Dans les coulisses inspirantes des conférences TED…

Qui a dit que les conférences étaient ennuyeuses ? Depuis une dizaine d’années, leur version TED déclenche l’enthousiasme dans le monde entier, y compris en Belgique. Certaines décrochent même des millions de vues sur YouTube. Mais qu’ont-elles donc de spécial ?

Les conférences TED (acronyme de Technology, Entertainment and Design) sont nées aux Etats-Unis en… 1984 ! Les débuts sont lents et les conférences n’ont lieu qu’annuellement à Monterrey en Californie. L’idée de base est déjà la même : mettre en avant des idées qui méritent d’être partagées.

La reprise en main de cette organisation sans but lucratif en 2001 par l’ancien journaliste Chris Anderson signe le début de son immense popularité mondiale : les conférences sortent des Etats-Unis et commencent à être diffusées sur le Web via vidéos et podcasts. En 2008, l’expansion continue puisque la société mère se décide à octroyer des licences à des organisateurs locaux. Ces conférences sous licence se reconnaissent au petit “x” accolé à TED. En Belgique, Bruxelles, Liège, Gand et Anvers organisent des conférences TEDx. En 8 ans, 8 000 événements ont été organisés dans le monde entier, soit environ 60 000 interventions d’orateurs. Sans compter les milliards de vues sur une chaîne YouTube dédiée. Impressionnant !

 

Des interventions minutées et sans notes
Les conférences TED ou TEDx ont un modèle qui détonne dans le monde, bien huilé, des conférenciers. Ici, les orateurs qui, dans certains circuits, peuvent parfois décrocher un cachet de plusieurs centaines de milliers d’euros, viennent parler gratuitement ! Seuls leurs frais de déplacement et d’hébergement sont pris en charge. Ensuite, le format est implacable. L’intervention dure 12 minutes et pas une de plus. L’orateur n’a droit à aucune note, juste un support audiovisuel. Et il n’y a pas de session de questions-réponses par la suite, juste des échanges informels lors des pauses.
“Une seule chose compte : l’idée maîtresse de l’orateur, explique Rudy Aernoudt, Chief Economist à la Commission européenne et curateur des TEDx Brussels. Il faut venir avec du concret. Dès la première minute, le public doit savoir de quoi on va lui parler. Il faut le tenir en haleine, le passionner et le convaincre d’être attentif jusqu’au bout. La conclusion doit le pousser à se demander ce qu’il va faire avec cette idée. Le but est vraiment que les gens sortent de nos conférences avec mille idées dans la tête et avoir envie d’y réfléchir ou de les mettre en pratique.”

Organisées à Bozar, les conférences TEDx Brussels font salle comble chaque année, au point que les réservations s’arrêtent plusieurs mois avant l’événement. Chaque année, 15 orateurs viennent exposer leur idée sur un thème bien précis. “Je les programme par blocs de cinq, poursuit celui qui est aussi professeur de corporate finance à l’université de Gand. Chaque bloc se termine par une performance artistique (de la danse, du chant, etc.) en rapport avec le thème. S’ensuit une longue pause de 45 minutes qui permet au public et aux orateurs d’échanger autour d’un verre. Cette année aussi, grâce à du sponsoring, nous avons retransmis gratuitement la conférence dans une salle où étaient rassemblés des étudiants issus de toutes les universités belges.”

 

Une visibilité hors-norme    
Même s’ils ne sont pas payés, les orateurs se pressent pour participer à de telles conférences. La visibilité qu’elles offrent est incomparable. Chaque intervention est retransmise en direct sur le site internet des Ted Talks et aussi partagée sur la chaîne YouTube dédiée. Pour autant, les personnes les plus connues ne sont pas forcément celles qui font un tabac. Si l’intervention de Stromae à Bruxelles en 2010 a engendré un million de vues, celle d’une autre Belge approche, elle, les dix millions de vues. Elle s’appelle Pattie Maes et est professeur au MIT Media Lab à Boston, spécialisée dans l’intelligence artificielle.

 “Et pourtant, si vous demandez aux gens dans la rue, personne ne la connaît, poursuit Rudy Aernoudt. Lors de sa venue en mars à Bruxelles, nous avons reçu des demandes d’interviews de 14 journalistes suite à cette vidéo. Les gens les plus connus ne font pas les meilleurs orateurs. Quand je lance un thème, je reçois des e-mails de personnes dont le C.V. fait parfois 20 pages. Quand je leur demande, dans ma réponse, de m’expliquer leur idée en cinq lignes, ils sont souvent aux abonnés absents… Je dis toujours à mes orateurs : si vous n’êtes pas capable d’expliquer votre idée en 12 minutes, c’est que ce n’est pas une bonne idée. Il ne faut pas raconter toute l’histoire, mais juste une partie. Celle qui va interpeller ou être révolutionnaire. Toutes les interventions ont l’air spontanées mais il y a beaucoup de travail derrière. Tout est minuté, enregistré et retransmis en direct. Nous offrons des coaches pour qui le désire. La veille de l’événement, nous faisons une répétition générale. Parfois, le curateur que je suis se rend compte que cela ne va pas et il faut dire à l’orateur que ce ne sera pas pour cette année.”

 

Liberté de choix    
Organiser un tel événement sous licence suppose de se conformer à certaines obligations qui garantissent une uniformité dans la forme et le contenu des interventions. Il existe même un guide officiel qui aide les orateurs à bien se préparer. Mais pour le reste, les organisateurs locaux sont libres de définir les thèmes et d’inviter qui bon leur semble.

“Pour l’année prochaine, j’envisage un thème qui pourrait s’intituler “Vers les nouveaux mondes”, annonce Rudy Aernoudt. à partir de là, nous réfléchissons aux déclinaisons possibles comme l’espace ou la santé. Qui pourrait venir faire bouger les choses sur le sujet ? Je fréquente des événements ou des conférences. Je m’adresse aux universités où des gens peu connus ont parfois des idées révolutionnaires. J’ai été passionné dernièrement par une intervention d’un directeur de l’Institut Planck sur la physique des plasmas. Ce n’est pas un sujet simple mais il était remarquablement vulgarisé. C’est aussi une notion importante des conférences TEdx. Elles doivent être accessibles au plus grand nombre. Tout le monde n’est pas capable de cela. Les orateurs viennent parler de leur idée, pas de leur entreprise ou institut et pas d’eux-mêmes non plus. C’est fondamental. Pour cette raison, je refuse systématiquement les consultants. Ma seule autre exclusive ? Les politiciens…

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