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Manuel Valls, l’éternel provocateur devenu boulet

L’ancien Premier ministre de Hollande brouille les pistes depuis le début de la campagne. Le coup de grâce – ou le hara-kiri, c’est selon – vient ce mardi matin : il souhaite se présenter sous l’étiquette La République en marche.

Portrait - Cheffe adjointe au service Monde Temps de lecture: 3 min

« B ien sûr qu’il est socialiste ! » Il n’y a bien plus que Jean-Marie Le Guen, soutien historique de Manuel Valls, pour lancer l’affirmation avec certitude. Car l’ancien Premier ministre de François Hollande se fait un plaisir, depuis le début de la campagne pour l’élection présidentielle, à brouiller sévèrement les pistes. D’abord en refusant de soutenir le projet du vainqueur de la primaire socialiste, Benoît Hamon.

Puis en annonçant sans équivoque qu’il voterait pour Emmanuel Macron aux deux tours. Le coup de grâce – ou le hara-kiri, c’est selon – vient ce mardi matin : il souhaite se présenter sous l’étiquette La République en marche. Et annonce tout de go que « le parti socialiste est mort ». La réponse publique des marcheurs aura vite douché son enthousiasme.

Une décision qui a provoqué l’ire des socialistes. Mais qui n’est pas si étonnante, quand on sait que Manuel Valls a toujours montré une certaine indépendance vis-à-vis du parti. « Il l’a toujours un peu contesté. Il y a une continuité dans son rapport d’émancipation, dans son attitude provocante », juge Marc-Olivier Padis, directeur des études du think tank de gauche Terra Nova.

L’agitateur Manuel Valls n’aurait donc jamais cessé de contester la doctrine socialiste. En 2007, il apparaît tellement en rupture que Nicolas Sarkozy lui propose d’entrer au gouvernement. «  Dans cinq ans, s’il me repropose quelque chose, on verra », réagit à l’époque l’intéressé. Son hyperactivité, sa communication très cadrée, ses ambitions lui valent d’ailleurs d’être comparé à l’ancien président de droite… ce qui l’agace.

Décalage permanent

Ce décalage permanent avec sa famille politique essaime tout son parcours politique. Dès 2007, il voulait changer le nom du parti, jugé dépassé. Il a aussi critiqué la loi limitant à 35 heures le temps de travail hebdomadaire, un totem de la gauche. Et a très souvent été critiqué pour ses prises de position clivantes notamment pour sa fermeté sur l’immigration. Son soutien de l’interdiction du burkini, préconisé par plusieurs maires de droite, finira de le rendre antipathique aux yeux de beaucoup.

Manuel Valls a toujours joué la carte de la transgression : « Il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s’attache à un passé révolu et nostalgique », lançait-il en 2014. « Il a toujours eu cette volonté de se libérer du cadre du parti, sans jamais aller jusqu’au bout », estime Marc-Olicier Padis. Aujourd’hui, il assiste impuissant à l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, l’affranchi des partis traditionnels. Et veut sa part du gâteau, quitte à finir d’abîmer une image déjà bien écornée. « Il a renoncé à soigner son image sur une partie de la gauche, il considère qu’il est en rupture », selon l’expert.

Peut-il devenir embarrassant pour Emmanuel Macron ? C’est déjà le cas, et ça ne date pas d’hier. En mars dernier, alors que le centriste veut coûte que coûte faire oublier son passage au gouvernement, il reçoit le soutien encombrant de Manuel Valls. Un appel du pied déguisé qui apparaît aujourd’hui bien fade face à la tentative désespérée de briguer une circonscription aux couleurs du président pour les législatives.

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Emmanuel Macron ne croyait pas si bien dire, ce dimanche 7 mai devant ses troupes, alors que sa victoire était acquise : « Beaucoup de gens nous rallierons dans les prochains jours, a-t-il déclaré à ses proches selon les images issues du documentaire diffusé lundi soir sur TF1. Pardonnez-moi : rassembler, c’est élargir. Mais vous aurez toujours une place particulière. »

Dès ce mardi, à deux jours de la clôture des investitures de « La République en marche » (le nouveau nom d’En marche !), Manuel Valls est sorti du bois. « Je serai candidat de la majorité présidentielle et je souhaite m’inscrire dans ce mouvement », a déclaré l’ancien Premier ministre. Il précise : « Ce parti socialiste est mort, pas ses valeurs ». Manuel Valls dit ne pas craindre une exclusion du PS, dont il entend rester membre.

Avec ce ralliement formel, le théoricien des « deux gauches irréconciliables » confirme son appel à voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour de la présidentielle. Un appel qui lui avait déjà valu des menaces d’exclusion du parti à la rose. Surtout, Manuel Valls lance véritablement la campagne des législatives. L’élu d’Evry entend bien rester député. Et faire la loi en France, main dans la main avec le gouvernement Macron.

C’est un nouveau coup dur pour les socialistes. Rétamé à la présidentielle, le PS est à l’agonie : divisé non pas en deux, mais en trois camps – hamonistes, hollandais et proches de Manuel Valls. Dans un réflexe d’autodéfense, le premier secrétaire du parti devient agressif : « Si certains veulent se singulariser, qu’ils le fassent et qu’ils nous laissent travailler, a commenté Jean-Christophe Cambadélis. Si vous voulez vous présenter chez Macron, il y aura un candidat PS en face », a-t-il prévenu. Malgré les manœuvres, le premier secrétaire a estimé que les mouvements à venir « ne concernaient que 5 % du PS ». Mais 5 % d’un parti qui en obtient six à la présidentielle…

Du côté du mouvement d’Emmanuel Macron, on accueille l’offre de service de Manuel Valls avec une certaine fraîcheur. Invité sur Europe 1, un porte-parole du président élu, Benjamin Griveaux, a répondu que l’ancien Premier ministre « n’avait pas été investi pas la commission d’investiture » du mouvement. « Il aurait dû déposer sa candidature comme chacun car la règle est la même pour tous. Si vous ne déposez pas votre candidature, vous ne pouvez pas être investi par En marche ! Il lui reste 24 heures. » On se gausse en imaginant Manuel Valls remplir son petit formulaire de candidature sur le site internet d’En marche ! D’autant qu’une candidate a déjà été investie pour la circonscription d’Evry, le fief du rallié de fraîche date.

Emmanuel Macron va devoir trancher : composer avec son ancien chef, avec qui les relations ont été franchement glaciales avant sa démission du gouvernement ; ou bien écarter Manuel Valls de son éventuelle majorité, au risque de se trouver un opposant pour les cinq prochaines années. Nul doute que l’état-major du président élu sous-pèse en ce moment l’assise populaire et électorale de l’ancien maire d’Evry. Les candidats de « La République en marche » doivent être investis pour les législatives avant jeudi midi, dans chacune des 577 circonscriptions. Le temps presse.

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