Accueil Opinions Cartes blanches

Le Pacte d’excellence, un navire orienté dans la mauvaise direction

Le secondaire est souvent pointé du doigt en raison du taux élevé d’échecs. Les lacunes sont pourtant à tous les niveaux, fondamental compris, et le Pacte n’est pas à même de les combler.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

L e constat de Julien Nicaise, l’administrateur de l’Ares , sur la stagnation du nombre de diplômés de l’enseignement supérieur et sur les déficiences de l’enseignement secondaire, a retenu toute mon attention car, par ma double fonction, je suis bien placé pour juger de ces questions. Notre secondaire peine en effet à préparer aux exigences du supérieur. Les taux d’échecs en BA1 sont notoirement spectaculaires, et les aides à la réussite qui sont mises en place n’aboutissent pas à des résultats encourageants.

Néanmoins, je voudrais nuancer plusieurs affirmations énoncées par Julien Nicaise.

Accabler l’enseignement secondaire est aisé et, parfois mérité. Mais rappelons que des charretées d’élèves sortent du fondamental sans savoir ni lire, ni écrire, ni calculer. Certes, le secondaire est souvent impuissant à « rattraper » ces élèves. Mais il faut rester modeste : si des instituteurs et institutrices compétents n’ont pas mieux réussi, c’est que le problème ne réside pas toujours dans le savoir-faire des enseignants. Je constate qu’une leçon au moins a été bien retenue par les plus jeunes élèves : c’est qu’il ne faut rien apprendre ; ce qui importe, c’est d’avoir compris. Ce discours, inspiré de directives envoyées aux enseignants, est dangereux. Évaluer la compréhension est très aléatoire et s’accompagne généralement d’une évaluation bienveillante. Juger de son apprentissage est plus concret, plus clair pour l’enfant, et plus à même de stimuler son application. Au risque de sanctionner ceux qui ne s’appliquent pas.

Un niveau d’exigence abaissé

Pour Julien Nicaise, le Pacte d’excellence résoudra nos problèmes. Mais ses arguments sont légers. Lorsqu’il considère que le tronc commun jusqu’à 15 ans, allongé d’une année affirme-t-il, n’est pas en soi une « réforme monstrueuse », il est mal renseigné. Dans nombre d’écoles, un solide cours de latin est proposé dès la 1re année du secondaire, ce qui met fin au tronc commun. La réforme va dans ces écoles prolonger l’enseignement fondamental pour trois années. Car c’est bien un enseignement fondamental qui sera imposé dans ce TC. Le Rapport sur les éléments du Plan d’action relatifs au nouveau tronc commun (28 avril 2017) met en exergue, à la p. 25, une réflexion de la sociologue Marie Duru-Bellat : « Les spécialistes des disciplines (…) ne peuvent, par position, que défendre leur propre discipline et les exigences les plus élevées possibles (…) en se voilant la face sur le fait que les plus faibles auraient à gagner à acquérir les connaissances plus élémentaires ». De ce propos, que je juge insultant pour les professeurs, je ne retiendrai que ceci : le Pacte d’excellence ne vise pas à l’excellence, mais à la médiocrité. Il faut que tous les élèves satisfassent, ensemble, à 15 ans, au minimum requis. Mais les auteurs du Rapport sont bien conscients, à la p. 84, que cet idéal ne sera jamais atteint. Ils admettent ainsi la nécessité de mettre en place un CEB « rétrospectif » pour ceux qui n’obtiendront pas le Certificat du Tronc Commun. Si on baisse (parfois considérablement) le niveau des exigences jusqu’à l’âge de 15 ans, le secondaire supérieur parviendra-t-il à former des élèves plus compétents qu’aujourd’hui ?

Un Pacte mal orienté

Lorsqu’un bateau coule, plutôt que d’incriminer les matelots, on se demande si le capitaine et ses officiers n’ont pas commis des erreurs. Dans l’enseignement, les officiers ne sont pas les enseignants, mais les théoriciens de la pédagogie. Or, depuis l’expérience ratée de l’enseignement rénové, ces experts convainquent régulièrement les décideurs politiques d’imposer des principes qui fonctionnent mal, déstabilisent élèves, parents et professeurs, et contribuent à la baisse de niveau de nos performances. Le Pacte constitue la réunion et la quintessence de beaucoup de ces erreurs et va donc dans la mauvaise direction. Des changements sont souhaitables, mais pas dans le sens qu’on veut nous imposer. Je me souviens de psycho-pédagogues qui exprimaient des principes concrets sur l’enseignement sans recourir au jargon prétentieux des directives et rapports actuels. J’en ai retenu que des enfants ou des élèves ont besoin de balises, de structures dans l’apprentissage et la mémorisation, et de définitions précises de ce qu’ils doivent maîtriser pour pouvoir progresser. Il est hallucinant qu’on puisse passer en deuxième année de néerlandais sans savoir conjuguer « hebben » et « zijn » au présent. Qu’on sorte de 6e primaire sans faire la différence entre un infinitif et un participe passé, sans savoir calculer la moyenne de ses résultats par une règle de trois. Ces exemples d’incompétences, devenus monnaie courante dans notre enseignement, sont les fruits de ce que Vincent de Coorebyter a heureusement défini comme « La pédagogie du renoncement ». Et ce n’est pas le Pacte qui redressera la situation.

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en Cartes blanches

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une