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Comment en finir avec le smartphone au volant

Conduire avec son téléphone à la main multiplie par 23 le risque d’accident. L’avenir de la lutte contre le portable en roulant passe par des logiciels qui déconnectent l’automobiliste.

Décodage - Journaliste au service Economie Temps de lecture: 4 min

S auf si son véhicule est à l’arrêt ou en stationnement, le conducteur ne peut faire usage d’un téléphone portable en le tenant en main. » L’article 8.4 du code de la route, d’application depuis près de 20 ans, est bien clair. Pourtant, chaque année, la police dresse 100.000 procès-verbaux pour infraction à cette règle, avec 110 euros d’amende à la clé. Une jolie recette annuelle de 11 millions d’euros pour l’Etat mais une sérieuse préoccupation pour la sécurité routière…

L’effet du téléphone au volant équivaut à l’ingestion de 4 bières

« Quand un conducteur envoie un message avec son smartphone tout en roulant, il multiplie ses risques d’accident par 23, explique Benoît Godart, porte-parole de l’Institut belge pour la sécurité routière (IBSR). L’usage du téléphone au volant provoque une surcharge mentale. D’ailleurs, quand il reçoit un coup de fil et porte son portable à l’oreille, l’automobiliste freine assez brusquement car, instinctivement, il sent qu’il ne peut pas à la fois téléphoner et conduire. Généralement, il diminue sa vitesse et souffre d’une “cécité d’inattention”  : il fixe un point à l’horizon mais ne voit plus ce qui se passe sur les côtés. Il perd sa trajectoire rectiligne et se met presque à zigzaguer. En outre, il présente un temps de réaction en hausse. Logique : l’effet du téléphone au volant équivaut à l’ingestion de 4 bières. C’est très dangereux. »

Danger, même avec car kit

Non prohibées par la loi, les communications via un système sans fil intégré à l’auto ont elles aussi un effet sur la conduite. « Nous avons effectué un test avec une quarantaine de conducteurs cobayes. Ceux qui téléphonaient au volant regardaient nettement moins les signaux routiers (– 44 %) et les autres véhicules (– 28 %), ainsi que dans leurs rétroviseurs. Ils avaient également tendance à davantage rouler sur la bande du milieu. Donc, même avec un kit mains libres, l’idéal est d’expliquer à son interlocuteur qu’on est en train de conduire et de mettre fin le plus rapidement possible à la communication. »

Mais, comme on l’a dit, la mauvaise habitude du smartphone derrière le volant persiste. Conscients du problème, des acteurs de l’automobile et de l’internet mobile ont développé des solutions contre ce fléau moderne. C’est notamment le cas de la start-up bruxelloise Freeedrive avec son appli éponyme destinée principalement aux flottes de véhicules d’entreprise. « En envoyant des messages d’avertissement désagréables sur l’écran, elle vise non pas à empêcher mais à décourager l’utilisation du smartphone en conduisant, explique Jan-Pieter Cootjans, un des fondateurs de Freeedrive. Notre but, c’est que les gens prennent l’habitude de lâcher leur téléphone dès qu’ils s’installent au volant, tout comme ils ont le réflexe de boucler leur ceinture. »

Journées mondiales sans smartphone: un défi impossible?

« Je roule, rappelez-moi plus tard »

Dans le même esprit mais tourné vers le grand public, Samsung, numéro 1 du smartphone en Belgique, propose l’application « In Traffic Reply ». Elle repère que l’automobiliste roule et peut envoyer automatiquement une réponse aux personnes qui tentent de le joindre par la voix ou par le texte. « Nous voulons alerter nos utilisateurs des dangers de l’utilisation d’un smartphone dans le trafic. Nous sommes conscients que toute inattention en voiture, ou à vélo, peut provoquer des situations dangereuses. Il nous tient à cœur que les personnes utilisant nos produits soient au courant et conscient des risques », explique Serge Vandriessche, directeur Mobile chez Samsung Belgium.

L’IBSR applaudit : « La répression a montré ses limites. Ce sont les logiciels qui constituent l’avenir de la lutte contre le téléphone au volant. » Une lutte qui est tout aussi bénéfique pour la mobilité en ville : un conducteur qui tapote sur son smartphone a tendance à démarrer moins vite quand le feu passe au vert. Du coup, par cycle de feux, moins de véhicules franchissent les carrefours. Et ça bouchonne. Ou quand le coup de fil rallonge les files…

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