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Basta le populisme? Le plus dur reste à faire

La défaite du populisme ne se réduit pas à l’échec de quelques leaders à la parole caricaturale.

Édito - Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

I l y a de l’optimisme désormais. Le populisme a amorcé un recul. » Le jeune et brillant metteur en scène suisse qui faisait ce commentaire récemment, pourtant très politisé, très à gauche et très sceptique, s’en référait au libéral Emmanuel Macron, à sa victoire contre Marine Le Pen, son audace chamboule-tout et son flirt européen avec Angela Merkel.

Macron, la chance de l’Europe

Il n’a pas tort : alors qu’il y a quelques mois, l’horizon électoral européen semblait durablement bouché par des nuages noirs, on respire mieux depuis la victoire de leaders démocrates en Autriche, aux Pays-Bas et en France face à leurs adversaires populistes et extrémistes. La fatalité populiste aurait donc été vaincue ?

C’est quoi un «bon» populisme?

Attention, grave danger ! Car c’est aujourd’hui et demain, pied à pied, que la véritable bagarre doit être livrée. La défaite du populisme ne se réduit pas à l’échec de quelques leaders à la parole caricaturale et au charisme pour foules en colère ou en perte de repères. Ce ne sont pas les partis qui portent ces idées qu’il faut circonvenir, mais ce sont les citoyens qui doutent, qui sont frustrés qu’il faut rassurer, convaincre.

Il va falloir d’abord que les partis et la classe politique soient convaincus du travail de fond à accomplir, persuadés qu’il ne s’agit pas de continuer à jouer aux petits jeux, à faire semblant de prendre des mesures, à dire une chose pour en faire une autre.

Ce sont les citoyens qui doutent, qui sont frustrés qu’il faut rassurer, convaincre.

Il va falloir agir, poser des actes, pratiquer la politique par solutions. Les « gens » ont besoin de sentir concrètement qu’on répond à leurs soucis quotidiens et qu’on leur donne des pistes où marcher vers l’avenir. On l’a dit tant de fois mais les projets sont cruciaux, encore mieux s’ils sont portés par des coalitions de « braves » allant au-delà des partis. Regardez la force portée par ce rapport « Publifin », où cinq hommes et femme politiques donnent le sentiment soudain apaisant, d’être guidés par des convictions, en assumant la prise de risque personnelle.

Comment traiter le populisme à la racine?

Il va falloir rééquilibrer les politiques menées entre avenir et racines, entre numérique et savoir-faire du geste, entre global et local, entre prospérité et équité. C’est la clé : trouver le moyen, comme le disait cette semaine à Bruxelles le politologue Raphaël Glucksmann, de « refaire peuple », en ressoudant cette fracture qui ne sépare pas tant jeunes et vieux, hommes et femmes que deux groupes sociaux – ceux qui pensent avoir de l’avenir dans le monde qui vient et ceux qui n’y croient plus et se sentent méprisés, humiliés, largués. C’est cela qui lézarde nos démocraties.

Cela nous concerne aussi nous, les citoyens, qui devons rencontrer «l’autre», comme le dit l’écrivaine Caroline Lamarche à propos des habitants des zones désertées par l’emploi et l’investissement, avec « le souci du lieu où on est et des gens qui nous entourent ».

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