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Cette saison, Anderlecht a misé sur le résultat

Au terme d’un des Bruges-Anderlecht les plus importants de l’histoire, le club bruxellois pourrait devenir champion.

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L’entraineur des mauves, René Weiler, n’a pas hésité à bousculer les choses pour installer ses idées et ses règles.

 

Marc Degryse: «René Weiler gagne mais ne fait pas jouer Anderlecht»

Marc Degryse, le consultant le plus influent au Nord du pays, exclut pratiquement tout autre scénario qu’un 34e titre du RSCA. Mais peut-être pas à l’issue du Topper de dimanche.

Entretien - Chef de service adjoint Sports et chef de la cellule foot Temps de lecture: 11 min

Au bout d’un dédale tortueux de ruelles, qu’on pourrait croire tracées pour brouiller les pistes jusqu’à son domicile, Marc Degryse nous reçoit chez lui. Nous ne sommes qu’à 300 m à vol d’oiseau du stade Breydel mais côté cour comme côté jardin, nul ne pourrait soupçonner l’existence, à proximité, du vaisseau de béton où se dénouera peut-être le fil du championnat. À l’affiche de ce dimanche : l’un des Bruges-Anderlecht les plus importants de l’Histoire.

Marc Degryse, avant de s’attaquer au cœur de cible qu’est le Topper, prenons un peu de recul sur cette 8e édition des playoffs : la plus faiblarde depuis la réforme de 2009-10 ?

Il faut effectivement le reconnaître, on n’y voit pas grand-chose.

La faute à qui ? La faute à tous ? La faute à l’enjeu ?

La faute au peu de différence de niveau entre les équipes qualifiées. À part ce que l’on peut lire au classement, je ne vois pas de hiérarchie très clairement établie. Du coup, ça donne des rencontres tendues, fermées et donc serrées au marquoir.

Ne s’est-on finalement pas caché la vérité depuis des années à cause notamment de l’intensité dramatique des derniers titres qui se sont souvent décidés lors de l’ultime journée ?

Je le pense aussi. Beaucoup de suspense mais peu de foot. Et quand le premier ingrédient manque, on se rend compte du manque de saveur de tout le reste…

L’effet Coupe joue-t-il aussi, avec un Zulte Waregem totalement démobilisé ?

Ces finales disputées en mars depuis quelques années sont un drame pour les playoffs ! Ou l’art pour la Pro League de démolir d’un côté ce qu’elle construit de l’autre. On l’a vu avec Genk et Lokeren et maintenant avec Zulte Waregem, qui a un ticket pour les poules de l’Europa League et qui peut se le faire subtiliser en terminant à la deuxième place. Au Gaverbeek, on n’est pas plus fou qu’ailleurs, non ? Et du coup, que fait-on : on utilise les dix matchs les plus importants de la saison pour… faire tourner l’effectif. Il est urgent que l’on replace cette finale de Coupe là où elle doit l’être : en clôture de la saison, la semaine qui suit la fin des playoffs.

Champion l’an passé, Michel Preud’homme a longtemps semblé être happé par le syndrome que l’on craignait à son propos : l’année de trop. Seul le verdict du championnat nous le dira ?

Je viens de passer un long moment en compagnie de Ruud Vormer et je lui ai posé la même question. Sa réponse ? “ Bullshit ! Je veux bien encore travailler trois ans avec un Preud’homme aussi motivé que ça.

Oui, mais, en cas d’échec, on reviendra forcément sur l’automne catastrophique du Club. Et donc de son entraîneur ?

OK, mais dans ce cas, qui aura commis l’erreur de prolonger la collaboration ? Michel Preud’homme ou Bart Verhaeghe qui lui a forcé la main ? Quand je vois Michel vivre les matchs comme il les vit, j’ai du mal à penser à un manque de motivation. Oui, il a obtenu carte blanche pour aller jouer au golf en juin dernier. Oui, Philippe Clement a abattu pratiquement seul le boulot en préparation. Mais depuis que le championnat a repris, il n’y a qu’un seul patron : MPH !

La non-reconduction éventuelle du 13e titre serait-elle donc à imputer à la seule direction brugeoise ?

Je serais un bien mauvais analyste si je généralisais de la sorte ! Non, je dis juste, sans lui passer tout aveuglément, que le procès du seul entraîneur serait injuste. L’été dernier, Bruges ne s’est pas renforcé comme il aurait dû l’être. Les décideurs brugeois pensaient que le groupe champion possédait encore une marge de progression. Preud’homme a évidemment cautionné ce point de vue, mais il n’est pas le seul à s’être trompé. Le président Bart Verhaeghe et le directeur général Vincent Mannaert auront eux aussi leur part de responsabilité si Anderlecht devait être champion. Les tentatives d’attirer Dieumerci Mbokani en dernière minute à la fin du mois d’août constituent la preuve que le trio décisionnel du Club a très vite senti que quelque chose allait clocher dans la saison…

Plus que le recrutement erratique, le parcours catastrophique ne Ligue des champions n’a-t-il pas freiné l’élan brugeois après la reconquête du titre ?

Oui, mais il y a également un autre facteur qui l’a précédée (NDLR : la conquête du titre) et qui a largement été sous-estimé : l’équipe s’est mise dans le rouge pour devenir championne. Butelle, Simons, Vanaken, Vossen ou encore Vormer : tout le monde a franchi la limite lors des dix derniers matchs de la saison dernière. Et, dans l’euphorie ambiante, n’a pas su se remobiliser à temps pour le début de saison. Physiquement et mentalement.

Le retard accumulé par Bruges dès le début des playoffs a finalement décidé son entraîneur à opérer des choix parfois très étonnants. Les aviez-vous subodorés ?

Michel m’a vraiment surpris à Charleroi. Quand j’ai lu la composition d’équipe vendredi passé, j’ai vraiment été scotché : sortir Butelle et Simons de l’équipe, il n’y avait que lui pour oser !

La réussite était au rendez-vous, mais le modèle est-il transposable pour un rendez-vous aussi important que celui de dimanche ?

Ecoutez, il faut se rendre à l’évidence : Preud’homme voit des choses que le public ou nous, ne voyons pas. Et il ose prendre des décisions difficiles à assumer.

Tant que l’on est dans le sujet Preud’homme, restons-y : qui voyez-vous lui succéder ?

Son héritage sera tout sauf un cadeau. Pour l’entraîneur qui arrivera et juste avant, pour Bart Verhaeghe et Vincent Mannaert qui vont devoir poser un choix forcément délicat.

Vanhaezebrouck ayant prolongé à Gand, deux candidats sont souvent cités : Francky Dury et Felice Mazzù. En qui croyez-vous ?

Je croirai en ce que je verrai. Qui vous dit qu’il n’y aura pas un revirement comparable à celui de l’an passé ? Michel avait annoncé à son premier cercle de proches qu’il prendrait une année sabbatique en Gironde après le titre. Résultat des courses : Bart Verhaeghe l’a convaincu de rester.

Mais cette fois-ci, ce serait un peu tirer sur la ficelle, non ?

Et le contrat ? Que je sache, Preud’homme est encore lié pour deux ans ? Bien sûr, Verhaeghe peut décider de déchirer le papier et de libérer son entraîneur. Mais je doute qu’il apprécie de le voir un an plus tard, reprendre goût au métier pour aller travailler ailleurs. À l’opposé de ce scénario, Preud’homme peut aussi choisir de jouer la montre pendant un an. N’oubliez pas qu’après la Coupe du monde 2018, Roberto Martinez s’en ira plus que probablement pour tenter de retrouver la Premier League. La place sera donc libre en équipe nationale. Vous vous souvenez comment Michel a fait des pieds et des mains pour avoir la place une fois le limogeage de Wilmots annoncé ?

Et s’il partait tout de même cet été ?

Il y a évidemment Dury, plus que Mazzù à mon avis, Chacun sait que j’apprécie beaucoup le technicien carolo, mais sans parler le néerlandais et avec un anglais qu’on me dit assez basique, je ne vois pas comment il survivrait dans un club aussi international que Bruges. Et puis, n’oubliez pas que Bart Verhaeghe regarde souvent plus loin que tout le monde. La preuve avec Martinez, que personne n’avait vu venir. Je ne serais pas étonné qu’il nous sorte un nom auquel on ne s’attend pas.

L’autre personnage sur lequel reposent littéralement ces playoffs se nomme René Weiler : Qu’en pensez-vous après 37 matchs de championnat et un parcours européen qui s’est tout de même allongé jusqu’en quarts de finale ?

Le Suisse a accompli un bon travail sur le plan physique et au niveau de la mentalité : après avoir nettoyé le vestiaire, il a su préparer son équipe à être championne. En milieu d’automne, alors qu’il était menacé d’un limogeage, il a écouté ses patrons et a gagné du crédit dans le vestiaire. A ses débuts, il pensait qu’il était prêt pour un grand club mais ce n’était pas le cas. Herman Van Holsbeeck aurait dû le conditionner à ce qui l’attendait. Il s’est montré trop ouvert en matière de communication et du coup, aux premières critiques, il s’est défendu en attaquant tout le monde. Y compris son groupe. Heureusement pour lui, il a eu l’intelligence de rectifier rapidement le tir. Avec l’explosion de Teodorczyk, son transfert à lui, c’est ce qui l’a sauvé. Tielemans et Dendoncker, dont le Sporting va probablement retirer une quarantaine de millions au total, ont ensuite fait le reste.

C’est tout ? On vous sent chiche sur le compliment…

Oui. (Il réfléchit avant de se lancer). Concernant le fond de jeu, il faudra m’expliquer. Lors de sa dernière interview accordée à un média belge, je lui avais demandé quelle était sa vision du foot pour Anderlecht et il n’avait répondu qu’il n’avait pas les joueurs pour mettre la pression sur la défense adverse. Or, c’est ce qu’on demande au parc Astrid depuis la Guerre : aller chercher le ballon et le reconvertir en but le plus rapidement possible.

Et le plus esthétiquement aussi…

Là, on est dans un critère plus subtil par rapport au football de Weiler qui abandonne d’abord le ballon à l’adversaire avant de déterminer ce qu’il en fera par la suite. Gagner contre Zulte Waregem en n’ayant eu qu’un peu plus de 40 % de possession, c’est inconcevable pour un club du statut d’Anderlecht. Si on ne peut pas exiger plus de la plus grande formation du pays, on peut exiger quoi alors ? Baisser le niveau d’exigence reviendrait à dire que le Sporting est un club normal. Ça, c’est inconcevable à mes yeux !

Le critère du beau jeu n’est-il pas un peu éculé ?

Eculé ? Mais pas du tout ! Dans tous les grands clubs de tous les pays du monde, ce n’est jamais assez bien, jamais suffisant. Une loi immuable du football ! Voyez l’Ajax : entre 2011 et 2014, Frank de Boer le mène chaque fois au titre mais il se fait découper par la presse hollandaise car il ne propose rien d’autre qu’un schéma lent, tout en contrôle et peu offensif. Mais il est efficace et il est quatre fois champion de suite. Cette saison, l’Ajax manquera le titre pour la troisième fois en trois ans mais Peter Bosz fait l’objet de toutes louanges. Son équipe joue très bien, et assure le spectacle avec un onze reconstruit sur une majorité de gamins âgés de 28 à 22 ans.

Le cas d’Anderlecht est similaire lors d’une saison de transition où il a de grandes chances de terminer champion : la direction demande-t-elle plus ?

Année de transition : vous me faites rire avec ça ! C’est un terme qui n’existe pas au parc Astrid ! Depuis le titre de Vanden Brom en 2013, avec Mbokani et Jovanovic, le public attend de voir un peu de spectacle. Comment expliquez-vous autrement la baisse des abonnements à Anderlecht, hein !

L’échec Stanciu entre-t-il dans cet ordre d’idée ?

La présence du Roumain dans le onze de base n’aurait rien changé. Pour exploiter son pied gauche, son équipe doit être en possession du ballon. Quand vous ne l’avez pas, comme c’est souvent le cas avec Anderlecht, vous jouez avec un joueur de moins si vous alignez Stanciu. Sur ce point, Weiler est au moins logique avec lui-même. Mais je le répète : il incombe à l’entraîneur de trouver une manière de jouer. Et concernant le Sporting, de bien jouer.

Le conseil d‘administration du RSCA est-il forcément de cet avis à l’issue d’une saison où un seul objectif comptait : gagner plutôt que, précisément, de bien jouer ?

Avec treize ou quatorze transferts, ces gens ont voté un investissement destiné à être champion : dans ces conditions, l’obtention du titre me paraît tout simplement normale. Après, il sera temps pour le CA de se concentrer sur une autre priorité tout aussi cruciale : le stade. Je ne comprends pas ce silence qui entoure un projet vital pour la position dominante d’Anderlecht. Il est déjà étonnant que Gand soit allé plus vite que le plus grand club du pays. Il ne manquerait plus que Bruges et peut-être un club anversois ou le Standard finissent aussi largement devant. Même des clubs de moyenne envergure comme Zulte Waregem, Ostende ou Malines parviennent à faire avancer leur projet à leur petite échelle. Que fait Anderlecht pendant ce temps ?

Le 34e sacre d’Anderlecht passera inévitablement par Bruges, en tout ou en partie : le championnat sera-t-il plié dimanche ?

Personne ne peut évidemment le savoir. Ce qui me paraît en revanche nettement plus sûr, c’est qu’on ne reverra pas le 4-3 d’Ostende-Gand. Anderlecht se déplacera pour ne pas perdre et Bruges n’ouvrira rien avant au moins la mi-temps. A priori, je ne vois pas une rencontre aussi déséquilibrée qu’elle ne le fut il y a trois semaines à Bruxelles.

Le facteur stress sera déterminant…

On n’applique généralement cette théorie qu’à l’équipe qui fait la course en tête. À tort, à mon avis. Le programme de Bruges, avec un déplacement à Ostende puis la visite de Gand (dans un match qui dépasse désormais le Topper sur le plan de la rivalité), me paraît tout de même plus costaud que celui d’Anderlecht qui ira à Charleroi avant de finir face à Ostende à la maison. Même en cas de défaite dimanche, le leader gardera le statut de favori. Stress ou pas, Anderlecht a tout en main, dont deux jokers. Un à Bruges, l’autre pour la suite.

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