Après les salaires et le temps de travail, l’impôt des sociétés…

Après les salaires et le temps de travail, l’impôt des sociétés…

Dans Le Soir du lundi 15 mai 2017, Pieter Timmermans y allait d’une petite leçon d’économie  : « le Tax shift, c’était pour réduire le coût du travail et augmenter le pouvoir d’achat des plus pauvres. Avec l’impôt des sociétés, c’est un autre canal : cela attire les investisseurs, cela invite les employeurs à investir, et ces investissements créent de l’emploi ». Pour le patron des patrons, le gouvernement ne doit dès lors plus tergiverser et « aller vers 24 % et si possible, plus bas ». Et qu’importe si le Tax shift n’est pas financé ou que l’Etat fédéral a du mal à boucler ses budgets. Il faudra faire des économies ailleurs : dans les soins de santé, l’éducation, ou les transports publics, par exemple. Il n’y a évidemment rien d’étonnant à ce que l’administrateur délégué de la FEB propose de mener une politique qui favorisera les propriétaires des entreprises localisées en Belgique. L’expérience récente lui a d’ailleurs démontré que le gouvernement prête une oreille attentive aux propositions des fédérations patronales. La loi sur le travail faisable et maniable, la loi dite de compétitivité ou le Tax shift ont tous trois été impulsés par le patronat. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’elle est mise en pratique par le gouvernement que la doctrine économique du patron de la FEB ne doit pas être questionnée.

Un vieux slogan

Recyclé une énième fois par Pieter Timmermans, le slogan de l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain », date de 1974. Ce n’est pas nouveau et la Belgique n’a pas attendu la Fédération des Entreprises de Belgique pour se montrer « attractive » pour les entreprises étrangères. Dès l’entre-deux-guerres, elle menait déjà des politiques fiscales « compétitives » pour attirer l’investissement des firmes automobiles américaines sur son territoire. Ces politiques économiques ont indéniablement contribué à ouvrir l’économie belge à l’internationale. Selon le CRISP par exemple, plus de 30 % de l’emploi privé en Wallonie est situé aujourd’hui dans des entreprises ou des groupes contrôlés par l’étranger.

Propos fallacieux

Par contre, les baisses des cotisations sociales ou des impôts induisent-elles nécessairement l’investissement des entreprises ? La réponse mérite d’être pour le moins nuancée. Depuis la loi de redressement économique du gouvernement Martens-Gol au début des années 1980, les politiques de compétitivité se sont succédé. Pourtant, la courbe de l’investissement en Belgique ne décolle pas. Ce n’est pas parce qu’on abaisse les cotisations ou les impôts que les entreprises se mettent à investir. Elles investissent quand la conjoncture économique le commande. En outre, et l’exemple récent des restructurations du secteur bancaire en Belgique le démontre à suffisance, ce n’est pas parce que les entreprises investissent qu’elles créent de l’emploi. Il arrive que l’investissement détruise l’emploi. L’aspect fallacieux des déclarations de Pieter Timmermans tient dans le déterminisme de sa pensée économique. L’emploi dans le secteur privé est en réalité avant tout créé par le carnet de commandes des entreprises. Rares sont les patrons qui embauchent des travailleurs en leur intimant l’ordre de paresser, même si les salaires et les cotisations qui y sont liés sont bas, même si la fiscalité sur l’entreprise est réduite.

Très chers emplois

Une question se pose dès lors, si ces propositions, qui reçoivent une oreille plus qu’attentive du gouvernement actuel, n’ont que peu de chance d’aboutir au résultat promis par le patron des patrons, à quoi servent-elles ?

Tout comme l’abaissement des cotisations sociales, le Tax shift, la réforme du marché du travail, la proposition de réforme de l’impôt des sociétés vise à transférer une nouvelle partie du revenu des travailleurs vers celui des propriétaires des entreprises. Depuis 1974, la part des revenus des propriétaires dans le PIB belge n’a cessé d’augmenter (+10 %) en Belgique comme dans les autres pays de l’OCDE. Et par un effet ciseaux, la part du travail (salariés et indépendants) diminue de manière tendancielle (- 10 %). Les gains des premiers constituent obligatoirement les pertes des seconds. C’est bien donc un partage différent du gâteau que recherche Pieter Timmermans, pas la création d’emplois. Si, par magie, des emplois sont créés par un allégement de l’impôt sur le bénéfice, ils auront coûté très cher à la collectivité. Pourquoi dès lors ne pas créer des emplois publics ? N’a-t-on pas besoin de puéricultrices, d’infirmières ou d’enseignants ?

 
 
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