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Carte blanche: «Comment le Pacte d’excellence étouffe l'enseignement du latin»

Au nom du « parcours identique pour tous » ce cours n'apparaîtra plus que sous la forme d'une vague figuration.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

C’est un véritable scandale que dénoncent à juste titre les professeurs de latin et les très nombreux parents qui considèrent que son apprentissage apporte une réelle plus-value au cursus de leurs enfants. En effet, le Pacte d'excellence ne prévoit plus de latin (sans grec) qu'à doses homéopathiques : en résumé, une période par semaine, et peut-être rien en troisième année, au lieu de 2, 3 ou 4 actuellement. Autant dire qu'on va passer d'une situation qui permet pour l'instant aux professeurs de produire un travail sérieux, à une représentation purement symbolique.

Cette gabegie, à n'en pas douter, a pour origine un choix idéologique, de la part de certains acteurs du Pacte, puisque dans sa deuxième version, qui a eu cours environ jusqu'à la fin du premier trimestre de cette année scolaire, le mot « latin » n'était même pas cité ! Suite à différentes interventions – dont la mienne – auprès de la ministre – qui avait décidé, jusque-là, de « ne pas interférer dans les travaux du Pacte » –, Madame Schyns a soufflé dans l'oreille des décideurs qu'il serait tout de même opportun que le latin figure dans la troisième version. Il s'y trouve donc. Mais au nom du « parcours identique pour tous », ce cours, pourtant enseigné dans 300 écoles, n'apparaîtra plus que sous la forme d'une vague figuration.

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Paradoxalement, les cours de langues anciennes, qui ont toujours participé d'une forme d'excellence pédagogique reconnue, se verront donc reléguer dans l'oubli, à brève échéance, sous l'action de ce pacte prétentieusement appelé « d'Excellence » par la ministre de l'Enseignement précédente.

Voici ce qui se voit (le témoignage est de source première !), presque systématiquement, lors des cours de latin, partout en Wallonie : des professeurs très engagés en faveur de la discipline qu'ils enseignent, cherchant sans cesse à « faire grandir » leurs élèves d'une manière ou d'une autre. Conscients de l'importance de la qualité de l'expression, en français, pour l'ensemble du cursus scolaire puis professionnel, ils veillent sans relâche à ce que celle des adolescents qui leur sont confiés progresse continuellement, notamment par le choix des termes les plus adéquats lorsqu'il s'agit de traduire un texte ancien, par l'explication historique ( »l'étymologie ») continuelle du vocabulaire français (voire italien, espagnol, ou même en langues germaniques), par l'accroissement significatif du bagage lexical français des élèves – notamment dans les domaines scientifiques –, par la maîtrise accrue de la grammaire française que permet l'apprentissage des notions principales de la latine.

Les fondements d’une civilisation

Et puis, c'est inconsciemment, aussi, que souvent ces professeurs permettent à leurs élèves de mieux s'exprimer après avoir suivi leurs cours : en effet, le plus souvent ces enseignants en langues anciennes manient parfaitement la langue française, leur diction est précise et leur vocabulaire étendu. Ils constituent donc un exemple à suivre pour leurs élèves. Car c'est notamment par l'imitation que s'acquièrent ces compétences essentielles : les cours ex-cathedra, pourvu qu'ils n'occupent qu'une partie du temps consacré à l'apprentissage, demeurent donc profitables et nécessaires.

Culturellement, en trois-quarts d'heure, les connaissances des adolescents grimpent souvent en flèche. Leur esprit d'analyse, de logique, se développe peu à peu, au même titre – mais d'une façon différente – que les mathématiques, texte après texte, traduction après traduction (un exercice passionnant mais peu aisé) : nombreux sont ceux qui, après la fin de leur cursus scolaire, évoquent combien tout cela leur a été utile pour leurs études supérieures, ou leur existence professionnelle.

Et puis, l'actualité ne nous montre-t-elle pas que, dans le respect de tous, nous devons plus que jamais nous accrocher aux fondements de notre civilisation ? Les langues anciennes, comme le cours d'Histoire, y participent.

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Mais par ailleurs, non, le latin n'est pas un « must ». Cet « idem pour tous » idéologique produira un ennui considérable, donc des problèmes disciplinaires accrus. Actuellement, tout le monde peut choisir de faire du latin – qui n'a donc rien d'élitiste – , ou de ne pas en faire, car bien d'autres formes d'intelligences (notamment pratiques) valent bien la sensibilité littéraire. Le tronc commun fonctionne mal en Finlande (qu'on se renseigne sur ce qui vient après lui, là-bas !), cessons donc d'en faire un modèle.

 

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8 Commentaires

  • Posté par A.q.t.e. , vendredi 16 juin 2017, 5:54

    Petite suggestion : au vu de la prochaine purge électorale annoncée en réaction aux dérives de l'ensemble des partis "classiques" francophones, ne ferait-on pas l'impasse du "pacte d'excellence" jusqu'après les prochaines élections?

  • Posté par Deloie Pierre, vendredi 16 juin 2017, 1:02

    Les professeurs de latin vont bien sûr crier haro sur le baudet... Ceux qui ont subi ce cours de langue morte vont soudain la trouver particulièrement vivante: pas aisé de reconnaître "a posteriori" l'inutilité d'un travail effectué... Quant à la meilleure compréhension par les latinistes du langage scientifique, rien ne le prouve car de nombreuses corrélations pourraient expliquer le phénomène, s'il existe... dont la tentation élitiste... J'admets cependant la qualité des discours, plutôt libéraux, des pro-latins.

  • Posté par Christian Radoux, vendredi 16 juin 2017, 22:30

    Tout ceci n'empêchant pas les fautes de frappe : littérature et non litérature, évidemment. Avec mes excuses.

  • Posté par Christian Radoux, vendredi 16 juin 2017, 22:20

    1. Eh bien, vive l'élitisme intellectuel, car la démagogie ambiante est la pire ennemie de la démocratie ! C'est à cet élitisme tant décrié par les charlatans et à un enseignement exigeant que, issu d'un milieu à la limite de la misère, je dois tout au plan professionnel. 2. Je n'ai pas subi le cours de latin : je l'ai choisi et aurais pu le quitter quand je le voulais. 3. Il ne m'a pas été inutile : je lui dois beaucoup, de la découverte d'une litérature magnifique à une structuration mentale précise et efficace.. L'analyse constante , qui devient inconsciente à force d'être intériorisée, de la structure d'une phrase est ma plus grande dette à son égard.

  • Posté par Christian Radoux, jeudi 15 juin 2017, 23:47

    J'approuve de A à Z cette carte blanche. A bas les charlatans des autoproclamées "sciences" de l'éducation ! A bas ce "pacte" ourdi par des lobbies qui, d'emblée, ont exclu les professeurs spécialistes des différentes disciplines ! A bas cette "prétendue" excellence qui n'est, comme le dit M. Bulteau, qu'un nivellement par le bas (pléonasme). Je voudrais ajouter que je suis mathématicien, professeur honoraire d'une faculté de sciences. Et que, parmi mes étudiants, les latinistes, je les connaissais sans qu'ils aient à me le dire : ils comprenaient parfaitement l'articulation du discours scientifique, le sens et la fonction de chaque mot. Donc, après tous mes "à bas", je termine par "vive le latin !".

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