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Trump, bouc-émissaire de la campagne électorale allemande

Les critiques de Merkel contre Donald Trump obtiennent le soutien de la classe politique allemande. En pleine campagne électorale, les partis appellent à s’opposer au « grand frère américain ».

De notre correspondant - Temps de lecture: 4 min

Depuis que la chancelière a appelé les Européens à prendre leur destin en main, l’Allemagne est en ébullition. « L’époque où l’on pouvait entièrement compter sur les autres s’éloigne. Je l’ai compris ces derniers jours », a déclaré dimanche soir Angela Merkel déclenchant une avalanche de réactions en Allemagne.

Merkel ne peut plus compter sur les autres, encore moins sur Trump

En pleine campagne électorale, pratiquement tous les partis politiques s’en prennent désormais au président américain. Pour l’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, le moment est venu de « tout faire pour stopper Trump ». « L’Europe est notre meilleur rempart », a ajouté, lundi soir, le chef du Parti social-démocrate (SPD) et candidat à la chancellerie lors d’un meeting.

Les Américains se sont mis hors-jeu tous seuls

Sigmar Gabriel, le ministre social-démocrate des Affaires étrangères et vice-chancelier, n’a pas hésité à remettre en cause le leadership mondial des Américains : « Il ne s’agit plus de la nation la plus importante dans le monde. (…) L’Occident s’est affaibli ». « Le signal de la chancelière tombe à pic. Il faut saisir cette chance de réfléchir à la puissance de l’Europe », a ajouté Jürgen Hardt, porte-parole du groupe parlementaire du Parti chrétien-démocrate (CDU) concernant les relations transatlantiques.

Dans les milieux économiques, on défend également la ligne de la chancelière. « Les Américains se sont mis hors-jeu tous seuls », a critiqué Dieter Kempf, le président de la puissante Fédération de l’industrie allemande (BDI). « Le protectionnisme américain touchera l’Allemagne plus durement que les autres Européens. Cela dit, l’Amérique est aussi dépendante économiquement de l’Allemagne. Donald Trump y réfléchira donc à deux fois avant de prendre des mesures », analyse Ferdinand Fichtner, directeur des études conjoncturelles à l’Institut de recherches économiques de Berlin (DIW).

Récupérer des votes

A l’approche des élections législatives du 24 septembre, cette levée de boucliers n’est pas sans arrière-pensée politique. « En Allemagne, il n’est pas inhabituel d’adopter une posture anti-américaine lors d’un scrutin fédéral. Derrière des positions fermes, Angela Merkel cherche en réalité à récupérer des votes, notamment auprès des électeurs d’extrême-droite », analyse Joerg Forbrig, spécialiste des relations transatlantiques au German Marshall Fund (GMF), un « think tank » public allemand.

En 2002, l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder avait pris position contre George W. Bush et la guerre en Irak, en partie pour des raisons électorales. Aujourd’hui, plus de 80 % des Allemands disent avoir une mauvaise opinion de Donald Trump

Néanmoins, les relations ont changé entre les deux puissances économiques. « L’alliance transatlantique qui ne faisait pas de doute en 2002 n’est plus une évidence. Les Allemands ne font plus confiance aux Etats-Unis. Ce n’est plus un partenaire fiable. La critique de Merkel constitue pour cette raison une vraie césure », estime Hans-Georg Ehrhart, expert en sécurité à l’Institut pour la recherche sur la paix et la politique de sécurité à Hambourg (IFSH). « Il faut maintenant en tirer des conséquences. Or, personne ne peut dire pour l’instant comment s’organisera la Défense allemande de demain sans les Etats-Unis », ajoute-t-il.

Donald Trump aura surtout permis de mettre le débat de l’émancipation de l’Allemagne – et de l’Europe – sur la place publique.« Ce n’est pas le premier président américain à avoir réclamé plus d’autonomie aux Européens. Barack Obama l’a déjà fait. Mais sur un autre ton », constate Joerg Forbrig du GMF. « Par ailleurs, que l’Allemagne doive assumer plus de responsabilité en Europe, cette revendication existe déjà depuis des années », ajoute-t-il.

Enfin, l’élection d’Emmanuel Macron en France et la réélection probable de Merkel en septembre ont changé la donne. « Les Européens ont retrouvé confiance en eux. C’est une chance extraordinaire pour relancer la construction européenne. », ajoute Joerg Forbrig. Bien qu’elle reste « foncièrement attachée » aux relations transatlantiques, la chancelière devrait donc braver les revendications du président américain au prochain G20, prévu en juillet à Hambourg, et transformer ce rendez-vous en plaidoyer du libre-échange et de la protection du climat.

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