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Fusion UCL/Saint-Louis, dis-moi ton nom

La demande l’UCL et Saint-Louis d’inscrire dans le décret paysage le principe des fusions d’établissements conduira à la restauration d’une concurrence généralisée entre établissements universitaires et à la légitimation d’une logique de marché. Et n’offrira donc aucune garantie relative à la qualité de l’enseignement, bien au contraire...

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Le 30 mai 2017, Le Soir titrait « Front laïque contre la fusion UCL/Saint-Louis » pour qualifier la lettre ouverte au monde politique signée par les recteurs de l’ULiège, l’UMons et l’ULB.

Cette réaction à la demande de fusion de l’UCL/Saint-Louis a été lue à l’aune de la polarisation de la société belge. Cette interprétation est très réductrice et cache l’essentiel.

Sans aucun doute, les citoyens se demandent-ils pourquoi cette fusion occupe-t-elle autant l’agenda médiatique ? Pourquoi les débats sont-ils aussi virulents ?

Pour comprendre la fièvre qui atteint les milieux universitaires, il convient de revenir bien plus à la politique qu’au droit. Depuis janvier 2014, le décret paysage organise l’enseignement supérieur universitaire et non universitaire en Fédération Wallonie Bruxelles. Son pari est de faire de l’interdépendance entre les universités et entre les hautes écoles un principe d’organisation basé sur la concertation et la collaboration dans le cadre d’une académique unique (l’ARES) afin d’améliorer l’offre et l’internationalisation de l’enseignement et de la recherche. Les acteurs de l’enseignement supérieur sont contraints de se concerter et de collaborer. L’UCL était la seule université à avoir fortement combattu l’adoption de ce décret, en 2012-2013, sur la base d’arguments assez similaires à ceux mobilisés maintenant pour demander la fusion avec Saint-Louis.

Les raisons de l’opposition marquée à la demande de fusion de l’UCL/Saint-Louis par les recteurs de l’ULiège, l’UMons, l’ULB, et aussi de l’UNamur n’ont à rien à voir avec la polarisation. Le nom de cette fusion est celui de la concurrence généralisée. La demande de fusion de l’UCL et de Saint-Louis réintroduit une dynamique de concurrence généralisée dont cet événement n’est que la première étape d’une stratégie de dominos visant outre les universités, les hautes écoles.

L’enseignement en Belgique fonctionne comme un quasi-marché : la coopération dans le cadre de l’ARES n’interdit pas des compétitions limitées. La demande l’UCL et Saint-Louis d’inscrire dans le décret paysage le principe des fusions d’établissements conduira à la restauration d’une concurrence généralisée entre établissements universitaires et à la légitimation d’une logique de marché. Cela déclenchera un processus de concentration d’établissements universitaires et non-universitaires autour de groupes oligarchiques, processus qui n’offre aucune garantie quant à l’amélioration de l’offre d’enseignement.

Un climat de tension

La logique de concurrence et de marché ne sera pas moins dispendieuse pour les deniers publics. Proposer des offres de formation similaires sur les mêmes territoires en les mettant en concurrence n’est sûrement pas le meilleur moyen d’améliorer la qualité et l’internationalisation de l’enseignement. Cela risque, au contraire, d’être préjudiciable aux étudiants, aux parents, aux enseignants et chercheurs. Alors que l’élaboration du Pacte d’excellence, malgré les difficultés rencontrées, a démontré que les acteurs de l’enseignement ont tout intérêt à collaborer et à se concerter pour le bien des élèves, la demande de fusion de l’UCL/Saint-Louis semble aller exactement dans le sens inverse.

Par ailleurs, la demande de fusion de l’UCL et de Saint-Louis instaure un climat de tension considérable que le décret paysage avait cherché à réduire. Il y aura des effets en cascade à cette demande qui auront un impact sur les débats dans d’autres lieux (le Conseil des recteurs, le FNRS et bien évidemment l’ARES), sur les relations entre universités, entre universités et hautes écoles, mais aussi sur les relations entre enseignants et entre chercheurs des différentes universités. Ce climat de tension, d’incertitude et de crispation va également rendre bien plus complexe la future réforme concernant la formation initiale des enseignants, qui aura pourtant bien besoin de compréhension mutuelle pour réussir, de diplomatie bien plus que de la violence de la concurrence.

Ce qui peut être interprété comme une sorte de volonté hégémonique de la part de l’UCL s’est déjà vu récemment dans un autre dossier. Pour rappel, pendant que l’ULB, l’ULiège, l’UMons et l’UNamur ont choisi de s’unir pour la création d’un centre de protonthérapie à Charleroi en 2014, l’UCL a choisi de s’unir à la KULeuven dans un projet concurrent, ce qui témoigne, sans doute, de son désir de refaire de l’UCL/KULeuven la plus grande université belge.

La situation sociale et économique de la Belgique et, singulièrement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, suppose un investissement considérable dans l’enseignement secondaire, avec le Pacte d’excellence, et dans le supérieur avec la réussite de la mise en œuvre du décret paysage en maintenant un climat de confiance. Les universités ont un besoin pressant d’un refinancement massif après près de 20 ans de décroissance constante de leurs moyens. Il est vraiment dommageable pour les étudiants et les parents que la recherche d’un avantage compétitif particulier devienne un argument essentiel de la remise en cause du décret paysage. Il est grand temps de mettre au cœur de l’enseignement les élèves, les étudiants, les enseignants et les chercheurs plutôt que les institutions, en valorisant la coopération plutôt qu’en restaurant une logique de marché dans le champ de l’enseignement.

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