Vente Man & Beast de Sotheby’s: Picasso au zénith

Lot 46. La meilleure enchère de toute la vente a été posée pour cette aquarelle de 1933, vendue 372.500 dollars. © D.R.
Lot 46. La meilleure enchère de toute la vente a été posée pour cette aquarelle de 1933, vendue 372.500 dollars. © D.R.

Une white glove sale. C’est ainsi que, traditionnellement et de façon assez élégante, sont qualifiées dans les pays anglo-saxons les ventes aux enchères où aucun lot ne reste sur le carreau.

Le 18 mai à New York, deux jours seulement après avoir obtenu un chiffre d’affaires de 173,8 millions de dollars dans sa grande vente du soir d’art impressionniste et moderne, Sotheby’s en a fait l’expérience lors de la dispersion de cent onze céramiques et œuvres sur papier de Pablo Picasso. Provenant de l’une des petites-filles de l’artiste, Marina Picasso, elles ont toutes trouvé preneur, pour un montant total de 10,3 millions de dollars, soit plus du double de l’estimation haute (4,6 millions de dollars). Il s’agit peut-être d’une étape supplémentaire dans la dispersion d’un héritage aussi exceptionnel qu’apparemment assez encombrant sur le plan affectif.

Une relation de confiance

Au début de l’année 2015, Marina Picasso avait en effet jeté un pavé dans la mare en annonçant vouloir se délester prochainement d’une bonne partie des œuvres qu’elle avait héritées de son illustre grand-père. Histoire de couper davantage les ponts avec cet homme qui ne lui avait apparemment jamais véritablement témoigné d’amour durant son enfance. « Je respecte mon grand-père et sa stature en tant qu’artiste. J’étais sa petite-fille et son héritière, mais jamais la petite-fille de son cœur », avait-elle notamment déclaré au New York Times.

À son décès en 1973, Pablo Picasso avait laissé derrière lui un nombre gigantesque (environ 50.000) de créations en tous genres, dont 10.000 furent attribuées à Marina Picasso (après d’âpres luttes entre les nombreux héritiers). Quarante ans plus tard à Paris, c’est-à-dire en juin 2014, cette dernière avait confié deux premiers tableaux à Sotheby’s afin de financer diverses activités caritatives au Vietnam et en France. Non sans un certain succès, puisque leur vente avait généré un chiffre d’affaires de pratiquement 6 millions d’euros. Au printemps de l’année suivante, en plein Salon international du dessin de Paris, le lien privilégié entre Sotheby’s et l’héritière du célèbre « Minotaure » s’était encore renforcé à l’occasion d’une exposition intitulée « Picasso et le nu ».

Second round

Environ deux mois après cet événement, lors de l’Impressionist & Modern Day Sale du 25 juin 2015, Sotheby’s réalisa une belle performance à Londres en obtenant 12,3 millions de livres sterling pour un ensemble de 126 céramiques appartenant à Marina Picasso. Une première vacation « en gants blancs » qui devait en appeler rapidement une seconde à New York.

Intitulée Picasso Man & Beast, la vente du 18 mai 2017 a consacré (non sans surprise) une aquarelle d’inspiration surréaliste exécutée à Cannes en juillet 1933 et représentant des Personnages dans une ville du Midi. Estimée entre 30.000 et 50.000 dollars, cette dernière a été acquise par un collectionneur privé nord-américain contre 372.500 dollars !

Suit un montant de 348.500 dollars acquitté par un collectionneur privé d’origine asiatique cette fois. Il s’agissait d’une huile sur papier datant d’avril 1945 qui a également très largement dépassé son estimation haute (120.000 dollars), tout comme d’ailleurs une paire de dessins figurant la Maternité. Réalisés en janvier 1951, ceux-ci sont montés sur la troisième marche du podium avec une adjudication de 324.500 dollars, c’est-à-dire plus de huit fois l’estimation basse proposée initialement par Sotheby’s (40.000-60.000 dollars).

Céramiques

Mais les œuvres sur papier de Picasso ne sont pas les seules à avoir été appréciées des enchérisseurs ce jour-là, à l’instar de ce petit taureau en argile mesurant une vingtaine de centimètres de long apparemment jamais vu du grand public depuis sa création en 1957. Pour s’offrir cette pièce unique dotée d’une fourchette d’estimation comprise entre 30.000 et 40.000 dollars, un enchérisseur provenant d’Asie a finalement mis 250.000 dollars sur la table, tandis qu’un marchand américain s’est, de son côté, emparé d’un vase en forme de femme avec un bras-anse pour exactement la même somme ; estimé entre 40.000 et 60.000 dollars, celui-ci n’avait vraisemblablement été créé par Picasso qu’à un seul exemplaire. Après un tel succès, la collaboration entre Sotheby’s et Marina Picasso semble promise à un bel avenir.

Tous les prix mentionnés ci-dessus s’entendent frais inclus. Le 18 mai 2017, un dollar valait 0,90 euro. Crédit photo : Sotheby’s / Art digital studio.

 
 
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