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La santé, un enjeu entrepreneurial pour l’Europe

Le pôle « Santé » de l’Institut européen d’innovation et de technologie a présenté ses meilleurs poulains. Leurs produits révolutionnaires visent à répondre à des enjeux immenses. Mais de nombreuses barrières subsistent.

Entretien - Temps de lecture: 4 min

Un oreiller robotisé qui vous aide à mieux dormir ? La Néerlandaise Somnox l’a inventé. Des anticorps conjugués pour réduire les effets secondaires des traitements contre le cancer ? L’Allemande Tubulis Technologies y travaille. De nouveaux traitements pour accélérer la cicatrisation de plaies, comme par magie ? La Suédoise Ilya Pharma anticipe la mort du pansement traditionnel. Un pancréas artificiel pour soigner les diabètes de type 1 ? La Française Diabeloop en a fait son cheval de bataille. Un outil convivial de recherche sémantique pour trouver la bonne expertise médicale ? La Belge Ontoforce met les « big data » à la portée du patient...

Ce ne sont que quelques exemples de la vingtaine de start-up présentées ce début juin à Paris par EIT Health, le pôle de l’EIT – l’Institut européen d’innovation et de technologie – dédié au secteur de la santé. Réellement opérationnel depuis 1 an et demi, l’EIT Health s’appuie sur un budget de quelque 2 milliards jusque 2022 (alimenté à 25 % par l’Union européenne et à 75 % par des partenaires) pour démontrer que l’Europe peut transformer sa matière grise en succès économiques mondiaux. Et ne pas revivre pour la santé ce qui s’est passé pour l’informatique et les télécoms, désormais dominés par les GAFA américains.

Les enjeux sont immenses : vieillissement de la population, pression sur les finances publiques, ... Au niveau des individus, il y aussi de plus en plus la volonté de prendre le contrôle de sa propre santé, par la prévention. Le premier instrument médical est désormais le ... smartphone.

Qu’est-ce qu’un jeune entrepreneur ambitieux peut espérer dans ce secteur réputé très conservateur ? En quoi l’Europe peut l’aider ? Nous avons posé la question à la Française polyglotte Sylvie Bové. Après une carrière dans l’industrie pharmaceutique, puis un rôle d’interface entre la recherche universitaire et les entreprises (en Suède et puis au Danemark), elle dirige EIT Health depuis septembre 2015.

Qu’est-ce qu’EIT Health a réalisé en un an et demi ?

Nous avons monté toute une infrastructure qui coordonne pas moins de 140 partenaires : universités, hôpitaux, financeurs, entreprises et start-up. Nous nous appuyons sur des incubateurs et accélérateurs établis (ndlr : la KUL et IMEC en Belgique), que nous renforçons en ajoutant une interconnexion paneuropéenne. C’est important pour s’y retrouver parmi les différents systèmes de santé nationaux. Ce qui me réjouit surtout, c’est l’accélération impressionnante que nous constatons parmi la plupart de nos start-ups. Certains parviennent à aborder la première phase de tests cliniques après un an à peine. Nous les aidons à passer de l’idée au « business case », à pénétrer différents marchés et à lever des fonds.

Certaines gagnent-elles déjà de l’argent ?

La start-up belge Ontoforce perçoit déjà des revenus d’une grosse entreprise biotech notamment.

Le secteur de la santé est très compliqué : de nombreuses réglementations, des besoins en capitaux substantiels et un certain conservatisme...

La principale barrière est culturelle. Au niveau européen, le secteur se caractérise par des systèmes très différents établis en silos depuis des années. Quand vous débarquez en tant que start-up avec un nouveau traitement pour des maladies chroniques, cela implique de complètement changer le système en place avec sa propre logique et ses propres incitants financiers. Le seul moyen de changer, c’est d’engager les entrepreneurs et les décideurs, notamment publics, dans un dialogue, pour créer une ouverture d’esprit. Il y a très peu d’interactions entre les différents acteurs.

C’est le malheur de l’Europe ?

On peut se féliciter qu’il y ait beaucoup de forces créatrices en Europe, des entrepreneurs de talent et en plus, il y a de l’argent ! Mais malgré ces atouts, si nous continuons à travailler de façon disconnectée, très peu de solutions innovantes seront implémentées à large échelle. Chaque marché national est trop petit en soi. Les start-up ont besoin d’un organisme comme nous pour les aider à naviguer à travers les frontières et les barrières. Les grosses sociétés médicales ou pharma elles, maîtrisent ces barrières ! Nous créons un cadre propice à ce qu’elles discutent avec les start-up et les voient davantage comme des partenaires que des concurrents. Sinon, l’alternative pour la start-up ambitieuse, ce sera de partir sur le grand marché américain...

 

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