Plus grand-chose à négocier pour Tsipras

Plus grand-chose à négocier pour Tsipras
EPA.

Lorsque Donald Tusk, le président du Conseil européen, a déclaré mercredi en début d’après-midi lors de la conférence de presse de clôture du sommet euro-latino-américain (EU-Celac), que « le gouvernement grec doit devenir un peu plus réaliste », et que « le temps du jeu de poker est épuisé », on avait pu croire un instant que le Polonais était à contretemps.

Car depuis la brève rencontre qu’avaient tenue la veille, en marge de ce même sommet, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, et Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, puis après une rencontre de ce dernier avec la chancelière Merkel et le président français Hollande, l’ambiance semblait être redevenue positive entre la Grèce et ses créanciers européens.

Juncker et Tsipras avaient « restauré leur relation personnelle », venait de déclarer le porte-parole de la Commission, lorsque Donald Tusk avait lâché, l’œil sombre, les propos les plus durs jamais adressés par un haut dirigeant européen aux autorités grecques. « Nous avons besoin de décisions et non plus de négociations », avait conclu le président du Conseil européen.

Le FMI claque la porte

Immédiatement après la conférence de presse où Tusk et Juncker étaient apparus ensemble mercredi, ce dernier était entré dans une nouvelle réunion avec le Premier ministre grec. On pouvait raisonnablement en espérer une avancée politique dans les derniers différends séparant les créanciers et la Grèce sur la conclusion d’un accord qui devrait éviter à celle-ci la faillite à la fin de ce mois, lorsqu’elle devra rembourser 1,5 milliard d’euros au Fonds monétaire international (FMI).

Mais deux heures et demie plus tard, une source européenne signalait qu’en deux heures de rencontre, « le président Juncker a expliqué le processus possible pour arriver avec les trois institutions (UE, Banque centrale européenne et FMI) à un accord mutuellement acceptable ».

Une réunion pour simplement « expliquer » à la partie grecque la marche à suivre ? C’était tout sauf un progrès… A peu près au même moment, on apprenait que les experts du FMI travaillant sur la Grèce quittaient Bruxelles pour rentrer à Washington. Officiellement pour « aller retrouver leurs familles », croyait savoir un responsable européen. Mais lors d’une conférence de presse à Washington, Gerry Rice, le porte-parole de l’institution, indiquait qu’« il y a encore des différences essentielles entre nous dans des secteurs clés, et il n’y a pas eu de progrès pour combler ces différences récemment. Nous sommes encore loin d’un accord ».

Les sujets sont connus : le système des pensions dont Syriza, le parti de Tsipras, ne veut pas réduire le budget, la fiscalité et le financement des dépenses publiques. Mais confronté à l’interprétation selon laquelle le FMI « claquait la porte » de la négociation grecque, Rice précisait que son institution ne « quittait jamais la table des négociations » mais que « la balle était maintenant dans le camp grec ».

Sur la décision du FMI, un diplomate européen proche de la négociation lâchait ce commentaire peu rassurant : « Si le processus avait fonctionné correctement, le président Juncker n’aurait jamais eu à tenir réunion aujourd’hui avec Tsipras. Il a mené une dernière tentative pour rendre un accord possible. » Et le même de préciser qu’« il n’y a plus de temps pour chercher de nouvelles idées. Il a été transmis au gouvernement grec une feuille de route précise, où il doit compléter quelques blancs, remplaçant éventuellement une mesure par une autre fiscalement équivalente ».

Donc, Donald Tusk avait bel et bien exprimé l’opinion unanime des créanciers : c’est « game over ». Un point de vue que Charles Michel, le Premier ministre belge, avait formulé à peine différemment la veille lors de son arrivée au sommet EU-Celac en parlant de « fin de la récréation », non sans susciter des réactions outrées sur les réseaux sociaux belges.

Lire aussi: Charles Michel: «La fin de la récréation a sonné» pour le gouvernement grec

Et maintenant ? Tout semble indiquer qu’il ne reste plus que quelques jours à Alexis Tsipras pour… donner son assentiment à la proposition d’accord qui est sur la table, et qui serait à prendre ou à laisser : une façon de présenter les choses que les partenaires de la Grèce avaient toujours eu soin d’éviter jusqu’à présent. Le Premier ministre grec devrait rendre sa décision avant une réunion de l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro), l’instance habilitée au nom des Etats créanciers à conclure un accord avec la Grèce, qui est prévue jeudi prochain, le 18 juin.

Car il faudra bien ensuite quelques jours pour que chacun des Etats membres concernés entérine l’accord, tandis que les créanciers souhaiteront voir aussi la Grèce légiférer immédiatement sur les mesures clés du nouveau plan.

Tout cela pour que les montants de l’aide financière encore en suspens (7,2 milliards), mais aussi d’autres enveloppes qui seraient rendues disponibles, puissent être versées à l’Etat hellénique afin de lui permettre d’assurer ses obligations : le remboursement au FMI de 1,5 milliard d’euros fin juin, puis le remboursement de bons du Trésor pour 3,5 milliards le 20 juillet. Sans compter le paiement des salaires et pensions. En clair : Tsipras a jusqu’au début de la semaine prochaine…

 
 
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