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Emmanuel Todd: «Le FN ne veut pas le pouvoir»

L’intellectuel et polémiste Emmanuel Todd renvoie dos à dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Il voit dans le débat de mercredi « une comédie » qui illustrerait que le parti de Marine Le Pen ne veut pas gouverner…

Exclu Soir+ - Temps de lecture: 4 min

« V oter Front national, c’est approuver la xénophobie. Voter Macron, c’est accepter la soumission. Moi, je ne peux pas choisir ». Emmanuel Todd ira à la pêche ou se promener dimanche prochain, mais en aucun cas il ira voter. C’est ce qu’il nous dit, avec humour, mais sans plaisanter. L’historien et polémiste Emmanuel Todd est un anti-européen forcené. Et une critique féroce de la vie politique française. Le débat d’entre-deux-tours ne l’a pas réconcilié avec la présidentielle.

Le débat Marine Le Pen contre Emmanuel Macron vous a-t-il fait changer d’avis : toujours abstentionniste ?

Emmanuel Todd : Non. Le débat ne m’a pas fait changer de position. Ce que j’ai vu était une comédie. Mais j’ai acquis la conviction que le FN ne voulait pas le pouvoir !

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

J’ai eu le sentiment étrange qu’un scénariste unique avait rédigé deux partitions : le fasciste hystérique et le bon élève discipliné. J’ai vu l’affrontement de la France d’en bas contre la France d’en haut comme dans une mise en scène. J’ai vu un système : vulgarité contre conformisme. Marine Le Pen a permis à Emmanuel Macron de ne pas parler de son absence de solution à la paralysie de la France. Elle n’a rien dit. Il n’a rien dit. Et en tant que Français, j’ai eu honte de ce que le débat soit devenu ça dans cette grande Nation. J’ai pensé que cette médiocrité allait faire regretter à beaucoup Jean-Luc Mélenchon.

Mais approuvez-vous le choix de Jean-Luc Mélenchon de ne pas donner une indication d’un vote clair pour le second tour ?

On entend les commentateurs dire, c’est affreux, cette entorse à la loyauté républicaine, il se suicide. Au contraire, je considère que le refus de Jean-Luc Mélenchon de prendre position automatiquement pour Emmanuel Macron est l’acte fondateur de quelque chose de nouveau. Il montre un vrai tempérament d’homme d’État. Enfin dans ce pays, une gauche alternative a le courage de se libérer du dogme européen. Car si rien ne change, les élections continueront d’être une sorte de fiction. Il serait plus honnête d’élire un vice-chancelier pour la France.

Vous ne craignez pas d’aider Marine Le Pen ?

Le Front national n’a pas enregistré au 1er tour la progression que beaucoup prédisaient. C’est le résultat du succès de Jean-Luc Mélenchon. Cela fait des décennies que j’analyse les flux électoraux et je n’avais jamais vu un exploit de ce genre. Il gagne huit points par rapport à la dernière élection présidentielle. Il est également le seul candidat qui a des voix parmi les travailleurs « transclasse » : diplômés, jeunes, vieux, classe moyenne.

Battre le FN n’est donc plus une priorité ?

A long terme, Emmanuel Macron est un marchepied pour Marine Le Pen

Utiliser le bulletin de vote Macron pour barrer la route à Marine Le Pen signifie aussi frustrer cet élan extraordinaire qui est, à ce jour, la seule véritable opposition au Front national. À long terme, Emmanuel Macron est un marchepied pour Marine Le Pen. Personnellement, je considère le lepénisme et le macronisme comme les deux faces d’une même médaille. On ne peut pas choisir le racisme de Marine Le Pen. Mais Emmanuel Macron, c’est la soumission aux banques, à l’Allemagne, à tout ce qui nous a conduits à la crise d’aujourd’hui. C’est pourquoi je m’abstiens toujours, et même avec joie, en attendant la naissance d’un monde meilleur. Mais ce ne sera pas pour cette fois, parce que je suis convaincu maintenant que Macron va gagner.

Comment en êtes-vous si certain ?

La présidentielle se décide par le vote des électeurs âgés. Qui ont peur de quitter l’Europe. Et si l’on additionne les voix de Macron, Hamon et Fillon au premier tour, nous nous rendons compte – ô surprise – que les candidats pro-européens ont remporté la majorité. L’européisme est une forme de conservatisme. Le résultat de ce grand cirque électoral, c’est que le vote de Maastricht est reconduit au premier tour de la présidentielle. Le programme d’Emmanuel Macron est européiste… On est dans un pays qui fait semblant d’exister. Le rêve français, c’est de sortir de l’histoire.

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9 Commentaires

  • Posté par Petit Dominique, vendredi 5 mai 2017, 20:23

    En grande partie je crois qu'il a raison. Je salue son vote nul ou blanc, peu importe. Car on ne vote pas contre, on vote pour des idées, des intérêts (il faut le dire), pour des convictions, ... mais certainement pas contre,ce n'est pas un vote de citoyen démocrate. Les Français ont ce dimanche le pouvoir de montrer leur désapprobation. Car imaginez, si les électeurs votent à 40 % nul, les deux candidats devront se partager 60 % des voix et le président sera élu avec +/- 31 %. Fameux problème de démocratie pour la République.

  • Posté par Metsue Liliane, vendredi 5 mai 2017, 13:07

    croire que ça ira mieux en dehors de l'europe je ne trouve pas ça très clairvoyant pour un intellectuel. et le choix de la présidentielle me semble évident vu le système français : ce sera l'un des deux donc autant tout faire pour éviter la pire !

  • Posté par Le Carré Jean-yves, vendredi 5 mai 2017, 11:05

    "Il serait plus honnête d’élire un vice-chancelier pour la France" . Tellement juste ! Par contre présenter Emmanuel Todd comme un "anti-européen forcené" est tout à fait malhonnête, indigne de 'lesoir".

  • Posté par De Potter Claude, vendredi 5 mai 2017, 10:04

    Tout à fait d'accord avec l'avis de Mr Todd concernant Jean-Luc Mélenchon. J'aurais aimé un second tour avec Mélenchon et Macron. Au moins, il y aurait eu un débat intéressant. Hélas, le PS français en décrépitude n'a pas jugé bon de se rallier. De puissants lobbys, de la presse et des médias, proches du monde de la finance ont tout fait pour écarter J.L. Mélenchon. Résultat, ils ont eu Le Pen. Le vrai débat sur l'Europe, avec deux "européistes" aux visions très différentes, un humaniste progressiste et un conservateur "remarquablement" flous, n'a pas eu lieu. La sixième République est morte dans l'oeuf. Les République monarchique va continuer avec le roi Emmanuel, la reine Brigitte et tous les courtisans avides.

  • Posté par Renette Michel-julien, vendredi 5 mai 2017, 19:03

    Il aurait fallu que le système électoral français admette, au second tour, les candidats ayant obtenu, par exemple, plus de X% des voix ou encore, on prend d'office les 3 ou 4 gagnants du 1er tour pour s'affronter au second. Ici, ils ont le choix entre la peste et le choléra; j'espère que Mélenchon va leur mettre la pâtée aux législatives et qu'il obligera Macron à se soumettre à la loi du peuple (vox populi, vox dei).

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