La hausse du minerval pour les étudiants extra-européens ne signifie pas privatisation

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La hausse du minerval pour les étudiants extra-européens ne signifie pas privatisation

La question des droits d’inscription pour les étudiants étrangers de Belgique a fait l’objet de débats récents. Dans un article de la revue Regards économiques, nous évoquions la possibilité qu’une hausse de ces droits, investie dans les universités et accompagnée d’une réforme des conditions d’accès des étudiants extra-européens au marché du travail belge, permette une montée en gamme de nos universités tout en maintenant leur attractivité vis-à-vis de l’étranger. Cette proposition a soulevé une question fondamentale, celle de savoir si toute hausse des droits signifie une privatisation marquée de nos universités, à l’instar de ce qu’on a observé en Australie.

Le système australien est un exemple extrême de privatisation de l’éducation supérieure et permet avant tout d’illustrer qu’il existe un système très différent de celui qui prévaut en Belgique. Précisons que nous ne prenons pas le système australien comme un exemple à suivre. Il est tellement différent qu’il y a peu de chance, à un horizon raisonnable, que le système belge y ressemble.

Les étudiants domestiques australiens ne sont que peu subsidiés par l’Etat. A l’inverse, les étudiants belges sont très largement subsidiés par les autorités publiques. Le coût moyen annuel d’un étudiant s’élève à 10.000 euros. Un minerval de 835 Euros signifie que nos étudiants belges sont subsidiés en moyenne à plus de 90 %. Ce subventionnement public se justifie par le fait que l’éducation de la population génère des effets positifs privés mais aussi publics pour notre société.

Contrairement au système australien, toutes les catégories d’étudiants étrangers implantés en Belgique bénéficient d’un taux de subvention d’au minimum 60 %. Une grande majorité de ces étudiants paie les droits belges durant toutes leurs années d’études. Pour les autres, les droits sont majorés uniquement la première année du cursus. A titre d’exemple, un étudiant américain paiera pour 4 années universitaires 6.680 euros, soit moins de 10 % de ce qu’il aurait payé chez lui en moyenne. La hausse, proposée par l’ARES, du minerval des étudiants étrangers provenant de pays à revenu intermédiaire aurait réduit leur taux de subsidiation par l’Etat de 86 à 83 %.

Pas de privatisation exacerbée

La hausse des droits d’inscription sur les 20 dernières années observée en Australie a compensé la baisse drastique du financement public. Dans notre proposition, nous insistions sur le fait qu’une hausse éventuelle des droits en Belgique devait générer pour les universités des ressources supplémentaires. Elle ne devait en aucun cas se substituer au financement public et n’impliquait donc pas une privatisation exacerbée de nos universités. La dégradation lente mais réelle des conditions de travail des universités belges en comparaison avec leurs homologues étrangères est un fait avéré. Un accroissement de leurs ressources, même limité, permettrait de maintenir un enseignement supérieur de qualité qui profite, directement ou indirectement, à l’ensemble de notre société.

L’IPP, un élément clé

Certains critiquent le fait que nos universités font payer aux étudiants étrangers des droits complémentaires. Dans les faits, cette discrimination ne concerne qu’une proportion faible d’étudiants étrangers (12 % environ). Les étudiants européens paient les droits belges. Il en va de même pour les étudiants venant de pays à bas revenus. Le principe de discrimination entre étudiants domestiques et étrangers repose sur le fait que la grande partie du système repose sur le financement par l’impôt. Cet impôt est exclusivement payé par les parents d’étudiants domestiques, ce qui justifie cette discrimination, un principe qu’on retrouve dans la majorité des pays d’accueil des étudiants étrangers. L’argument selon lequel les étudiants étrangers contribuent au financement à travers leurs taxes de consommation est peu crédible, car l’essentiel du financement repose sur l’impôt des personnes physiques.

Subsidiation en péril

Concernant la controverse récente sur la hausse des droits, la suppression de la catégorie des pays à revenu intermédiaire mènerait de facto à une hausse très limitée du droit d’inscription. Le droit moyen aurait augmenté de 0,5 % pour un cursus supposé de 4 ans, et de 6 % par an pour les étudiants incriminés. Je comprends les arguments selon lesquels ces étudiants viennent de pays moins riches que la Belgique, mais ils omettent qu’une majorité de ces étudiants vient de familles plus riches que la moyenne des ménages de leur pays, et souvent plus riches que la famille belge moyenne. La question est donc de savoir s’il convient de subsidier massivement des étudiants sur base du revenu moyen de leur pays ou sur base de leurs revenus propres. Par équité, il convient aussi de garder un système particulier de bourses pour les étudiants issus de familles modestes. Par contre, le relèvement du plafond théorique à 15 fois les droits d’inscription est interpellant. Un minerval de 12.525 euros signifierait la fin de la subsidiation. Ce ne serait pas souhaitable dans la mesure où l’attraction de ces étudiants génère d’autres effets positifs, pour le système universitaire et pour notre société.

Soulignons enfin une incohérence de la politique belge actuelle. Nous subsidions massivement les étudiants étrangers, y compris les étudiants extra-européens. En revanche, contrairement à la plupart des autres pays, nous ne leur donnons que très peu de facilités de s’insérer sur le marché du travail belge. Une fois de plus, nous pensons que la réforme la plus urgente se situe sur ce plan.

Minerval dans les universités : faut-il suivre le modèle australien ?

Par Michel Gevers, professeur émérite UCL; Peter J. Moylan, professeur émérite de Newcastle University (Australie).

Minerval dans les universités : faut-il suivre le modèle australien ?

Dans un dossier paru il y a quelques jours, la revue Regards Economiques de l’UCL défendait l’idée qu’une hausse des droits d’inscription pour les étudiants étrangers permettrait une hausse de la qualité de nos universités, et dès lors de leur place dans les rankings, ce qui entraînerait une plus grande attractivité et donc une augmentation du nombre d’étudiants étrangers.

La philosophie sous-jacente à cette recommandation interpelle fortement sur le type d’université que la Belgique veut promouvoir, et le type d’étudiants étrangers que nous voulons attirer. Car la conséquence de cette recommandation est bien évidemment de remplacer le public actuel d’étudiants étrangers par un autre, plus fortuné, et d’inscrire nos universités dans un système néolibéral réservé aux élites, et où les universités se livrent à une concurrence féroce sur le marché de la formation.

En effet, dès le moment où ce sont les rentrées financières qui deviennent la clé de voûte de la politique d’accueil de l’université, le marché de l’enseignement universitaire peut être très juteux. A l’appui de sa recommandation, Michel Beine cite l’Australie en exemple, où le secteur de la formation universitaire est devenu une véritable industrie : c’est le secteur qui rapporte le plus de devises après l’industrie minière. Mais ce que Beine ne nous dit pas, ce sont les effets de cette politique sur les conditions de travail du personnel académique, sur la dégradation de la qualité de l’enseignement universitaire, et sur les conditions d’accès aux universités des étudiants australiens.

De lourdes contraintes

Depuis une vingtaine d’années en effet, les universités australiennes ont signé de juteux contrats avec des pays asiatiques et du Golfe. Elles ont attiré massivement des étudiants de ces pays, et ont ouvert des campus dans des pays comme Singapour, Hong Kong, la Malaisie et les Emirats Arabes Unis. Nos collègues australiens sont soumis à d’énormes pressions pour partir deux ou trois fois par an donner quelques semaines de cours à l’étranger. Au début, ils ont reçu des incitants financiers, mais faute de volontaires en suffisance, l’obligation d’aller donner cours à l’étranger est maintenant inscrite dans les contrats d’engagement des nouveaux professeurs.

Parallèlement, le minerval pour les étudiants étrangers a été fortement augmenté. On aurait pu penser que l’accroissement considérable de moyens financiers qui a résulté de cette politique de marchandisation des universités aurait permis d’accroitre la qualité de la formation et de la recherche, comme le suggère Michel Beine. Mais en Australie, c’est tout le contraire qui s’est produit. Les gouvernements successifs ont prétexté de cette nouvelle manne financière pour réduire régulièrement le financement des universités. Alors qu’il y a 20 ans la part du financement public dans le budget des universités était de 90%, elle est tombée à moins de 60%. Malgré les importantes ressources dues au minerval, les universités se retrouvent exsangues.

Les étudiants, premières victimes

Le résultat est que le taux d’encadrement des étudiants dans les universités australiennes s’est dégradé de manière catastrophique. Aujourd’hui les étudiants australiens se retrouvent dans des auditoires surpeuplés et avec des équipements vétustes. Les premières victimes de cette politique de financement par les étudiants étrangers sont donc les étudiants australiens, d’autant plus que leur minerval n’a cessé d’augmenter aussi, les gouvernements ayant trouvé le filon d’un financement par le minerval très profitable. Une augmentation de 25% du minerval sera annoncée d’ici quelques jours dans le budget 2017-18 du gouvernement.

Mais la fuite vers une marchandisation de l’enseignement universitaire connaît ses limites. Sur les campus qu’elles ont ouverts en Asie et au Moyen Orient, les universités australiennes se trouvent aujourd’hui confrontées à une concurrence féroce de la part des grandes universités anglo-saxonnes, qui y ouvrent à leur tour des succursales.

La forte pression dans rankings

Venons-en à un autre aspect de la stratégie proposée par Michel Beine. Après avoir expliqué qu’une étude suggère qu’en moyenne une hausse de 10% des droits d’inscription diminue le flux d’étudiants de 6,5%, il écrit : « on peut montrer qu’une hausse de 10% des droits laisserait le nombre d’entrées d’étudiants étrangers inchangé pour autant que cette hausse se répercute dans une augmentation des scores de qualité de l’université de 5% ». Et ces scores de qualité, ce sont les fameux rankings, de plus en plus décriés à la fois à l’intérieur de la communauté universitaire et par les experts en politique scientifique et d’enseignement supérieur. En effet, outre que ces rankings visent à inscrire le monde universitaire dans une vision purement néolibérale de compétitivité à outrance, ils ont pour effet que chaque nouveau critère de « qualité » introduit dans les rankings induit très rapidement des effets pervers dans la stratégie des universités, pour laquelle la place dans les rankings devient une obsession qui prend le dessus sur les valeurs spécifiques de l’université et les remplace. A terme, la pression des rankings va mener à une uniformisation du modèle de l’université à travers le monde, imposé par le modèle des universités anglo-saxonnes les plus élitistes mais aussi les plus chères, et va tuer la diversité qui fait la richesse du paysage universitaire.

Sur le plan méthodologique, les classements annuels des universités n’ont aucun sens. Car qui peut croire qu’en une seule année une université comme l’ULB ou l’UCL puisse devenir meilleure (ou moins bonne) qu’une quarantaine d’autres, alors qu’il faut au moins 5 ans pour qu’une réforme profonde introduite par un nouveau recteur ne se traduise sur la qualité de la recherche et de l’enseignement.

Sur le plan éthique, l’influence des classements induit des effets qui sont parfois d’une grande perversité. C’est ainsi que certaines universités dans les pays du Golfe, qui veulent se faire une place dans les rankings, engagent des professeurs très réputés pour trois mois et à très grands frais, en les obligeant par la suite à indiquer leur affiliation à cette université dans toutes leurs publications futures.

A l’heure où le néolibéralisme est en train d’imploser à cause de la montée des populismes qu’il entraîne partout dans le monde, est-il vraiment judicieux que l’enseignement universitaire, qui en a été préservé jusqu’à présent, veuille y faire son entrée ?

Tensions dans les universités, l’indicateur d’une crise politique

Par Vincent Engel

Tensions dans les universités, l’indicateur d’une crise politique

Ces derniers jours, les représentants étudiants ont occupé les rectorats de l’ULB et de l’UCL pour protester contre l’augmentation du minerval imposé aux étudiants étrangers. Si un arrangement a pu être trouvé, la situation n’en est pas pour autant réglée et ce que ce dossier révèle des enjeux profonds et sociétaux est, plus que jamais, d’actualité.

Rappelons d’abord les enjeux : depuis mars 2016, les universités sont en mesure d’appliquer un minerval majoré pour certains étudiants étrangers non européens, lesquels, au lieu des 835 € requis pour les étudiants belges et européens, doivent acquitter une inscription de 4.175 €, somme qui pourrait grimper jusqu’à 12.525 € grâce au Décret du 16 juin dernier. À quoi s’ajoutent 200 € de frais administratifs.

Les arguments avancés par les autorités académiques et le Ministre Marcourt pour justifier cette mesure sont simples : un étudiant coûte en moyenne 10.000 € par an (le coût à charge de la FWB est de 7.789 €, le montant de 10.000 étant le chiffre avancé par les universités) et ces étudiants étrangers ne sont pas pris en charge par le financement public qui permet aux universités de combler la différence entre le minerval et le coût réel. Les associations étudiantes ont clairement retoqué ces arguments. D’une part, les quelques 1.800 étudiants concernés ne représentent qu’un coût marginal pour les universités : ce nombre restreint n’impose pas la construction d’auditoires, de laboratoires, pas même l’engagement de personnel supplémentaire. Dans de nombreuses facultés, la présence d’étudiants n’a qu’une très faible implication économique, que nos institutions doivent être à même d’assumer. De plus, le financement des universités se joue dans une enveloppe fermée, répartie en fonction du pourcentage d’étudiants par rapport à la population de la Communauté française ; comme les étudiants étrangers se répartissent de manière sensiblement équivalente entre les différentes universités, la variation est infime, voire nulle.

Un accord a été trouvé (voir ici) qui, cependant, ne règle pas le fond du problème. Vincent Blondel, recteur de l’UCL, s’en félicitait et rappelait les défis que les universités belges doivent relever, ainsi que la complexité du dossier.

Comme il le laisse entendre dans cette interview, le problème est ailleurs et touche à une philosophie autant qu’à la politique. À travers ce conflit, on retrouve le fond du débat qui oppose les deux candidats à l’élection présidentielle française : la mondialisation contre le repli sur soi, et les défauts de ces deux approches.

Faire payer les étrangers et rentabiliser les universités

La possibilité de prélever un minerval plus important auprès des étudiants étrangers relèvent d’une vision économique que certains peuvent trouver logique : ces étudiants, ou leurs parents, ne payant pas d’impôt en Belgique, il est normal qu’ils assument les coûts de leurs études. On pourrait d’ailleurs élargir la polémique à l’Europe et regretter que des étudiants européens ne paient pas de majoration et viennent chez nous faire des études qu’ils ne peuvent suivre chez eux (comme les vétérinaires ou les médecins en France, à cause des examens d’entrée), avec des conséquences parfois lourdes pour nos étudiants (comme la question du numéro Inami accordé à des jeunes médecins qui n’exerceront jamais en Belgique).

Assurément, une Marine Le Pen belge exigerait la majoration du minerval pour tous les étudiants étrangers, si ce n’est l’interdiction pour la plupart d’entre eux de venir dans nos universités, quand un Macron (nous l’avons : un Marcourt) défendrait la plus-value que représente cette majoration pour nos universités, ainsi que l’ont fait les autorités rectorales de l’UCL et de l’ULB en publiant les résultats d’un rapport d’économistes (dans la revue Regards économiques de l’UCL, voir ici) selon lequel le prélèvement d’un minerval plus conséquent avait un impact positif sur la qualité de l’enseignement et le classement de l’université au niveau mondial (en se basant sur l’exemple australien).

Cette lecture et ce point de vue ont été dénoncés par Michel Gevers et son collègue australien Peter Moylan dans une carte blanche reprise par plusieurs journaux, dans laquelle les auteurs, qui connaissent bien le dossier, opposent une situation australienne très différente du tableau idéal dressé par la revue Regards Economiques.

En effet, la marchandisation de l’enseignement supérieur conduit objectivement à une dégradation des conditions de travail des enseignants et à un alignement de l’enseignement et de la recherche sur des impératifs commerciaux, autrement dit à une perversion des fondements de l’université (j’y reviendrai). Ainsi, des universités australiennes (ou américaines) ouvrent des campus dans des pays du Golf ou d’Asie, mais les rentrées d’argent générées par ces « produits dérivés » n’ont pas amélioré la qualité de l’enseignement et des infrastructures en Australie et ont justifié, comme ce fut aussi le cas en Angleterre, un désengagement progressif de l’Etat dans le financement de l’enseignement et de la recherche. À quoi s’ajoute un autre souci, en opposition avec les intentions affichées du Ministre Marcourt : la concurrence de plus en plus féroce que se livreront les universités pour attirer les étudiants « rentables ».

Le partenariat public-privé est très à la mode, surtout à une époque où les gouvernements se sont tous ralliés à la politique absurde et suicidaire de l’austérité, laquelle n’est que l’appellation politique d’une politique de privatisation totale et d’une « rentabilisation » de la vie et du secteur publics. Le tax shelter, qui a effectivement dynamisé des pans de la culture dans notre pays, s’applique désormais aux arts de la scène ; je prends le pari que cette décision, en partie positive, va s’accompagner dans les années prochaines d’une diminution drastique de l’investissement public dans la culture en général, et le spectacle vivant en particulier. Ce risque est on ne peut plus évident pour ce qui concerne l’enseignement supérieur et la recherche universitaire.

Dans une intervention à paraître, Michel Molitor, ancien vice-recteur de l’UCL, rappelle justement que la réforme de Bologne trouve sa source « dans les travaux d’une institution informelle regroupant les dirigeants des 12 plus importantes entreprises industrielles européennes, la « European Round Tabel », ERT), dont les premières publications datent de 1989 ». Et de déplorer l’emprise toujours plus grande du discours managérial sur les universités, faisant de celles-ci des entreprises commerciales comme les autres, alors qu’elles devraient justement être sanctuarisées et préservées de cette approche lamentablement rentabiliste. Cette logique ne peut conduire qu’à la médiocratie dénoncée par Denault, et dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises, dans laquelle les « experts » sont les agents d’un système ultra-libéral, au contraire de ce que devraient être de véritables universitaires.

Les fondements de l’université

Lier l’université au monde de l’entreprise et exiger de ses cadres qu’elle soit gérée en vue d’une rentabilité, c’est la pervertir. Ce faisant, la recherche fondamentale disparaîtra au profit d’une recherche orientée en fonction des bénéfices possibles pour le privé, éventuellement à travers la création de spin-off en collaboration avec l’université. Disparaîtront aussi des champs entiers de l’enseignement supérieur et de la recherche, dans les domaines des sciences humaines, lesquels ne pourront jamais atteindre à la moindre rentabilité (du moins si on ne réfléchit qu’en termes commerciaux, car la rentabilité à long terme d’un enseignement de qualité, d’une réflexion philosophique, éthique, anthropologique, cette rentabilité n’est pas mesurée par les outils en vigueur dans le monde managérial).

La démarche néolibérale conduit à ne plus mesurer la qualité d’une université qu’en termes comptables ou déterminés par les rankings internationaux, dont de nombreuses voix dénoncent inlassablement (mais toujours en vain) la valeur très contestable et l’inadéquation de leurs critères pour de nombreux domaines universitaires.

Accueillir des étudiants étrangers aux mêmes conditions que nos enfants, et maintenir ces conditions à des seuils démocratiques : telles devraient être les priorités de nos autorités académiques et publiques. Si les universitaires doivent rendre des services à la société, c’est d’abord à ce niveau ; ensuite, en intervenant dans des débats publics. Pas en devenant les auxiliaires d’une gestion comptable. L’ouverture et la générosité sont aux racines de l’université, de même que l’apparente gratuité de ses recherches ; ce n’est qu’en préservant ces principes que des découvertes majeures continueront à surgir, dont la « rentabilité » n’apparaîtra que plus tard, éventuellement (et pas toujours là où on l’aurait cru). Pourquoi ? Parce que l’université sert à créer des précédents inattendus, à mettre en relation l’improbable pour susciter des big bangs imprévisibles. Pas à vendre des diplômes aux plus offrants pour permettre à l’État de se désengager.

 
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