Kristiaan Borret: «Nous sommes face à un urbanisme du passé»

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La vie urbanistique bruxelloise n’est pas un long canal tranquille. Ce jeudi matin, on prévoit d’importants remous avec d’un côté la commune d’Anderlecht et son échevin de l’Urbanisme, Gaëtan Van Goidsenhoven (MR) et de l’autre les associations telles que le Bral ou Inter-Environnement et le Maître architecte, Kristiaan Borret, lors de la commission de concertation organisée pour le PPAS (plan particulier d’affectation du sol) pour le bassin Biestebroeck.

Le PPAS qui est négocié depuis de nombreuses années, porte sur une zone de 47 hectares. La zone sera consacrée au logement et aux activités productives. Il est prévu plus de 100.000m² d’entreprises de type urbain et de commerces ainsi que 4.000 logements susceptibles d’accueillir à terme quelque 11.500 habitants. Ce nouveau morceau de ville sera doté de 25.000 m² d’équipements dont deux écoles (une primaire de 300 places et une secondaire de 430 places), sans oublier les espaces verts (51.000 m²).

Si tout le monde s’accorde sur la nécessité de redévelopper cette zone en mélangeant logements et activités productives comme proposé par le plan Canal, les avis divergent plutôt sur le projet proposé pour l’îlot Shell, situé entre l’avenue Auber, le quai Demets, la rue Scheutveld et la rue des Orchidées. Sur cette parcelle actuellement en friche, le PPAS prévoit la possibilité de construire une tour de 14 étages ainsi qu’une marina. Nommé The Dock, le projet prévoit de construire sur près de 19.000m² de terrain, des logements, des commerces, des espaces de bureaux, un hôtel et un parking en sous-sol.

En plus des 218 logements, on aurait aussi une marina pour 40 bateaux de loisirs mais pour cela, il faut creuser un bassin le long du canal. Pour Inter-Environnement, le projet n’a aucun intérêt. « Excepté son rôle spéculatif, il ne présente aucune plus-value ni pour le quartier ni pour la Région. L’actuel port de plaisance de la Région, le Brussels Royal Yacht Club (BRYC) n’est rempli qu’à 60 % et sert essentiellement de port d’hivernage. Le foncier bruxellois est trop précieux pour le gaspiller en vue de réaliser une marina de 5.000 m² entourée de logements haut de gamme hors de portée du revenu moyen des Bruxellois et certainement des habitants de ce quartier populaire. »

Le Maître architecte de la Région, Kristiaan Borret, rejoint les arguments des associations. Pour lui, le projet n’a rien de novateur et ne correspond pas à la philosophie de mixité du plan canal. « Nous devons créer une zone mixte et ne pas faire que des appartements chics avec une tour qui ne semble pas appropriée pour ce lieu. Le canal n’est pas très large à cet endroit alors qu’au niveau du bassin Biestebroeck, il l’est. Nous sommes face à un urbanisme du passé comme cela avait été imaginé à Londres dans les années 80. Il faudrait réfléchir de manière plus globale à l’opportunité de mettre une marina dans cette zone du canal. Atenor voulait le faire sur sa parcelle mais finalement, le promoteur a revu ses projets en proposant de créer un parc public et urbain. »

Les opposants au projet craignent une gentrification de cet espace qui ne s’intégrerait pas dans le tissu urbain existant et à venir. Un argument que réfute violemment l’échevin de l’Urbanisme anderlechtois, Gaëtan Van Goidsenhoven. « Ce dossier remonte à 2012. Nous avons toujours parlé de la possibilité de mettre une marina et une tour. Nous n’avons aucun autre exemple bruxellois de ce type et je constate qu’on veut surtout monter le quartier contre un dossier qui est pourtant bon pour le développement d’Anderlecht, notamment en termes de tourisme. Le Maître architecte n’aime pas ce projet. C’est son droit. Mais si on passe à côté, on risque de voir une marina s’installer en dehors de la Région bruxelloise. Si nous n’avons pas cette marina qu’allons-nous avoir ? Une barre d’immeubles de plus le long du canal ? Qu’on arrête de dire qu’il s’agit d’une gentrification. Je regrette vraiment qu’on aborde les choses de manière négative a priori. »

Selon les études, l’aménagement du bassin est estimé à 575.000 euros, le prix du déplacement du collecteur à 1,4 million et l’évacuation des terres à 3 millions.

Chiffre

Par Vanessa Lhuillier

20.000

C’est le nombre de personnes qui pourraient venir habiter dans le périmètre du PPAS et du projet City Gate de Citydev. Cela équivaut à 10.000 ménages, soit un tout petit peu moins que la population de Saint-Josse.

 
 
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