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Des poivrons rouges pour de l’électricité... verte

A Rijkevorsel, près d’Anvers, un site de culture de poivrons rouges produit sa propre électricité, pour le plus grand plaisir d’EDF Luminus.

Chef du service Enquêtes Temps de lecture: 5 min

C’est une histoire de poivrons. De poivrons rouges même. Et, aussi bizarre que cela puisse paraître, ces poivrons contribuent à leur façon à la sécurité d’approvisionnement du pays. Rien de comparable à une centrale nucléaire, évidemment, mais les quatre maraîchers de Rijkevorsel, réunis sous l’enseigne « VGT » (pour « Verenigde Groentetuinders ») permettent tout de même d’alimenter l’équivalent de 8.000 ménages en électricité, verte de surcroît. Et vous connaissez la chanson des petits ruisseaux qui font les grandes rivières...

Dans les allées de cette serre surdimensionnée, les containers circulent tout seul. Numérotés, ils savent chacun où ils sont attendus. Une fois chargés (avec près de 300 kilos de poivrons), ils repartent vers la trieuse. Tout cela automatiquement. Il faut juste de la main d’œuvre pour cueillir les poivrons rouges. Et il y a 15 jours, cette récolte a été exceptionnelle : « 307 tonnes en une semaine », s’enthousiasme Koen Neyens, l’un des fondateurs de VGT, premier producteur de poivrons du pays. La moitié de ces poivrons filent directement vers la criée de Malines et sont vendus sur le marché belge, principalement sous le label Flandria. Les autres partent à l’exportation, majoritairement dans les pays voisins.

Libérer le gaz !

Mais un détail récurrent interpelle au milieu de ces rangées de poivrons. Au pied des plants, outre les conduits amenant l’eau et le fertilisant, on remarque de longs boudins en plastique, gonflés. « Si vous approchez votre main, vous sentirez qu’il y a un trou tous les 60 centimètres, pour libérer le gaz carbonique », explique Koen Neyens.

Pourquoi du gaz carbonique ? Pour la photosynthèse, pardi. Les plants de poivrons absorbent ce CO2 pour le transformer en oxygène. Mais la vraie bonne question est de savoir d’où vient ce gaz. Et c’est là que la chaîne devient intéressante.

Koen Neyens et ses trois complices, en créant ce site de 15 hectares en 2003, avaient un leitmotiv : faire de l’horticulture en serres de manière durable. Ils ont donc investi dans trois petites centrales de type « cogénération ». Nos maraîchers achètent du gaz, qu’ils brûlent dans leur cogénération (puissance totale de 5,2 MW). D’abord, la chaleur générée transforme l’eau en vapeur, qui actionne une turbine produisant de l’électricité. Puis un récupérateur de chaleur permet de faire sortir un flux d’eau chaude, alimentant le système de chauffage. Et le CO2 émis durant cette opération est récupéré, désinfecté, puis directement injecté dans les serres qui convertissent ce CO2 en oxygène.

Résultat : l’électricité produite est considérée comme verte. Et VGT bénéficie de subsides de la Région flamande.

7 millions de litres dans la chaudière

Mais ces subsides ne suffisent pas à rendre l’investissement rentable (3,5 millions d’euros pour la cogénération). L’autre astuce de VGT, c’est d’avoir construit une méga centrale d’eau chaude à côté de la cogénération ; au nord des serres, pour éviter tout ombrage inutile. Ce réservoir, sorte de chaudière géante, permet de stocker sept millions de litres d’eau chaude. Pour chauffer les serres, il n’est donc pas nécessaire de faire tourner les centrales en permanence, car l’immense réservoir d’eau bouillante offre une certaine marge de manœuvre.

Logiquement, VGT va donc faire tourner son installation quand le prix de l’électricité est le plus intéressant. Car si toute l’eau chaude générée sur le site file dans le circuit de chauffage, les maraîchers n’ont besoin que de 2 % de l’électricité qu’ils génèrent. Et l’excédent est à vendre, ce qui intéresse particulièrement les fournisseurs d’énergie actuels. Car, sur le réseau électrique, il faut un équilibre permanent entre l’offre (la quantité produite) et la demande (la consommation). Si un fournisseur (EDF Luminus par exemple) n’arrive pas à respecter cet équilibre au sein de son portefeuille de client, il est mis à l’amende par Elia, le gestionnaire de l’équilibre sur le réseau.

Donc il tente d’estimer au mieux la demande d’électricité de ses clients, tout comme la production de ses différents sites. Problème : la production éolienne est par exemple intermittente, et les prévisions des fournisseurs ne sont pas toujours exactes. La flexibilité offerte par la centrale des maraîchers est donc très intéressante pour EDF Luminus, avec qui VGT a conclu un accord.

Une « flexibilité » très tendance

Ce deal tient en trois points. Primo, VGT achète son gaz via EDF pour alimenter leur cogénération. Secundo, EDF Luminus peut lancer la centrale électrique de VGT à partir du moment où il reste de l’espace de stockage dans la chaudière du site de Rijkevorsel. Ceci permet à EDF d’ajuster à tout moment son parc de production pour s’approcher au maximum du fameux équilibre de son portefeuille. Enfin, EDF Luminus met également une plate-forme informatique à disposition de l’autoproducteur. Via cette plate-forme, VGT peut donc devenir trader sur la Bourse de l’électricité et vendre son surplus lorsque celui-ci n’intéresse pas EDF. Et tout le monde est gagnant.

En Belgique, le groupe EDF Luminus a déjà conclu une centaine d’accords de ce genre avec des autoproducteurs, pour un potentiel maximal de 270 MW (plus de la moitié de la capacité de Doel 1). Dans une nouvelle ère énergétique où « flexibilité » s’impose comme un maitre-mot, nul doute que ce type de contrats ne va faire qu’augmenter...

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