Accueil Opinions Cartes blanches

Chauffeurs et dumping social, peut-on accuser les transporteurs?

Carte blanche - Temps de lecture: 3 min

La vague de perquisitions chez plusieurs transporteurs et les détentions provisoires de certains dirigeants nous renvoie à nouveau à la problématique de suspicions de dumping social chez les transporteurs de notre pays.

Il est logique que le gouvernement applique la loi, mais nos transporteurs sont confrontés à une double problématique, l’une liée au modèle économique du transport et l’autre à la pénurie de chauffeurs dans notre pays.

Un modèle économique pas si modèle

Le coût le plus important dans le transport routier est celui du personnel (chauffeur), il passe bien avant l’amortissement des camions et le coût du diesel. Dans une logique européenne, et dans un marché très concurrentiel, il n’est pas étonnant de voir les transporteurs essayer de diminuer ces coûts quand certaines dispositions légales le permettent (succursales dans les pays de l’Est, dispatching local, routes internationales, etc), mais la frontière de ces règlements est assez grise, et on a vite fait un pas de trop. La proposition d’Emmanuel Macron d’éclaircir les emplois « détachés » mettra certainement un petit peu d’ordre là-dedans.

Comme le disait un transporteur flamand assez connu pour sa langue bien pendue : « Quand Samsung décide de délocaliser une usine dans un pays à faibles coûts de main-d’oeuvre, tout le monde applaudi et son cours boursier augmente, mais quand un transporteur essaie de diminuer sa masse salariale en cherchant des chauffeurs de l’Est, on le traite de criminel.  »

Chauffeur belge où es-tu ?

Les transporteurs Belges s’arrachent les cheveux pour trouver des chauffeurs C/CE parlent les langues de notre pays et acceptant les difficultés de la profession. Bien que le métier de chauffeur soit bien payé, il s’agit d’un métier exigeant et éprouvant (départ à 4h du matin, dormir à l’extérieur, files et embouteillages, attente, déchargement, arrimage, etc). Une partie de la génération Y n’est plus prête à ce genre de sacrifices malgré un salaire adéquat (3.000 eur/net). Nos chauffeurs sont en général passionnés par leurs jobs et adorent leur secteur d’activité, mais trop peu de jeunes ne prennent malheureusement la relève… Laissant la place à des travailleurs plus disponibles ou tout simplement plus opportunistes. C’est pourquoi les chauffeurs de l’Europe de l’Est sont prêts à ces sacrifices, car un salaire de chauffeur est une opportunité rare dans leurs pays.

Face à cette double problématique, les transporteurs belges sont souvent dans l’impasse. Il est normal que l’état sanctionne le dumping social et les entreprises qui sont dans l’illégalité. Mais audelà de la chasse aux sorcières, il est urgent que nos hommes politiques et l’Union européenne se penchent sur ce problème et comprennent la situation difficile dans laquelle se trouvent nos transporteurs ! Il faut trouver des solutions communes pour enrayer ce problème de dumping et ne pas uniquement chercher à sanctionner. Il est impératif de trouver des solutions pour aider un secteur porteur dans notre pays avec 124.454 salariés (uniquement pour le transport routier cp 140 et 226) pour une valeur ajoutée de 3.6 mds d’euros*. (* valeur ajoutée des 3600 entreprises les plus importantes dans le transport en Belgique)

Il est certainement interdit de frauder, et les sociétés qui fraudent doivent être sanctionnées. Il faut cependant repréciser la notion de dumping social qui est trop souvent interprétée comme une manière d’empêcher les travailleurs d’Europe de l’Est à travailler chez nous. Aujourd’hui, nous avons besoin d’eux puisque notre pays ne possède pas assez de personnes souhaitant devenir chauffeurs en acceptant les contraintes du métier.

Il faut donc d’urgence que le législateur se penche sur le cas des travailleurs détachés (cfr Macron) afin de normaliser cette situation et d’harmoniser les salaires au niveau européen afin de permettre aux sociétés de transport d’engager des chauffeurs de l’Est dans la transparence et l’efficacité.

 

Perquisitions dans le secteur du transport routier

Vaste opération de contrôle et de lutte contre le dumping social dans le secteur du transport routier. L’entreprise Jost, nº2 du secteur en Belgique, particulièrement visée.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 3 min

Quatre-vingts policiers, quarante membres d’autres services (lois sociales, ONSS…) ont mené une vingtaine de perquisitions, lundi à l’aube, notamment dans plusieurs implantations du Groupe Jost mais aussi d’autres sociétés de transport et de logistique. Par système de communication interne, les différents chauffeurs du groupe Jost ont reçu une information signalant, comme sur le site de l’entreprise, que « nous faisons actuellement l’objet de contrôles sur tous nos sites. Nous sommes accusés à tort de dumping social, comme beaucoup de sociétés de transport avant nous, en Belgique et au Luxembourg. Nous sommes parfaitement en ordre à tous les niveaux. »

Le parquet fédéral a précisé que d’autres actions étaient menées parallèlement en Roumanie et au Luxembourg. Ces actions s’inscrivent dans une large enquête contre la fraude sociale organisée. Un juge d’instruction a été désigné à Liège et un autre à Termonde dans le cadre d’une enquête sur une véritable « organisation criminelle dirigée par des ressortissants belges et active sur les territoires belge, luxembourgeois et roumain. » Quatre personnes ont été interpellées au cours des perquisitions et devaient être entendues par les enquêteurs et le juge d’instruction.

« En 2016, ce sont plus de 1.100 travailleurs qui auraient ainsi été déclarés frauduleusement à la sécurité sociale à l’étranger. Des travailleurs résidant en Belgique auraient également été déclarés frauduleusement à la sécurité sociale luxembourgeoise. On soupçonne que l’organisation criminelle poursuit en réalité ses activités depuis la Belgique, en embauchant abusivement des chauffeurs routiers d’Europe de l’Est, et en les déclarant fictivement à la sécurité sociale étrangère » explique le parquet fédéral. Au total, « le préjudice subi tant par les travailleurs que par la sécurité sociale belge s’élèverait à plus de 55,3 millions d’euros pour la période allant de 2014 à 2016. » On parle d’un système touchant 1.100 chauffeurs.

Le parquet ne fait pas d’autres commentaires, l’enquête se poursuit. D’autres perquisitions, dans le cadre de la même enquête, avaient déjà été menées mi-mars, dans le nord du pays.

À la CSC-Transcom, on n’est pas étonné des actions menées dans un secteur réputé pour le dumping social. Yannick Docquier y dénonce des conditions de travail étonnantes au XXIe siècle, imposées à des chauffeurs des pays de l’est qui vivent dans des camions pendant quatre à six semaines d’affilée, là où la législation belge réclame un véritable repos, hors camion, toutes les 45 heures, ainsi que des accès réguliers à des sanitaires, etc. S’il refuse de cibler le seul Groupe Jost, opérant en Belgique mais installé au Luxembourg, le syndicaliste reconnaît que ce dernier, nº2 du secteur en Belgique et objet majoritaire des perquisitions, ne bénéficie pas d’une réputation très « sociale ».

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

2 Commentaires

  • Posté par Eric Eduwaere, mercredi 10 mai 2017, 21:41

    il y a 20,000 chauffeurs belges au chomage du fait de ce dumping

  • Posté par Bernard Delpierre, mardi 9 mai 2017, 19:27

    Pour les transporteurs, c'est une question de survie en raison du laxisme des technocrates européens qui privilégient la règle de la libre circulation sur la réalité sociale des pays d'Europe de l'ouest ayant un véritable système de protection des chauffeurs.

Sur le même sujet

Aussi en Cartes blanches

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une