc Mélenchon, le jeu dangereux que joue une extrême gauche qui exècre la modération alors que tout extrémisme la fascine, tout cela risque de projeter l’héritière de la PME Le Pen vers des scores traumatisants.

Or, si elle dépasse largement les 40 % au deuxième tour de la présidentielle, une grande partie des candidats de droite (Les Républicains) aux élections législatives finiront par accepter, pour sauver leurs propres meubles, de passer des accords électoraux de désistement mutuel avec l’extrême droite. La droite alors éclatera, les modérés feront scission mais le Front National, avec plus de 100 sièges, deviendra quasiment incontournable quand il s’agira de former des majorités.

 
 
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