Accueillons mieux les travailleurs migrants

Accueillons mieux les travailleurs migrants
pierre-yves thienpont.

Le débat qui s’est tenu à Genève en ce début du mois de juin était utile, tant nous vivons dans un monde globalisé qui fait la part belle à la libre circulation des biens, marchandises et produits financiers, mais qui érige paradoxalement, chaque jour davantage de murs contre les migrants, au détriment de leur protection. Tous les pays du monde sont concernés par les migrations du travail et le phénomène tendra à s’accentuer, sous l’effet des diverses crises économiques, politiques, sociales et environnementales.

Notre appel, porté à Genève, était donc clair et univoque : nous demandons la justice migratoire ! Il faut absolument que les États développent des politiques migratoires plus humaines, socialement justes et politiquement cohérentes. Pour cela, garantir des voies d’accès légales et sûres est sans aucun doute le premier pas à franchir.

C’est aussi le message clé de la campagne « Justice migratoire, justice sociale » que mène le CNCD-11-11-11 avec plusieurs organisations, dont Solidarité Mondiale (WSM), l’ACV-CSC et le Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) tout au long de cette année 2017. (1)

Violation de droits fondamentaux

Les travailleurs migrants doivent bénéficier des mêmes droits que les travailleurs nationaux. Les travailleurs migrants peu qualifiés, et plus particulièrement les femmes, sont en effet davantage exposés aux déficits de travail décent. Profitant de leur vulnérabilité, les employeurs, et parfois même les États, n’hésitent pas à violer leurs droits fondamentaux. Ces travailleurs souffrent de discrimination sur base de leur race, appartenance ethnique, religion ou nationalité et sont exposés à la violence physique et sexuelle. Beaucoup de ces migrants sont victimes de travail forcé. Notons qu’ils subissent trop souvent des traitements inégaux quant à leurs conditions de travail et salariale. Enfin, en cas de violation de leurs droits, il leur est difficile d’accéder à une justice efficace et impartiale.

Les droits des travailleurs migrants sont clairement garantis dans les Conventions 97 et 143 de l’OIT ainsi que dans la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Lors des discussions, nous avons encouragé les États à ratifier ces instruments !

Bâtir la solidarité passe par la garantie du droit fondamental à la protection sociale pour tous les travailleurs, y compris les travailleurs migrants. C’est pourquoi nous avons aussi souligné pendant les débats la nécessité d’établir des politiques de protection sociale largement soutenues.

L’organisation des travailleurs migrants est essentielle pour l’exercice plein et entier de ces droits. Malheureusement, les cadres régulateurs sont trop restrictifs en ce qui concerne la liberté d’association des travailleurs migrants dans beaucoup de pays. Nous avons également demandé que davantage de liens soient établis entre les organisations syndicales et des organisations de migrants, et cela afin de s’assurer que leurs préoccupations soient prises en compte dans un dialogue social plus inclusif.

Des opportunités pour combattre la pauvreté

Les migrations constituent un levier de développement considérable. Les migrants issus des pays les plus pauvres voient leur revenu multiplier, leur taux de scolarisation doubler et leur mortalité infantile devenir 16 fois moins élevée qu’auparavant. Les envois de fonds dans leur pays d’origine, estimés en 2015 à 441 milliards de dollars, contribuent également à atténuer la pauvreté. Ce montant représente trois fois le total de l’aide publique au développement !

Selon l’OIT, l’OCDE et la Banque Mondiale, les migrants contribuent à favoriser la croissance économique dans leur pays de destination par la création de richesse mais également grâce aux paiements des impôts et des cotisations sociales.

Dans ses conclusions approuvées le vendredi 16 juin 2017, la Conférence Internationale du Travail confirme l’importance qu’elle accorde à la protection des droits fondamentaux des travailleurs migrants ainsi qu’à la nécessité qu’ils accèdent à la protection sociale. Elle réaffirme la place centrale du dialogue social et de la liberté syndicale comme outils indispensables de leur émancipation. Elle place également le « recrutement équitable » comme axe central de son action future. Enfin, elle souligne que la ratification des normes de l’OIT existantes doit pouvoir être accélérée. Ces conclusions sont encourageantes à maints des égards et doivent pouvoir guider les États membres afin de mieux considérer les travailleurs migrants !

Changer les mentalités

Nous constatons en effet que les migrations continuent à être perçues comme des dangers pour les sociétés d’accueil. Nous voulons saisir les conclusions tirées lors la Conférence Internationale du Travail pour inciter les citoyens à lancer une révolution des esprits afin de changer les mentalités et ainsi rendre nos sociétés plus hospitalières et accueillantes !

Défendre les droits des travailleurs migrants doit être également le combat de tous ; car l’exploitation des travailleurs migrants tire vers le bas tant les conditions que les salaires de l’ensemble des citoyens. Nous, organisations de travailleurs et mutualistes belges, ensemble avec des mouvements sociaux présents en Afrique, Amérique latine et Asie, entendons internationaliser cette lutte afin de rendre ces migrations plus humaines.

(1) Le dossier politique de la campagne est disponible sur www.cncd.be et une brochure spécifique sur les migrations du travail est disponible sur www.solmond.be

 
 
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