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Défense européenne: le soft power ne suffit pas

Dans la foulée de la publication d’un document de réflexion visant à lancer un débat public et à examiner les différentes visions en matière de sécurité et de défense européennes à l’horizon 2025, un Fonds commun pour la défense devrait voir le jour.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Le soft power européen est sans conteste un succès. Par notre diplomatie, notre politique de développement et nos relations commerciales, nous, les Européens, contribuons à promouvoir la stabilité, la paix, les droits de l’homme et l’État de droit dans le monde. Cependant, le soft power seul ne suffit pas.

Une Europe sûre, libre et pacifique ne va pas de soi. Les souvenirs de la terreur et des bains de sang ne sont restés que trop vivaces pour bien des gens dans ce pays et dans toute l’Europe. Et il suffit de regarder notre voisinage immédiat, marqué par des tensions à l’est et une guerre brutale en Syrie, pour constater que la guerre n’appartient pas au passé.

Les tentatives visant à instaurer une défense commune ont toujours fait partie du projet européen. Toutefois, ces ambitions sont jusqu’ici largement restées sans lendemain. Il est temps d’en faire davantage.

L’inefficacité et la fragmentation nous coûtent cher. Dans l’Union européenne, nous avons 178 systèmes d’armes différents, alors que les États-Unis n’en ont que 30. Nous avons aussi, en Europe, davantage de constructeurs d’hélicoptères que nous n’avons de gouvernements capables d’en acheter. Et nous nous payons le luxe d’avoir 17 types de chars de combat différents alors que les États-Unis se satisfont parfaitement d’un seul modèle.

Un incitant à la coopération

Chaque année, le manque de coopération en matière de défense et de sécurité nous coûte entre 25 et 100 milliards d’euros. Les États membres gagneraient beaucoup à partager leurs véhicules, à standardiser leurs munitions, et à enfin mener la recherche ensemble plutôt que séparément.

Voilà pourquoi la Commission européenne a proposé un Fonds européen de la défense. Celui-ci ne remplacera pas les budgets de la défense nationaux, mais il constituera un incitant à coopérer en matière de recherche conjointe, de développement et d’acquisition d’équipements et de technologies de défense. Cela renforcera notre sécurité tout en profitant aux contribuables. Les États membres resteront aux commandes, en décidant pour eux-mêmes à quels projets accorder la priorité, qu’il s’agisse de technologie des drones, de communication par satellite ou d’achat d’hélicoptères en grande quantité. La valeur ajoutée apportée par la Commission européenne consistera à combiner les efforts, et donc à permettre que les projets soient lancés de manière plus coordonnée, systématique et efficace.

Toutefois, pour mettre en place une véritable Union européenne de la sécurité et de la défense, l’argent seul ne suffira pas. Il nous faudra aussi une volonté et une ambition politiques. Dans le cadre du débat sur le futur de l’Europe, je veux que nous ayons une discussion franche sur les étapes à venir.

Une unanimité, un premier pas

La dynamique est déjà en marche. Pas plus tard que le mois dernier, tous les États membres ont décidé à l’unanimité d’établir la première capacité militaire de planification et de conduite pour reprendre le commandement des missions de formation de l’Union. C’est là un premier pas, qui doit précéder de grandes enjambées.

L’Union dispose déjà des moyens nécessaires pour remplacer la mosaïque actuelle de coopérations militaires bilatérales et multilatérales par des formes plus efficaces d’intégration dans le domaine de la défense. Le traité UE offre la possibilité d’une coopération structurée permanente pour tous les États membres qui souhaitent et peuvent avancer ensemble. Je pense que l’heure est venue d’en faire usage.

Cette approche complète notre coopération avec l’Otan, qui revêt une importance cruciale pour notre avenir. Après tout, 22 de nos États membres font également partie de cette alliance de défense. Mais notre coopération avec l’Otan ne peut plus servir de prétexte pour s’opposer aux initiatives européennes autonomes.

Pendant trop longtemps, nous nous sommes reposés exagérément sur la puissance militaire d’autrui. Nous devons à présent prendre notre propre sécurité en mains. Nous le devons à nos concitoyens européens. Parce que la dynamique qui pousse à une coopération plus étroite dans le domaine de la défense vient d’abord et avant tout des citoyens européens. Dans presque tous les pays de l’Union, la sécurité figure parmi les trois premières priorités, et les trois quarts des Européens sont favorables à une politique de sécurité et de défense commune.

Se sentir en sécurité chez soi est le plus fondamental et le plus universel des droits.

Notre Union doit le garantir aux Européens.

 

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0 Commentaire

  • Posté par Eric Lavenne, jeudi 15 juin 2017, 2:17

    2% du PIB de chaque pays ,au moins SVP !!!!!!

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