Comment le Pacte d’excellence bouleverse les programmes

©Joakeem Carmans (st.) Le Soir.
©Joakeem Carmans (st.) Le Soir.

1.

Des langues dès la maternelle…

Le premier enveloppe les langues.

Pour le français, on conserverait les volumes actuels. Soit, 9 périodes/semaine en 1e et 2e primaires, 7 ou 8 en 3e et 4e  primaires, 6 (ou 5) en 5e et 6e  primaires, 5 en 1e, 2e et 3e secondaires.

On démarrera les langues étrangères dès la maternelle avec des « bains acoustiques » devant familiariser l’enfant à des sons inexistants en français. On pratiquerait ceci en maternelle et aux 1e et 2 primaires (« avant l’âge où le système auditif perd considérablement sa perméabilité ») à raison de 3 x 20 minutes par semaine.

L’apprentissage de la première langue moderne (néerlandais à Bruxelles, anglais, néerlandais ou allemand en Wallonie) commencerait en 3e primaire (comme c’est déjà le cas Bruxelles aujourd’hui).

À quel rythme ?Pour le primaire, on propose deux scénarios :

– 2 périodes/semaine de la 3e à la 6e  primaire en Wallonie ; 3 en 3e et 4e  primaires et 5 aux 5e et 6e  primaires à Bruxelles et dans les communes à facilités.

– le second scénario ne fait pas de différence entre Bruxelles et la Wallonie. On propose 3 périodes aux 3e et 4e primaires, 4 périodes aux 5e et 6e primaires.

Pour le secondaire, la première langue moderne (celle que l’on a commencé à étudier au primaire) serait étudiée à raison de 3 périodes en 1e et 2e secondaires, 4 périodes en 3e secondaire.

La deuxième langue moderne commencerait dès la 1e secondaire. On limiterait le choix à anglais, néerlandais et allemand. Vu la pénurie de profs, on propose d’y aller mollo (2 périodes en 1e, 2e, 3e secondaire).

Pour le latin, on propose une vraie étude de la langue (pas de s’en tenir à l’éducation à la civilisation latine). Et trois scénarios sont proposés. Soit le latin est obligatoire en 1e et 2e  secondaires, à raison de 1 période. C’est le scénario préféré du groupe de travail. Soit le latin n’est obligatoire qu’en 2e secondaire mais à raison de 2 périodes. Soit le latin ne fait pas l’objet d’un cours distinct et est étudié de façon transversale aux cours de français, philo. Seul avantage de la formule : on ne charge pas une grille « déjà saturée ».

2.

Sensibilités et expressions artistiques

L’appellation n’est pas définitivement tranchée mais retenons que l’éducation aux arts et à la culture se réaliserait pour l’essentiel via un « Parcours d’éducation culturelle et artistique », soit un PECA. Ce parcours est un ensemble à trois composantes : des connaissances, des pratiques artistiques et des rencontres avec les œuvres et les artistes. Le domaine se conjuguerait entre différentes visées : « savoir » (processus de créations, formes et genres artistiques, production et réalisations techniques ; y compris des dimensions techniques telle que le numérique), « pratiquer » (pratiques artistiques dans le cadre du cours ou de la réalisation de projets spécifiques), « rencontrer » (rencontre d’artistes, analyse critique d’œuvres…).

Sachant que le PECA inclut une formation au questionnement critique des cultures, il s’agira d’établir au sein du nouveau référentiel des liens explicites avec ceux de l’éducation à la philosophie et citoyenneté. En termes d’horaire, on parle de 4 périodes/semaine en maternel et de 2 périodes par semaine en primaire et secondaire. Dans ces deux derniers cas, l’horaire serait complété par un « pot d’heures » (20 en secondaire par exemple) annuel à utiliser dans des plages plus larges.

Qui sera à même d’enseigner une matière aussi vaste ? Le groupe de travail ne tranche pas, se contentant de noter que le débat sur cette question est « particulièrement vivace ».

3.

Mathématiques, sciences…

Ce domaine du tronc commun est en soi un vaste programme associant les mathématiques, les sciences, la géographie physique ainsi que les compétences manuelles, techniques et technologiques. Pour ces dernières, le groupe de travail précise que pour un tronc commun « authentiquement polytechnique » il faut « des enseignements de gestes manuels et techniques. Ceux-ci ne peuvent pas se limiter à l’analyse livresque d’objets techniques, mais doivent comporter des travaux de conception et de production, se traduisant par des réalisations tangibles ». Précision utile : il ne faut pas « leurrer les élèves dans leurs choix d’orientation, c’est-à-dire que ce cours doit les confronter à des activités représentatives de ce qui se travaillera effectivement dans ces filières ». De ce point de vue, le tronc commun implique également une intégration réussie de l’initiation à la pensée numérique.

S’agissant des maths, « il faut éviter de faire des mathématiques qui tournent à vide mais, au contraire, de renforcer leur sens aux yeux des élèves, en rendant plus explicite leur utilité dans différents champs de l’activité humaine et dans les domaines professionnels ».

Les horaires ? Six périodes de math en primaire et 4 dans le secondaire. Le pôle sciences, éveil et technologie passerait à 3 h dans le primaire et 6 h dans le secondaire.

4.

Géo et histoire fondues en un ?

Aujourd’hui, dans l’enseignement officiel, les cours de géographie et d’histoire sont distincts. Dans le réseau libre, ils sont fondus dans un cours d’« étude du milieu » (jusqu’au début du secondaire en tout cas). Si le primaire gère sa grille horaire librement (le législateur n’a de prise que sur le volume horaire des « cours spéciaux » : deuxième langue, éducation physique, religion/morale…), le secondaire, qui est plus contraint, propose en général 2 périodes/semaine d’histoire et 2 périodes de géographie.

Le groupe de travail présidé par Marc Romainville propose de conserver les volumes horaires actuels. Et, une fois encore, il propose deux scénarios – le Groupe central du Pacte devra trancher.

Soit on conserve le scénario actuel (géographie et histoire restent des cours distincts et pèsent, ensemble, 4 périodes/semaine). Soit on crée un « cours intégré », plus large, et qui amalgame histoire, géographie, sciences économiques et sociales. Ce cours, suggère-t-on, pourrait s’appeler « Sciences de l’homme et de la société ». Il pèserait 4 périodes/semaine, de la 5e primaire à la 3e  secondaire. Comme déjà évoqué dans ces colonnes, ce scénario cabre les professeurs concernés – ceux d’histoire et géo.

5.

Éducation physique et éducation à la santé

Le domaine 5 des matières scolaires s’appelle « Activités physiques, bien-être et santé » Et tout est dit dans cet intitulé : l’éducation physique, comme on la conçoit aujourd’hui, dépasserait désormais le périmètre classique de la gymnastique et l’apprentissage de sports. Il s’agira aussi de « développer le bien être corporel et émotionnel » des élèves « afin qu’ils deviennent gestionnaires de leur santé et de leur sécurité. » Les programmes restent à écrire mais le domaine 5 proposera une véritable « éducation à la santé. » Le professeur d’éducation physique deviendra, dans l’école, une « personne-ressource », notamment capable d’aider ses collègues à « tenir compte des besoins biologiques des élèves. » Parmi d’autres, il devra aussi veiller à encourager élèves et professeurs aux déplacements actifs et la mobilité douce.

Question horaire ?

En maternelle, on maintiendrait les 4 périodes dévolues à l’éducation physique et à la psychomotricité. Ensuite, on irait un peu plus loin que le régime actuel (2 périodes par semaine, en général). On passerait à 3 périodes et ceci de la 1e primaire à la 3e secondaire.

6.

Ouvrir le champ pour les choix de vie

Encore un nom à rallonge pour le dernier domaine, très neuf, du tronc commun : « créativité, engagement, esprit d’entreprendre et apprendre à apprendre et à poser des choix ». Il est question d’offrir aux élèves des fondamentaux relationnels (conscience de soi et de l’autre, conscience du temps et de l’espace, conscience du collectif, conscience des apprentissages). D’offrir également des fondamentaux cognitifs et métacognitifs (permettre aux élèves de développer les opérations mentales de base susceptibles de les aider à organiser la réalité qui les entoure, à comprendre les liens qui unissent les divers éléments), etc.

Il est proposé d’ajouter environ 60 périodes à l’horaire annuel. Le groupe de travail note « que la législation actuelle ne prévoit pour l’instant que des moments dédiés à la maturation du choix au premier degré (trois jours). Il conviendrait que ce type d’activités puisse se mettre en place dès 6 ans dans le but d’ouvrir tôt le champ des possibles en matière de choix de vie. »

En termes de formation des enseignants, tout ou presque serait à inventer. Il faut, recommande le groupe de travail, « permettre aux formateurs et accompagnateurs d’enseignants, puis aux enseignants de se former en étant libérés pendant un laps de temps significatif pour réussir à s’approprier la nouvelle logique dans laquelle se situe le tronc commun. »

 
 
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