Accueil Société

Le hand spinner a tourné par hasard au succès

La toupille qui se répand dans les cours de récré doit son succès à son prix bas, sa valeur sociale et son écho sur les réseaux sociaux. Mais elle pourrait s’arrêter de tourner dès cet été.

Reportage - Journaliste au service Economie Temps de lecture: 5 min

Qui n’a pas encore son hand spinner ? Baptisée aussi « fidget spinner », cette toupie d’un nouveau genre avec roulement à billes fait fureur dans les cours de récré chez les 7-15 ans. Né chez nous il y a trois semaines, le buzz est devenu tel que les magasins de jouets éprouvent une peine folle à répondre à la demande. « Dès qu’on en rentre 50 pièces, on les vend toutes dans l’heure, confie ce caissier d’une succursale bruxelloise de Broze. Mais le pire, ce sont les coups de fils incessants de gens qui en recherchent désespérément. » Et précisément à cet instant, le téléphone retentit. « Vous avez rentré des hand spinners ? » Même question de ce grand-père qui passe ici chaque jour dans l’espoir d’un réassort, malgré la pancarte explicite à l’entrée : « Plus de hand spinners en stock ». « Mes petits-enfants m’en demandent. J’en cherche partout, je n’en trouve nulle part, » se désole le papy, qui repart à la chasse.

Comment expliquer cette véritable folie, comparable par son ampleur à celle du jeu Pokemon Go de l’été 2016 ? « S’il y avait une recette pour créer un tel succès, je serais riche, plaisante Gino Van Ossel, professeur de marketing à la Vlerick Business School. Donc, soyons clairs : tout ceci tient du pur hasard. Pour une nouveauté qui buzze comme celle-ci, il y a des milliers d’innovations qui font un bide chaque année. J’en suis sûr : ici, rien n’a été orchestré par une grande marque. La preuve, c’est qu’un grand nombre de fabricants proposent ce type de produits en surfant sur la vague. »

Un billet de 5 euros

Né aux Etats-Unis, le phénomène comporte cependant quelques ingrédients à succès. « Les hand spinners, tout comme ses prédécesseurs qui ont cartonné chez les écoliers, sont bon marché (5 à 6 euros dans les magasins belges, 1 euro sur les sites web de vendeurs chinois, NDLR). Les parents cèdent donc facilement à la demande de leurs enfants sur le mode “OK, ce n’est pas Noël ou ton anniversaire, mais tu peux quand même en avoir un.” Puis, c’est un article que les 7-15 ans peuvent facilement se payer avec leur argent de poche. » Coline Dubuisson, gérante du magasin de jouets Woodee à Schaerbeek, confirme : « A la sortie de l’école, ils viennent ici, tout fiers avec leur billet de 5 euros. Et ils repassent quelques jours plus tard pour un modèle plus particulier : en métal, phosphorescent ou avec motif camouflage. »

Autre facteur : cette espèce d’hélice s’avère d’entrée de jeu attirante et facile à manipuler – après un court essai en prêt, on a envie de la posséder. « Et elle permet une progression dans son utilisation, ajoute Gino Van Ossel. En regardant les copains l’utiliser, on obtient des résultats. » Pour aller plus loin, il suffit de taper « hand spinner » sur YouTube. La plateforme de vidéos contient de nombreux tutoriels pour effectuer des figures acrobatiques. Bartosz, 13 ans, joue avec le nouvel objet à succès depuis à peine deux semaines et parvient déjà à gagner des concours à la récré, au Collège Roi Baudouin de Schaerbeek. « J’ai remporté trois spinners en réussissant des challenges : passer le spinner d’une main à l’autre sans qu’elle s’arrête, le faire tourner sur mon nez, mon menton… »

Signe d’appartenance

Le buzz allumé, il ne demande qu’à exploser, attisé par les vidéos d’influenceurs sur le net et par les contacts qu’entretiennent les jeunes sur les réseaux sociaux. « Avec ceux-ci, il n’y a plus de rupture avec les amis après l’école, rappelle Karine Charry, professeur de marketing à l’UCL Mons. Grâce à internet, on assiste donc à un renforcement de ce mécanisme qui a nourri tous les grands objets de succès chez les enfants et les ados : le partage de pratiques avec les pairs pour répondre au besoin d’appartenir à un groupe. Si un élément de reconnaissance est jugé cool par ses pairs, le jeune voudra y adhérer et, en l’occurrence, posséder l’objet. » A ceci s’ajoute le caractère affectif de l’enfant : « Celui-ci cède vite à la passion, contrairement à l’adulte, capable de réfléchir, de tempérer. »

Mais comme la passion est éphémère par essence, voici ce qui risque d’advenir du hand spinner, selon Gino Van Ossel : « Là, nous sommes dans la phase “tout le monde l’a, donc je veux l’avoir aussi”, d’où le succès exceptionnel et exponentiel de cet objet. Mais quand tout le monde le possédera, ce sera fini. Et les vendeurs risquent de se retrouver avec des stocks sur les bras d’ici la fin de l’été. » Coline Dubuisson, elle, redoute déjà un déclin brutal avec la fin des cours en juin. « Je dois répondre à la forte demande actuelle. Mais s’il m’en reste encore des centaines en stock quand la mode sera passée, je serai perdante. » Gare aussi aux petits malins qui spéculent sur la pénurie et organisent un marché noir à la récré en s’approvisionnant à bas prix sur le net…

Habitat

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en Société

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

Geeko Voir les articles de Geeko