La première dame, une présence subtile

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Charles Michel et Amélie Derbaudrenghien allant voter ensemble aux élections législatives de 2014. © Photo News
Charles Michel et Amélie Derbaudrenghien allant voter ensemble aux élections législatives de 2014. © Photo News - photonews.

Ce 25 mai, Donald Trump vaquera à ses occupations présidentielles sur le sol belge. Melania, son épouse, visitera notamment le Musée René Magritte et la maroquinerie Delvaux avec la compagne de Charles Michel, avant d’être reçue au Palais par la Reine. Un programme, donc, où Mathilde et Amélie Derbaudrenghien se partagent les rôles afin d’offrir une image avenante de la Belgique. Ce qui amène à s’interroger sur le rôle prévu pour chacune d’elles par nos institutions.

« Pour la femme du Premier ministre, c’est très simple, tranche Marc Verdussen, professeur de Droit constitutionnel à l’UCL. Il n’y a rien de prévu dans la Constitution ni en dehors ». Un silence juridique, constitutionnel, que confirme Vincent Dujardin, professeur d’Histoire contemporaine à l’UCL. Et par tradition, celle-ci a toujours tenu un rôle fort effacé. « Dans notre pays, il n’a jamais été de tradition de mettre en avant l’épouse et la famille du Premier ministre, pour des souhaits de discrétion bien légitimes », complète le constitutionnaliste Christian Behrendt (ULg). « On n’a d’ailleurs pas d’exemples significatifs d’un rôle joué par l’épouse du Premier ministre, ponctue le politologue Pierre Vercauteren (UCL Mons). Cela ne s’est jamais vu en Belgique. »

Pour l’épouse du Roi, il en est autrement. Certes on trouve peu de traces de la Reine dans la Constitution. « Elle n’a pas de rôle spécifiquement reconnu dans la Constitution, si ce n’est un texte de 2013 qui prévoit qu’en cas de décès du Roi, la reine peut bénéficier d’une dotation », rappelle Marc Verdussen. « La Constitution est muette sur son rôle politique, ce qui est logique puisqu’elle n’en a pas », complète Vincent Dujardin. « Elle doit éviter des rendez-vous de type politique sans la présence du Roi, confirme Christian Behrendt. Elle ne dispose pas de prérogatives propres. »

Un rôle coutumier

« Par contre, la coutume nous donne certaines indications, poursuit l’historien de l’UCL. La Reine n’assure que des tâches de représentation qui complètent celles du Roi, dans les domaines caritatif, social, culturel ». « La Reine joue avant tout un rôle social et protocolaire, résume Pierre Vercauteren. On est un peu dans une situation proche de la first lady américaine et de la première dame française ». À ceci près que ces « résidentes » de la république disposent d’un peu plus de liberté. Ainsi on se souvient qu’Hilary Clinton fut une épouse très impliquée dans les choix politiques de son président de mari. Quant à Cécilia Sarkozy, sa courte présence aux côtés de Nicolas à l’Elysée lui permit de jouer un rôle dans la libération des infirmières bulgares détenues en Libye. « Une telle situation aurait été impensable aujourd’hui dans le chef d’une Reine des Belges », insiste Vincent Dujardin.

À côté de cela, l’épouse du Roi peut également jouer un rôle de diplomatie économique. On se souvient du soutien apporté par la reine Mathilde au secteur belge de la mode, lors d’une visite à Hong Kong. Une démarche qui varie selon les centres d’intérêt de l’épouse du souverain. Et les époques. Signe des temps, d’ailleurs, Nicolas Sarkozy fut le premier président à entrer à l’Elysée en ayant déjà divorcé, tandis que François Hollande, lui, n’était pas marié.

Mais les temps changent également dans d’autres directions. Et avec la modification de la loi salique (1991), la Belgique verra sans doute une reine succéder au roi Philippe. Avec cette question nouvelle : quel sera le rôle de l’époux de la Reine ?

Amélie Derbaudrenghien, la discrète compagne de Charles Michel

Par Ann-Charlotte Bersipont

Charles Michel et Amélie Derbaudrenghien sur le chemin de l’isoloir, à l’occasion des élections législatives de 2014. © Photo News
Charles Michel et Amélie Derbaudrenghien sur le chemin de l’isoloir, à l’occasion des élections législatives de 2014. © Photo News - photonews.

Elle risque d’être sous le feu des projecteurs dans les prochains jours : Amélie Derbaudrenghien, la compagne de Charles Michel, accompagnera Melania Trump, l’épouse du président américain, pendant son séjour à Bruxelles à l’occasion du sommet de l’Otan.

Ce n’est pourtant pas son habitude d’être sur le devant de la scène : la trentenaire est de nature discrète. On peut compter ses apparitions publiques officielles avec le Premier ministre sur les doigts d’une main. Par exemple : en 2015, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Barack Obama avait lancé une allusion à sa grossesse, à l’occasion de la prise d’une photo officielle : « Je pense que nous sommes cinq sur la photo. »

Vu le rôle qu’elle va endosser cette semaine, la tentation est grande de la qualifier de « first lady » belge. Grave erreur ! Amélie Derbaudrenghien n’apprécie pas qu’on l’appelle comme ça, et le Premier ministre encore moins. Le couple a toujours voulu préserver sa vie privée. La Tournaisienne d’origine n’accepte jamais d’interview dans la presse. Et Charles Michel a toujours été très discret sur le sujet, se limitant à annoncer la naissance de leur fille Jeanne, en janvier 2016.

Une fibre internationale

Les deux libéraux se sont rencontrés lorsque Charles Michel est devenu ministre de la Coopération au développement en 2007. Amélie Derbaudrenghien est issue de l’administration : fille d’enseignants, elle a travaillé pour la Coopération technique belge (l’agence de développement), jusqu’à ce que sa direction propose sa candidature pour rejoindre le cabinet d’Armand De Decker (en poste à la Coopération de 2004 à 2007). «  Elle a une fibre très internationale. Elle a effectué plusieurs missions au Cambodge, au Brésil et a étudié en Angleterre. Elle parle portugais, anglais, néerlandais et français », explique-t-on dans l’entourage du Premier.

Cette diplômée en sciences politiques et en relations internationales travaille aujourd’hui au cabinet de la ministre du Budget Sophie Wilmès. Cette dernière ne tarit pas d’éloges sur son travail : « C’est quelqu’un de sympa et d’intelligent, avec le contact facile. Elle arrive aussi à combiner sa vie privée et sa vie professionnelle. Quand les réunions sont tardives, on voit souvent sa fille Jeanne au cabinet, elle fait l’aller-retour jusqu’à la crèche pour terminer ses réunions. »

Le député Richard Miller renchérit : « Je n’ai jamais entendu une critique négative sur Amélie. Il arrive souvent que les collaborateurs se méfient de l’épouse du chef. Ce n’est pas du tout le cas avec elle. » Sophie Wilmès la qualifie d’« indépendante » et son prédécesseur au Budget, Hervé Jamar, assure que dans le quotidien du cabinet, « on oubliait presque qu’elle était la compagne de Charles Michel ».

Le seul défaut qu’on parvient à connaître est l’impatience. Melania Trump devrait être dans de bonnes mains !

 
 
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