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Donald Trump, comme vous ne l’avez pas vu

Le président américain a passé 30 heures en Belgique. Au pas de charge. Mais quelle impression a laissé le président américain à ses interlocuteurs ? Voici les coulisses de son voyage.

Décodage - Temps de lecture: 6 min

Donald Trump a passé 30 heures en Belgique. Au pas de charge. D’un interlocuteur à l’autre. D’un Palais royal à un QG militaire, en passant par une lanterne de verre européenne. Mais quelle impression a laissé le président américain à ses interlocuteurs ? Comment se livre-t-il à l’exercice politique ? Entrons dans les coulisses d’une visite VVIP. Pour découvrir, avec plusieurs témoins privilégiés, Trump en cinq facettes.

1.

Tel qu’en lui-même

« Tel que vous l’avez vu entrer en réunion, il reste durant l’entretien, nous glisse l’un de ses interlocuteurs. Il ne change pas. Il est très décontracté, cordial, prenant le temps. » « Pas du tout crispé, ajoute un autre, content d’être là, s’intéressant à ses interlocuteurs, au pays. » Autrement dit : il n’y a pas le Trump côté cour et le Trump côté jardin.

Alors quand il a envie d’un chocolat, il se sert : « Il en a mangé plusieurs, disant “ce sont les meilleurs”, et a passé l’assiette à ses collègues à plusieurs reprises. » Tellement lui-même qu’il s’épanche sur Twitter ? Même pas ! Voilà qui rassurera le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui n’a voulu donner que ce commentaire sur le président : « J’espère qu’après notre rencontre, il n’a pas envoyé un tweet à mon sujet ! »

Il est vrai que Donald Trump a soigné son image durant sa visite : si certains somnolent durant une réunion, épuisés par le voyage et le décalage horaire, lui « veille à avoir une allure très dynamique ».

2.

Très direct

Le Premier ministre Charles Michel a lui-même qualifié leurs échanges de « directs, sans tabou. » D’autres confirment : « Il est très direct, n’hésitant pas à interrompre. » « Il ne fait que des phrases très courtes et utilise des mots très simples. C’est parfois ce qu’on lui reproche, mais c’est très efficace. » Même s’il donne parfois l’impression de « voir le monde en noir et blanc ». En fait, résume une source privilégiée, « c’est un animal politique, qui marche à l’instinct, à l’intuition. »

Une réunion sans tabou entre les équipes Trump et Michel

Mais tout cela « sans hostilité ni arrogance  : Donald Trump était dans un mode positif ; il n’est pas venu avec un message négatif. » « Il était assez humble, confirme-t-on ailleurs. Pas surexcité ou méprisant comme il semble parfois. » Finies, donc, les expressions « Otan obsolète » (l’organisation ne s’occupe-t-elle pas désormais de terrorisme, comme il le voulait ?), « vieille Europe » (il confirme au contraire l’importance du partenariat avec les Européens) et « Bruxelles trou à rats » (« Il s’est montré enthousiaste sur notre pays », dixit Charles Michel).

Direct, Donald Trump l’est pour acter les points d’accord comme de désaccord. Mais « il se montre ouvert » pour aborder les divergences. « On peut avoir un dialogue. Sur certains dossiers, il n’avait pas toutes les infos ou seulement un certain type d’infos, et quand il entend un autre son de cloche, il est réceptif. » Ainsi, « sur le TTIP, il avait dit : poubelle ! Mais quand on lui propose pragmatiquement de stabiliser les points d’accord et de voir comment faire sur les désaccords, il accepte ». Quant au climat, il n’a plus répété sa volonté de sortir de l’accord de Paris, tout en estimant qu’il « lèse les Etats-Unis par rapport à des pays comme la Chine ».

Climat: Trump à deux doigts de quitter l’accord de Paris

3.

Sans notes

C’est sans document ni note que Donald Trump aborde les différents dossiers avec ses hôtes. « Il parle de manière spontanée, interactive, pas avec des fiches. » Des fiches, les Belges lui en ont par contre fourni pour lui présenter la Belgique en quelques chiffres : investissements et emplois belges aux Etats-Unis, importations américaines en Belgique… « Donald Trump n’avait aucune idée du poids économique de la Belgique et encore moins de ce que le pays représente pour le commerce avec les Etats-Unis », nous glisse-t-on. Alors on lui a présenté la chose de manière très visuelle. Mais le président n’y a apporté qu’une vague attention…

On sent d’ailleurs que certains sujets l’intéressent plus que d’autres. « Il a quelques thèmes en tête, terrorisme, climat, réfugiés. Il s’en tient à son discours et n’en sort pas. » « Il y a des sujets sur lesquels il est délibérément superficiel. » Ainsi, sur l’Europe, pas de grand commentaire de sa part : il écoute les positions belges et l’ambition de « profiter du momentum pour prendre des décisions importantes en matière de sécurité, de migration et de développement économique » – Charles Michel parvenant même à placer la devise du gouvernement : « jobs, jobs, jobs » –, mais n’embraie guère. Si ce n’est pour rappeler qu’à la veille du référendum, il avait prédit le Brexit ; et « s’étonner, qu’à l’époque, la presse ne l’ait pas rappelé ! »

Et quand les sujets qui fâchent viennent sur la table, comme la Russie, pas de malaise : Donald Trump n’aborde tout simplement pas le volet le plus délicat (la collusion potentielle entre son équipe et les Russes).

4.

Message unique

Donald Trump ne se disperse pas. Il aborde un dossier en ciblant une priorité. « Son message principal concernant l’Otan, explique ainsi le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders, c’est qu’il pense que les Etats-Unis supportent une charge trop importante et que les Européens doivent prendre une part plus forte. »

L’Otan s’apprête à intégrer pleinement la coalition contre Daesh

Une manière de procéder qui est apparemment une marque de fabrique. « C’est sa technique  : il dit le point sur lequel, selon lui, il faut vraiment faire quelque chose ; pour le reste, on peut discuter. » En fait, ajoute un autre interlocuteur privilégié, « si on fait des théories, ça ne marche pas. » Il faut des éléments concrets.

5.

En businessman

Donald Trump est avant tout un homme d’affaires. C’est en businessman qu’il fait de la politique. « Il utilise des termes du monde des affaires, comme projet, résultats. Par exemple, il a dit « England has decided not to remain in the EU and I knew it, but I still think Europe is a good project ». » Didier Reynders nous avait aussi décrit, en janvier, ce côté « dealmaker ». Et c’est l’impression qu’il a laissée à Bruxelles : « Il vient avec un message : vous devez faire ceci, comme sur l’Otan ; si vous le faites, on peut poursuivre. »

Alors, même quand on a le sentiment qu’il dit tout et son contraire, ce ne serait que « le droit à l’échec du businessman : ce sont des essais-erreurs : il essaie quelque chose et, si ça marche, tant mieux ; sinon, il essaie autre chose. »

Donald Trump se sert d’ailleurs de son expérience professionnelle pour expliquer la politique. « Il fait beaucoup référence à son parcours personnel. Il explique par exemple le fonctionnement de l’Europe sur la base des difficultés qu’il a eues à faire des affaires en Irlande. » Une autre source détaille : « A chaque fois qu’on parle d’un pays, il se souvient des affaires qu’il y a faites. L ’Ecosse ? Il a raconté qu’il y avait ouvert un club. L’Irlande ? Il a dit qu’il lui a fallu deux ans et demi pour obtenir une licence et que cela ne lui a pas donné une très bonne image de l’Union européenne. On sent qu’il veut un système où tout peut se réaliser très vite et sans formalités. »

Mais ne demandez pas à Emmanuel Macron son impression de l’homme : « Je ne fais pas de portrait psychologique », sourit-il. Tout est dit ?

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