Commission Publifin: la direction de Nethys payée via une «comptabilité parallèle»

La société AGM qui utilise le compte Nethys est basée à Alleur, la commune de Stéphane Moreau. © Belga
La société AGM qui utilise le compte Nethys est basée à Alleur, la commune de Stéphane Moreau. © Belga

La commission d’enquête sur Publifin a repris ses travaux ce jeudi matin à Namur. Les députés ont entendu Olivier Spirlet, responsable du département comptable. À ce titre, il exécute les paiements pour une douzaine de sociétés du groupe.

Un bon petit soldat

Le 21 juin 2013, le conseil d’administration de Publifin décidait de créer les comités de secteur qui allaient provoquer le scandale en raison des rémunérations exorbitantes de leurs membres. Le procès-verbal dit deux choses. Un : ces membres seront payés de la même manière que ceux du comité « gaz » préexistant. Deux : le comité de rémunérations précisera les modalités des émoluments. Cette deuxième formalité n’a jamais été remplie.

►Le nom de Nethys, synonyme d’honnêteté et de transparence

Olivier Spirlet ne s’en soucie pas. Gil Simon, le secrétaire général du groupe, lui dit de payer, et il paye. Le comptable en chef est un bon petit soldat : « Il ne m’appartient pas de valider les décisions du conseil d’administration, qui est un organe souverain. » Donc, il ne vérifie pas la légalité de ces rémunérations, ni l’existence de précisions sur les modalités de paiement. Les versements sont forfaitaires, et on corrigera plus tard, pense-t-il, si les versements ont été excessifs.

Un compte Nethys géré par une société extérieure

Mais le comptable dePublifin -Nethys a apporté un élément neuf aux députés, qui n’en sont toujours pas revenus. Chaque mois, sur ordre de Pol Heyse, le directeur financier, Olivier Spirlet effectue un versement de 300.000 euros sur un compte Nethys géré par une société extérieure AGM qui se charge de rétribuer les membres du comité de direction (Moreau, Bayer, Heyse, Simon…) et du conseil d’administration de Nethys.

En retour, le comptable du groupe reçoit les éléments agrégés relatifs à ce compte, sans donc le moindre détail sur les montants ou la destination des rémunérations et des factures couvertes par ces 300.000 euros. Selon lui, seul Pol Heyse détient les détails de la « vie » de ce compte.

Aucun contrôle

Echaudés par l’assignation en justice, les députés sont prudents, mais ils emploient le terme de « comptabilité parallèle ». Et lorsqu’ils demandent au témoin de qualifier ce mode de fonctionnement, il faut bien dire qu’il ne trouve pas d’alternative à cette expression. En d’autres termes, s’étonne la commission d’enquête, chaque mois chez Nethys, 300.000 euros d’argent public sont distribués sans aucune forme de contrôle. À noter toutefois que les opérations sont approuvées par le commissaire réviseur et n’ont fait jusqu’à présent l’objet d’aucun étonnement de la part de l’administration fiscale.

Détail intéressant : la société AGM qui utilise le compte Nethys en question est basée à Alleur, une des bourgades qui composent Ans, la commune de Stéphane Moreau. Elle a été créée par Diego Aquilina, administrateur indépendant chez Nethys, au même titre que Philippe Delaunoy et Pierre Meyers, que l’on retrouve également dans l’organigramme d’AGM…

Le rapport final de la commission d’enquête Publifin du parlement wallon devra être déposé pour le 6 juillet prochain, afin de tenir un débat en séance plénière le 12 juillet, a indiqué jeudi la présidente de la commission Olga Zrihen sur base d’une décision du bureau.

►Publifin : le rapport intermédiaire n’épargne personne

Poursuivez votre lecture sur ce(s) sujet(s) :Publifin|Comptabilité et vérification comptable|Namur (prov. de Namur)
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