LA VERTE CAMPAGNE DE WIMBLEDON QUAND MONICA SELES DEFIE SHERLOCK HOLMES

LA VERTE CAMPAGNE DE WIMBLEDON

Troisième jour de «compétition» aux Internationaux de Grande-Bretagne. Troisième jour de pluie. Surtout, ne vous découragez pas!

WIMBLEDON

De notre envoyé spécial

Lorsque vous arrivez à Wimbledon en voiture, c'est la verdeur de l'endroit que vous remarquez en premier lieu. Cette riche commune de Londres a tout pour plaire à l'amateur des espaces verts. Les appartements, petits, de la capitale n'ont pas droit de cité ici. Place est faite aux maisons «very british» avec garages devant lesquels trônent majestueusement l'Austin Martin de Madame et la Rover (au pire) ou la Jaguar (au mieux) de Monsieur. Au vu du temps pourri qu'il y fait depuis le début de la semaine, on comprend aisément pourquoi les fenêtres de ces charmantes habitations sont envahies d'une floraison qui ravirait les Nicolas jardiniers du monde entier. Pas la moindre trace de fleur ou de feuille fânée par la sécheresse. Ce sont ces mêmes maisons que les habitants n'hésitent pas à déserter lorsque pointe l'«été»... anglais. Car avec lui, c'est bien sûr le tournoi de Wimbledon qui déploie ses fastes et le moindre espace à proximité du domaine tennistique devient aussitôt la proie des joueurs, lesquels voudraient y déposer armes et bagages pour éviter les traditionnels bouchons quotidiens pour rallier la verdoyante cité.

Mais ces maisons, si elles ont un charme certain n'en sont pas moins rares, ce qui revient à dire que la chasse est sans pitié et que les prix montent à une allure vertigineuse. Il vous intéressera de savoir que le loyer atteint les 120.000 FB par semaine en période de tournoi. Les riches deviennent donc plus riches; les joueurs évitent les embouteillages et tout le monde est content...

Enfin, façon de parler. Car depuis lundi, on vous l'a assez dit mais nous sommes forcés de vous le répéter, la pluie baigne Londres et Wimbledon s'est transformé en un vaste torrent qui charrie tout le désespoir des patrons du All England Lawn Tennis and Croquet Club. Le programme des Internationaux de Grande-Bretagne qui y ont, paraît-il, débuté lundi ne cesse de prendre du retard. Hier, seules 18 rencontres avaient pu être disputées. Au total, cela faisait 46 rencontres (en 1985, la précédente année calamiteuse, il n'y en avait eu que 42) qui avaient consacré un vainqueur. Quarante-six, c'est fort peu quand on sait que ce sont en fait plus de 180 matches qui auraient dû avoir lieu!

Du coup, tout le monde se met à parier que les organisateurs seront forcés de faire jouer le premier dimanche de la quinzaine, chose qui a été catégoriquement repoussée par Alan Mills, le juge-arbitre, lequel a tout de même laissé entendre que les matches de double pourraient se jouer au meilleur des trois sets (et non cinq). Il vous intéressera également de savoir qu'avec les conditions déplorables d'hier (il tombait par moment des hallebardes), le record du mois de juin le plus humide a été battu. Il tenait depuis plus de 300 ans...

Malgré tout ça, les Anglais gardent le sourire. Le All England Club aussi. Ils sont les seuls...

PAOLO LEONARDI

Quand Monica Seles défie Sherlock Holmes...

Les journaux anglais à sensation n'ont pas l'habitude d'emprunter les routes secondaires quand une autoroute se présente devant eux. Mais là, franchement, ils ont fait fort. Très fort! Ceux qui se distinguent tant par le contenu que par la taille ont tout simplement trouvé la mystérieuse raison du forfait de dernière minute de Monica Seles. Parfaitement. Le «Sun», qui n'en est pas à une «information» près, a véhiculé une rumeur en provenance de Belgrade et révélé dans son édition d'hier que la joueuse yougoslave n'avait pu se rendre à Londres car... elle était enceinte. Rien que ça! Du coup, les très, mais alors très mauvaises langues se sont mises à tourner avec frénésie et affirment à haute voix que le père de l'heureux enfant à venir ne serait autre que... papa Graf!

Plus sérieusement, la défection de la numéro un mondiale a plongé tout le monde à Wimbledon dans un profond désarroi. À commencer par les responsables de la Women's Tennis Association, l'instance dirigeante du tennis féminin, qui ne savent plus quoi inventer pour répondre aux questions des journalistes qui cherchent à éclaircir le mystère. Officiellement, Monica Seles est blessée. Quel est le muscle affecté? Personne ne le sait vraiment. Après sa victoire à Paris, la jeune Yougoslave ambitieuse de Grand Chelem s'était plainte de tendinite aux tibias. Puis, c'est le genou qui a été mis en cause. Richard Steadman, son médecin, affirme savoir ce qui ne va pas mais précise qu'il a reçu l'ordre de se taire. Bref, pour une fille qui occupe la tête de la hiérarchie mondiale, cela ne fait pas très sérieux. La WTA l'a compris qui a passé Seles à l'amende. Steffi Graf aussi, qui a dit: Tout cela est étrange. Si vous êtes blessée, vous dites ce que vous avez et la discussion est close.

Il y a quelque temps, Monica Seles a déclaré qu'elle ne voulait pas disputer la Coupe de la Fédération, l'équivalent de la Coupe Davis pour les filles, laquelle doit avoir lieu la semaine du 22 juillet à Nottingham, en Grande-Bretagne. À la suite de cette décision, la fédération internationale avait brandi le spectre de l'interdiction pour la Yougoslave de s'aligner aux Jeux olympiques de Barcelone. Du coup, Seles était revenue sur sa décision initiale à Paris et avait annoncé que tout compte fait, elle serait du voyage à Nottingham. La suspension pour les JO n'avait dès lors plus de raison d'être. Monica Seles a-t-elle monté de toutes pièces une blessure pour satisfaire sa première intention sans mettre en péril Barcelone? Possible, mais pas sûr.

Quoi qu'il en soit, ce forfait possède tous les ingrédients nécessaires pour figurer dans une nouvelle aventure de Sherlock Holmes. Et il n'est pas sûr du tout que le célèbre détective de Baker Street trouve la solution...

Le très sérieux «Times» faisait état hier de l'initiative du clan Seles de suspendre la location d'une maison sise à proximité de l'aire de jeu de Wimbledon, laquelle avait été réservée pour toute la durée du tournoi. Une initiative qui aurait été prise il y a déjà deux semaines... Dès lors, Monica Seles savait-elle depuis longtemps qu'elle ne viendrait pas aux Internationaux de Grande-Bretagne? Encore une fois, l'hypothèse est à envisager mais demande confirmation.

Ne demandez pas en tout cas à l'intéressée de vous mettre sur la voie. Même si au bureau de la WTA, une personne attend toute la journée à côté du téléphone...

Pa. L.

Les résultats

SIMPLE MESSIEURS

PREMIER TOUR

Premier quart du tableau: Rostagno (E-U, ATP 24) b. Furlan (Ita, ATP 47), 6-0, 6-3, 6-4.

Deuxième quart du tableau: Reneberg (E-U, ATP 23) b. 12. CHERKASOV (URS, ATP 13), 6-4, 6-3, 6-4.

SIMPLE DAMES

PREMIER TOUR

Premier quart du tableau: Halard (Fra, WTA 29) b. Toleafoa (N-Z, WTA 173), 6-1, 2-6, 6-3; Werdel (E-U, WTA 33) b. Graham (E-U, WTA 97), 6-3, 6-2; 13. HUBER (All, WTA 18) b. Martinek (All, WTA 55), 6-1, 6-2; Whitlinger (E-U, WTA 41) b. Mag. Maleeva (Bul, WTA 43), 6-1, 6-3; Bollegraf (P-B, WTA 38) b. Humphrey-Davies (G-B, WTA 498), 6-4, 6-4.

Deuxième quart du tableau: Sawamatsu (Jap, WTA 31) b. Bartos (Sui, WTA 85), 6-2, 6-2; G. Fernandez (P-R, WTA 69) b. 10. SUKOVA (Tch, WTA 13), 4-6, 6-1, 6-2; Shriver (E-U, WTA 64) b. Leand (E-U, WTA 128), 6-0, 7-5; Fulco (Arg, WTA 93) b. DeLone (E-U, WTA 105), 3-6, 6-2, 6-4.

Troisième quart du tableau: Zrubakova (Tch, WTA 27) b. McQuillan (Aus, WTA 28), 7-6 (7/4), 6-2; 9. CAPRIATI (E-U, WTA 12) b. Stafford (E-U, WTA 81), 6-0, 7-5.

Quatrième quart du tableau: 11. TAUZIAT (Fra, WTA 15) b. Rajchrotva (Tch, WTA 40), 6-4, 7-5; Kijimuta (Jap, WTA 58) b. Paz (Arg, WTA 76), 6-1, 6-3.

La famille Graf

Peter Graf, le père de Steffi, a estimé que, sans le scandale de moeurs dirigé contre lui, l'an dernier, sa fille serait encore aujourd'hui la numéro un mondiale, dans une interview à paraître ce jeudi dans «Stern». Steffi, supplantée cette année par Seles en tête du classement mondial, avait été très choquée par cette affaire. La presse à scandale voulait me salir, c'est surtout Steffi qu'elle a blessée. Peter Graf avait été accusé par un mannequin, Nicole Meissner, d'être le père de son enfant, à grand renfort de gros titres dans les journaux populaires. La justice l'a depuis disculpé. Entre Meissner et lui, ça a été une courte histoire, sans sentiments, déclare-t-il dans «Stern».