SELES, LA JOUEUSE DU DERNIER CRI

SELES, LA JOUEUSE DU DERNIER CRI

Après 186 semaines d'invincibilité totale, Steffi Graf est détrônée. Monica Seles accède au trône à 17 ans et 3 mois. Record.

Bien que précoce dans son achèvement, l'événement était attendu. Depuis l'année dernière, en effet, lorsque Monica Seles fit tomber Steffi Graf en finale du tournoi de Roland-Garros, il était clair, pour ne pas dire inéluctable, que la Yougoslave détrônerait un jour l'Allemande. D'autant que deux semaines avant le début de la grande quinzaine parisienne, la joueuse de Novi Sad était parvenue à battre son adversaire en finale du tournoi de Berlin, mettant fin à 66 matches d'invincibilité!

Les records ont depuis basculé dans l'autre camp: celui de Seles. Remarquée en 1989 lorsqu'elle accède aux demi-finales des Internationaux de France à l'âge de quinze ans et demi, celle qui s'est abreuvée à la source Bolletieri n'en finit plus d'étonner. Profitant de sa jeunesse, la Yougoslave aligne les surprises en étant la première... surprise.

Lorsque s'entame l'année 1990, les trajectoires des deux filles, désormais bien rivales, se quittent pour un temps. Après une victoire aux Internationaux d'Australie, la belle Steffi amorce une descente aux enfers dont elle ne s'est pas encore remise. Le destin s'en mêle, qui n'arrange en rien les affaires de celle que l'histoire retient comme la seule joueuse à avoir remporté le Grand Chelem. L'Allemande se fracture le pouce en voulant fuir les «paparazzi» sur une piste de ski. Déjà latent, le problème de son père accusé de relations avec un mannequin d'outre-Rhin ressurgit et offre à la presse à sensation matière à gros tirages. Enfin, une opération aux sinus contraint la championne à manger du pain noir.

Sur l'autre versant du tennis féminin, Monica Seles brille de mille feux. Celle qui se caractérise par ses cris stridents à chacun de ses coups de raquette inscrit son nom en lettres capitales au palmarès de neuf épreuves, dont celles précitées de Berlin et Paris (où elle est déclarée plus jeune lauréate). À plusieurs reprises, le public est à deux doigts d'assister à une nouvelle explication entre les deux joueuses mais celles-ci prennent un malin plaisir à s'éviter.

Malgré ces oppositions, une constante toutefois: Seles a ouvert la voie aux membres du front anti-Graf. En jouant systématiquement sur son revers - son coup le plus «faible» - et en venant chercher les points au filet, la puissance de l'Allemande a été mise à mal.

Il ne restait plus dès lors qu'à attendre. La semaine dernière, si elle s'imposait en finale du tournoi de Palm Springs face à Martina Navratilova, Monica Seles aurait accédé à la première place du classement mondial. Las! L'Américaine n'a pas ressenti le poids des ans (elle en a 34!) et s'est imposée. Le couronnement était donc retardé. Pas annulé...

Impitoyable dans ses calculs, l'ordinateur de la WTA n'a que faire de ces considérations. Il s'est préparé à apporter «LA» modification de cette fin de siècle.

Étant restée au pouvoir 186 semaines consécutives (plus de 3 ans et 7 mois), Steffi Graf détient le record toutes catégories, hommes et femmes confondus (devant Connors et ses 159 semaines). Depuis dimanche dernier, elle sait qu'elle n'est plus leader mondial. Sa défaite en finale à Boca Raton aurait pu être une victoire que cela n'y aurait rien changé.

Après le «Masters» new-yorkais, Seles était devenue numéro 2 au détriment de Navratilova, laquelle se retrouvait pour la première fois depuis 1981 au-delà des deux premières places mondiales. L'histoire du tennis retiendra à présent par coeur le 11 mars 1991 comme étant le jour de l'intronisation de Seles comme plus jeune numéro un mondial.

Graf sera-t-elle un jour dépouillée de son record de longévité? Nous ne le pensons pas. Même si nous ne nous sentons pas l'âme d'un Nostradamus. Même si la marge de progression de Seles est énorme et le risque de la voir s'isoler au faîte de la hiérarchie existe. La concurrence est telle aujourd'hui que le tennis féminin, qui récompense des concurrentes de plus en plus jeunes, s'apprête à vivre ses plus belles heures.

PAOLO LEONARDI

Tous les records ont une fin...

Lorsqu'elle s'empara du pouvoir, le 17 août 1987, Steffi Graf ne se doutait pas qu'elle imposerait son art de pratiquer le tennis de façon aussi dictatoriale. L'Allemande venait de chasser Martina Navratilova de la première place, laquelle, forte de ses 31 ans, pensait pouvoir reprendre le droit à la parole, tablant sur la jeunesse de sa nouvelle rivale (Graf n'avait alors que 18 ans).

C'était là sans compter sur l'insolence avec laquelle l'originaire de Bruhl allait mener les débats. Une nouvelle rose avait vu le jour dans le jardin du tennis féminin.

Depuis, Graf n'a cessé d'emmagasiner les performances. Sa plus belle, unique, qui ne sera sans doute jamais égalée, verra le jour en 1988. Cette année-là, elle réalise le «Grand Chelem doré». Melbourne, Paris, Londres et New York, sans oublier les Jeux olympiques à Séoul: «LE» triomphe par excellence!

Depuis deux ans, cependant, les nuits de la championne allemande se sont fait plus agitées. Jour après jour, semaine après semaine, Graf constate l'ascension de Monica Seles. Plus rien, pas même elle, ne pourra arrêter la Yougoslave dans sa course en avant.

Même si Graf devait reprendre le pouvoir - ce qui reste toujours possible - plus rien ne sera comme avant. Le tennis féminin est bel et bien entré dans une nouvelle ère. Aucun indice, à l'heure actuelle, ne permet d'affirmer que l'on connaîtra à nouveau une domination tous azimuts de l'une ou l'autre joueuse. Tant mieux.

Pa. L.

Le numéro un

féminin

Le classement féminin a connu cinq leaders depuis sa création en novembre 1975: Chris Evert, Martina Navratilova, Tracy Austin, Steffi Graf et Monica Seles.

Evert: novembre 1975 - juillet 1978

Navratilova (Tch): juillet 1978 - janvier 1979

Evert: janvier 1979 - mars 1979

Navratilova: mars 1979 - juin 1979

Evert: juin 1979 - août 1979

Navratilova: septembre 1979 - mars 1980

Austin: mars 1980 - 20 avril 1980

Navratilova: 21 avril 1980 - 30 juin 1980

Austin: 1er juillet 1980 - 17 novembre 1980

Evert: 18 novembre 1980 - 13 juin 1982

Navratilova (E-U): 14 juin 1982 - 9 juin 1985

Evert: 10 juin 1985 - 13 octobre 1985

Navratilova: 14 octobre - 27 octobre 1985

Evert: 28 octobre 1985 - 24 novembre 1985

Navratilova: 25 novembre 1985 -

16 août 1987

Graf: 17 août 1987 - 11 mars 1991

Seles: 11 mars 1991

À l'étranger

HOMMES

INDIAN WELLS (Ciment - 1.000.000 $)

Quarts de finale: Edberg (Suè, 1) b. Chang (E-U, 9), 1-6, 6-2, 7-5; Courier (E-U, 16) b. E. Sanchez (Esp, 7), 6-2, 6-2; Forget (Fra, 3) b. Davis (E-U), 7-5, 6-1; Stich (All, 11) b. Reneberg (E-U), 6-0, 2-6, 6-4. Demi-finales: Courier b. Stich, 6-3, 6-2; Forget b. Edberg, 6-4, 6-4. Finale: Courier b. Forget, 4-6, 6-3, 4-6, 6-3, 7-6 (7-4).

COPENHAGUE (Indoor - 150.000 $)

Quarts de finale: Svensson (Suè, 1) b. Berg-stroem (Suè, 7), 6-4, 7-5; Hlasek (Sui, 3) b. Saceanu (All), 3-6, 6-4, 6-4; Jarryd (Suè, 8) b. Woodforde (Aus), 6-1, 6-3, Woodbridge (Aus, 6) b. Novacek (Tch, 4), 7-6 (7/2), 4-6, 6-1. Demi-finales: Jarryd b. Woodbridge, 6-0, 6-4; Svens-son b. Hlasek, 6-2, 1-6, 6-3. Finale: Svensson b. Jarryd, 6-7 (5-7), 6-2, 6-2.

FEMMES

BOCA RATON (Ciment - 500.000 $)

Quarts de finale: Tauziat (Fra, 8) b. M.J. Fernandez (E-U, 3), 6-1, 7-5; Capriati (E-U, 4) b. Porwik (All), 6-1, 6-4; Sabatini (Arg, 2) b. Rajchrtova (Tch), 6-2, 6-2; Graf (All, 1) b. McGrath (E-U), 6-3, 6-1. Demi-finales: Graf b. Tauziat, 6-1, 6-2; Sabatini b. Capriati; 7-5, 6-2. Finale: Sabatini b. Graf, 6-4, 7-6 (8-6).

Nystroem arrête

Le Suédois Joakim Nystroem, classé n° 7 en 1986, a décidé de mettre un terme à sa carrière, son genou, opéré au mois d'août dernier, le faisant trop souffrir. Ancien champion du monde junior, il est âgé de vingt-huit ans.