Les C

Les C.C.C. aux assises du Brabant

«C'est quoi, la différence entre

marxiste-léniniste et libertaire?»

Lentement, les débats approchent de leur terme à la cour d'assises du Brabant, au procès que l'on fait à six membres présumés des C.C.C. et du F.R.A.P. Après les derniers témoins cités par le ministère public, tous les témoins de la défense (cités par Chantal Paternostre et Luc Van Acker) ont défilé à la barre... faisant, les uns et les autres, pour les deux membres présumés du F.R.A.P., des portraits d'êtres généreux.

Arrivé de Hollande, le Dr Michaël Mulder est venu confirmer, hier, les déclarations qu'il avait faites spontanément à la police belge en janvier 86, à propos de Luc Van Acker, mais qui sont contredites par un autre témoin, Jean-Marc Fafchamps.

Les deux hommes oeuvrent pour l'association Médecins sans frontières. En août 85, ils eurent une conversation au Soudan à propos d'un réseau de radiocommunications qu'il fallait installer pour l'opération humanitaire que M.S.F. menait alors là-bas. Fafchamps conseilla à Mulder de demander les services de Luc Van Acker (radio-amateur)... mais il fit part aussi à son interlocuteur de certaines de ses «impressions» à propos de Van Acker.

Une «impression»

Le Dr Michaël Mulder en a retenu que «Jean-Marc Fafchamps soupçonnait Van Acker d'être impliqué dans un attentat où une voiture piégée avait explosé et dans lequel deux pompiers avaient été tués. C'était Van Acker qui était responsable du radio-guidage de la bombe». On sait que Jean-Marc Fafchamps nie formellement avoir eu des soupçons aussi graves et aussi précis. Si cela avait été le cas, je ne l'aurais jamais proposé pour cette mission au Soudan, dit-il. Le Dr Michaël Mulder, lui, explique: Si je n'avais pas été certain d'avoir bien compris, si je n'avais pas estimé que c'était une affaire très grave, je n'aurais pas fait spontanément toutes ces démarches, vers M.S.F., puis vers la police belge. On en reste là, sur la confrontations de souvenirs, d'«impressions» ou de «soupçons» contradictoires... avant que Me Jadoul, avocat de Van Acker, fasse bien remarquer que son client n'est pas poursuivi pour les faits du 1er mai.

L'époux de Chantal Paternostre - Michael Tolley - et une amie de Luc Van Acker - Patricia Willems - sont encore venus, hier matin, faire le portrait des deux accusés qu'on soupçonne d'avoir appartenu au F.R.A.P.

La gorge tranchée

du nounours

La place de ma femme n'est pas dans le box des accusés, explique Michael Tolley qui ajoute: Chantal a toujours été une personne contestataire qui a toujours manifesté son dégoût devant les scandales que connaît le monde. Mais elle s'est toujours battue avec des moyens légaux, normaux, autorisés. Michael Tolley dit encore qu'il s'est interrogé sur le Michel que sa femme rencontrait à l'avenue Zamenhof: J'ai une idée là-dessus, dit-il en se demandant pourquoi les enquêteurs n'ont pas fait plus pour retrouver celui dont ils ont pourtant une trace et qui n'est pas, selon lui, le terroriste d'Action directe Georges Cipriani. Enfin, le témoin parle de la perquisition qui a eu lieu chez lui avec des hommes en armes «qui ont pris la maison d'assaut, qui ont pointé leurs mitraillettes vers deux enfants, tranché la tête d'un nounours», et aussi de ces longues attentes où, mois après mois, on espère que la détention préventive va s'arrêter et où le «non» tombe comme un couperet.

Peu bavarde, Patricia Willems explique qu'elle connaît Luc Van Acker depuis 1982 ou 83. Faire partie des C.C.C., comme on l'a prétendu pendant l'enquête, cela ne lui ressemblait pas, dit-elle de l'accusé.

Avant qu'arrivent à la barre les témoins cités par la défense, le Dr Goltzberg, médecin-psychiatre, vient donner son sentiment sur Chantal Paternostre qu'il avait été chargé d'examiner. C'est une personne ambivalente, à la fois révoltée et intégrée, à la fois extravertie et sensible, réservée, mal à l'aise en société. Selon moi, dit l'expert, elle n'aurait pu agir de façon froide contre des personnes.

«Carette, ce n'est

pas E.T...»

Cités par la défense de Paternostre, plusieurs témoins font de l'accusée un portrait similaire. Selon eux, celle qu'on accuse d'avoir appartenu au F.R.A.P. est «timide et passionnée, généreuse et altruiste, chaleureuse et ouverte, enthousiaste et percutante, nette du point de vue de l'amitié et de la solidarité». Elle a «son franc-parler, des idées bien arrêtées, un tempérament rebelle mais sûrement pas violent, de la dérision et le sens de l'humour».

Les mêmes témoins parfois, au hasard de leurs rencontres militantes, ont croisé Carette (décrit comme «un homme conséquent d'une grande intégrité politique et personnelle qui n'est pas E.T., mais qui fait partie du paysage institutionnel militant»), ou Sassoye («Quelqu'un d'honnête et de généreux, quelqu'un de concret et donc de convaincu»).

Un de ces témoins se souvient d'avoir lu sur l'antenne de «Radio Air Libre», avec Chantal Paternostre, une revendication d'attentat «bidon» faite au nom des «Cyclistes communistes combattants» dans le but de «dédramatiser» le langage des C.C.C. Un autre, Roger Noël dit Babar, anarchiste devant l'Eternel, explique que Paternostre était «dans la tradition libertaire: elle voulait que les gens victimes d'injustices se prennent en charge eux-mêmes». Quelques mots qui lui valent bien vite une question de Me Catherine Deman (qui défend Chantal Paternostre avec Me Krywin): Peut-être, monsieur le Président, le témoin pourrait-il expliquer rapidement aux jurés les différences qu'il y a entre des termes que l'on a déjà souvent entendus dans ce procès comme, par exemple, «anarchisme, libertaire, communisme, marxisme-léninisme...» Le président Jos Durant sourit, comme tous les accusés et le témoin, et il finit par dire: Bon. Alors, expliquez-nous, M. Noël, mais rapidement si possible.

ALAIN GUILLAUME.

Procès

d'assises

reporté

à Liège

Aux assises de Liège, le procès de Jean Lecoq, accusé de l'assassinat de sa fillette, qui devait débuter ce lundi 10 octobre, est reporté au lundi 28 novembre en raison de l'absence du président, M. Paul-Henri Godin, pour raison de santé. (B.)