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Les Molenbeekois manquent de terrains de sport

La majorité des sportifs molenbeekois doivent quitter leur commune pour pratiquer une activité physique. Certains faute d’infrastructures sportives, d’autres suite à une mauvaise expérience.

Temps de lecture: 6 min

Pendant de nombreuses années, il a écumé les sites sportifs de Molenbeek. Il s’est essayé à de nombreuses activités durant son adolescence, parmi lesquelles le football, en salle et sur gazon, et différents arts martiaux, très populaires chez les jeunes de la commune. Aujourd’hui, pourtant, Soufiane Mengari se rend à Ixelles pour s’adonner au jiu-jitsu brésilien, à une bonne vingtaine de minutes de son lieu de résidence. S’il s’inflige ce déplacement, c’est parce qu’il a connu une mauvaise expérience à Molenbeek. « Quand j’avais 13 ou 14 ans, j’ai décidé de m’inscrire à des cours de taekwondo à Molenbeek, près de chez moi, raconte cet auditeur. Le problème, c’est qu’on était environ 40 pratiquants dans une salle qui ne pouvait accueillir que 20 personnes, grand maximum. On était les uns sur les autres, ce n’était pas agréable du tout. Du coup, quand un ami m’a proposé d’aller jusqu’à Ixelles pour faire du jiu-jitsu brésilien, je n’ai pas hésité une seule seconde. »

Conséquence, Soufiane Mengari fait désormais partie des 60 % de sportifs molenbeekois qui franchissent les frontières de leur commune pour pratiquer leur activité physique, comme l’indique le dernier cadastre sur la pratique sportive dans la Région Bruxelles-Capitale relatant cette information, et datant de 2012. Ces sportifs nomades se contentent généralement de courts déplacements, au sein des communes limitrophes – Anderlecht, Bruxelles, Koekelberg, Jette et Berchem – mais s’offrent de temps en temps des escapades plus lointaines – à Ganshoren, Ixelles, Schaerbeek et Etterbeek.

Contraints d’aller sur d’autres terrains

Si Soufiane Mengari a décidé de quitter la commune après y avoir connu une expérience désagréable, d’autres sportifs, en revanche, sont contraints de se déplacer pour s’adonner à une activité physique. À cause, notamment, du manque d’infrastructures sportives, lacune propre à toutes les communes pauvres de la région, Anderlecht étant la seule à déroger à la tendance. « Sur base de tableaux comparatifs, je peux affirmer que nous sommes une des communes les mieux pourvues en infrastructures sportives, se défend Ahmed El Khannouss, échevin des Sports, mais il est vrai que cela reste insuffisant par rapport aux besoins réels de la population et au boom démographique que nous avons connu ces dix dernières années, puisque la population est passée de 77.000 habitants en 2006 à près de 100.000 en 2017. Soit une croissance d’environ 30 %. Il est, du coup, normal que de nombreux sportifs quittent la commune, puisque nous ne pouvons pas absorber toutes les demandes. »

Surtout, les occasions de faire du sport à Molenbeek ne sont pas particulièrement nombreuses. Les clubs sont rares : seulement 13 pour 10.000 habitants. Un des plus faibles taux de la Région Bruxelles-Capitale. À Auderghem, à titre de comparaison, ils sont près de trois fois plus nombreux. Et la tendance risque de ne pas s’inverser de sitôt. Le prix de location de certaines salles a explosé ces dernières années. « Avant, nous dépensions 10 euros pour occuper la salle pendant une heure et demie. Maintenant, il nous en coûte 15 euros pour une heure, seulement », témoigne Khadija Taghi, secrétaire de la Cens Academy, une ASBL qui promeut l’intégration par le sport. Soit une augmentation de plus de 100 %. « Cela peut avoir deux conséquences : certains clubs vont répercuter cette hausse des prix sur leurs membres, tandis que d’autres pourraient être tentés d’aller voir les tarifs en vigueur dans les autres communes  », regrette-t-elle.

Des subsides élevés...

Outre le manque d’infrastructures sportives, c’est leur inaccessibilité qui pousse certains Molenbeekois à s’exiler. Toutes ne sont pas dotées d’une rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite. Conséquence, les éducateurs de la Cens Academy, qui rassemble les valides et les moins valides lors d’intenses séances sportives, doivent migrer vers Koekelberg pour enseigner le foot-fauteuil. Le déplacement est certes court, il n’en est pas moins peu pratique. Mais inévitable. Pour investir la salle de l’Intendant à Molenbeek, il est nécessaire de pouvoir franchir une marche.

« Chaque année, on introduit une demande pour que la salle soit aménagée et que soit installée une rampe, mais la commune n’a, pour l’instant, toujours pas donné suite à notre requête », relate Khadija Taghi. La raison ? Du côté de la commune, personne n’a entendu parler de cette demande. Ni Ahmed El Khannouss, ni Sarah Turine, pourtant responsable de cette salle. « Le premier étage, je dois le reconnaître, n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite. Mais le rez-de-chaussée l’est  », se justifie l’échevine de la Jeunesse.

Ces carences au niveau des infrastructures sportives sont paradoxales, puisque la commune a été largement aidée par les pouvoirs subsidiants pour se doter en installations. Depuis 1991, Molenbeek a bénéficié de subventions à hauteur d’un peu plus de onze millions d’euros, à distance respectable de Bruxelles-Ville (plus de dix-sept millions d’euros), mais relativement loin devant Woluwe-Saint-Pierre (environ sept millions d’euros), qui s’installe sur la troisième marche du podium. Dans les sept communes où, selon le cadastre sur la pratique sportive, l’offre et les équipements sportifs sont en dessous de la moyenne de la Région Bruxelles-Capitale, Molenbeek et Saint-Josse-ten-Noode sont celles qui ont bénéficié, proportionnellement à la population, des subventions les plus importantes, avec au total respectivement 113 et 141 euros par habitant. Dans l’ensemble de la région bruxelloise, les communes ont reçu en moyenne un peu plus de 90 euros de subvention par habitant.

... mais mal utilisés ?

Reste que l’utilisation des subsides que perçoit Molenbeek pose question. Au cours des sept dernières années, la commune a dépensé plus d’un million d’euros pour rénover ou entretenir des installations majoritairement fréquentées par des habitants des bourgades voisines, d’après un rapport de synthèse de 2015. « Je sais que cela peut être intellectuellement difficile à accepter parce que la commune s’acquitte de 40 % du coût des travaux, mais on ne peut pas arrêter d’entretenir des infrastructures comme le stade Pévenage où joue le Daring simplement parce que, parmi les membres, il y a peu de Molenbeekois. En continuant à y investir, on espère inciter les familles issues des quartiers populaires à s’essayer au hockey », se justifie Ahmed El Khannouss. Et de poursuivre : «  On ne peut guère construire de nouveaux établissements, puisque nous manquons de foncier pour le faire  ».

Au-delà de ces manquements matériels, d’aucuns regrettent l’absence d’incitation à faire du sport à Molenbeek. Les chèques-sport, qui jadis encourageaient les Molenbeekois à ne pas franchir les frontières de la commune, ont disparu de la circulation après « leur suppression par la Communauté française pour des raisons budgétaires et pour cause de gestion non optimale  », indique Ahmed El Khannouss. Toujours est-il qu’ils pourraient faire leur retour sous peu et offrir «  un petit coup de pouce symbolique aux familles qui ont des revenus modestes pour les aider à inscrire leur progéniture dans les clubs sportifs molenbeekois », conclut l’échevin des Sports. Une mesure qui va, peut-être, permettre d’endiguer ce phénomène de désertion des amateurs de sport de la commune.

 

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